Prières pour coîinattrc la volonté de Dieu
Telles étaient les pensées qui occupaient Hermine. Ce fut alors qu'elle résolut, pour la première fois, de prier avec ferveur pour obtenir de Dieu la grâce de connaître sa vocation. On voit dans son cahier que ce fut à Savannah qu'elle prit la résolution de prier tous les jours à cette intention.
Voici la petite note qu'elle écrivit au crayon : Savan- 7iah. Prières quotidiennes. Prières pour connaître mavo. cation., tous les jours à la sainte messe.
Cette pensée de connaître sa vocation l'occupait pendant tout le temps de son séjour en Floride. Elle priait,
lOO UNE FLEUR DU CARMEL.
elle pleurait, elle communiait, elle ne négligeait rien pour obtenir cette grâce. Elle sentait au fond de son cœur un vif attrait pour la vie religieuse ; mais elle ne sentait nul attrait pour aucune communauté' en particulier. Elle parcourait en esprit toutes celles qu'elle connaissait, et toujours elle entendait dans son cœur comme une voix qui lui disait : Cette communauté' ne te convient pas. Elle se trouvait donc dans un e'tat de grandes souffrances intérieures et de cruelles perplexités.
Elle disait souvent : Mon Dieu ! faites-moi co?inaître votre volonté !
Il lui semblait que Dieu était sourd à ses prières. Cependant elle était exaucée, et ne devait pas revenir à Québec sans avoir entendu la voix de Dieu au fond de son cœur, sans avoir vu s'évanouir toutes ses inquiétudes, cesser toutes ses perplexités. Elle sera inondée des plus douces et des plus abondantes consolations à la pensée que Dieu l'appelle à la \'ie religieuse, et a daigné lui faire connaître la communauté, où il veut qu'elle se dévoue à son servdce : Oui, disait-elle après son voyage de Floride, je serai Carmélite et je mourrai Carmélite.
Dans les lettres suivantes, Hermine nous fera connaître ce qui se passait dans son cœiu^ pendant son voyage en Floride.
I. Départ ponr la Floride. Arrivée à Nroj York. New York, 23 Xov. 187 1.
Quoique je sois convenue de ne vous écrire que de la Floride, je me hasarde à le faire avant de m'y rendre ; je crois que vous ne serez pas fâché d'avoir des nouvelles des voyageuses.
Ces nouvelles ne sont pas bien bonnes : ma chère ma-
SŒUR THÉRÈSE DE JÉSUS. loi
man n'a pas été bien depuis que nous sommes arrivées à New York, et elle souffre encore de douleurs rhumatismales dans la tête.
Vous comprenez facilement, mon bon Père, combien je suis triste de voir ma chère maman ainsi malade. Elle ne l'est pas moins d'être privée d'aller à l'église autant qu'elle le voudrait. Nous ne sortons qu'un peu, quand le soleil est haut. Quant aux sorties du matin, nous n'avons pu les faire que deux fois depuis que nous sommes ici. Oh ! que nous nous ennuyons, mon bien bon Père, d'être ainsi privées de la sainte communion. Cette privation rend notre voyage bien triste. Que ne donnerais-je pas pour retourner au Canada ? Il, me semble que, là seulement, nous serons bien de corps et d'âme. Le bon Dieu est éloigné de ceux qui sont aussi dissipés que nous.
Malgré mon horreur des voyages, il me tarde cependant d'être en Floride. Là-bas, au moins, nous aurons le bonheur de suivre notre règlement, de faire nos méditations et nos communions, qui nous aideront à supporter les ennuis de notre hiver, passé loin de tous ceux que nous aimons. Je ne pense pas que nous puissions partir avant la semaine prochaine à cause de m.aman, qui ne peut voyager avant d'être parfaitement bien. J'espère que vous voudrez bien prier pour nous et que nous ferons un aussi bon voyage que celui de Montréal à New York.