Arrivée à /acksonvïHe
Floride, Décembre.
Après avoir voyagé tous les jours depuis mardi, nous sommes arrivées hier matin à Jacksonville, où nous avons presque décidé de passer l'hiver chez les bonnes sœurs de St Joseph, qui nous ont reçues bien cordialement. Nous
nous sommes rendues sans aucun accident, ne rencontrant partout qu'attentions et bontés, surtout de la part des Américains du sud, qui sont extrêmement polis, quoiqu'un peu curieux. Ils nous effrayaient presque par leurs questions répétées dans le but de savoir de quelle partie de l'Amérique nous venions, car ils voyaient bien que nous étions étrangères. Enfin, personne ne nous a fait de mal, et nous en sommes bien reconnaissantes au bon Dieu et à ses anges, qui nous ont gardées pendant ce long voyage.
Nous avons trouvé nos bons prêtres canadiens. Ces messieurs se plaisent extrêmement ici ; c'est qu'ils trouvent bien à exercer leur charité et le saint ministère, ici cil les prêtres sont si rares.
Monsieur Routhier est encore bien faible et malade, mieux cependant qu'il n'était à son arrivée ici, ce qui est une bonne recommandation de l'endroit. En effet, l'air est assez doux, (quoique le soleil ne nous ait pas encore favorisées de ses rayons,) et on le dit très-salubre. Les arbres ont encore toutes leurs feuilles et les fleurs sont en pleine terre.
Vous pouvez juger de mon étonnement à la vue de cette nouveauté, moi qui n'ai jamais \'u que la neige et n'ai jamais épouvé que le froid du Canada en ce temps de l'année.
Maman se trouve très-bien ; il n'y a que la vue du mieux que cette chère mère éprouve, qui puisse me réconcilier avec ce pays, car je m'y ennuie beaucoup et ne sais comment je ferai pour passer tout l'hiver qui, il me semble, ne touchera jamais à sa fin. J'aurai grand besoin d'encouragements.
Je suis allée à confesse. On m"a permis de communier trois fois cette semaine, et j'espère qu'on me le permettra pendant tout l'hiver. Maman est toujours
aussi bonne et aussi vertueuse parmi toutes les contrariétés et les ennuis que nous rencontrons. Elle est mon. modèle, je devrais suivre son exemple, mais je suis loin de le faire ; je me laisse tant abattre par l'ennui et les moindres contrariétés.
Adieu, mon bon Père, je me recommande à vos bonnes prières. Je pense avec bonheur que vous m'avez promis de prier pour nous au Saint Sacrifice. Je ne vous oublie pas non plus.
Nous avons le bonheur d'entendre la sainte messe tous les jours dans le couvent. C'est M. Légaré qui vient la célébrer. C'est encore une grande grâce que le Seigneur nous fait. Puissions-nous en profiter !
j. Moments d^etinui.
Jacksonville.
Jusqu'à présent j'ai fait mon possible pour bien observer mon règlement, mais souvent j'ai été empêchée de faire la méditation du soir ou l'examen par des visites ■qui nous venaient au moment où je commençais ces exercices.
Nous ne sommes pas bien, ni maman ni moi. Ma chère maman soufiire de temps à autre et moi je souffre toujours de maux de tête.
Combien nous nous ennuyons quelquefois après notre cher Canada ! Notre ennui est tel qu'il nous prend parfois des envies de retourner tout de suite au pays ; mais ce serait une imprudence de se mettre en voyage dans cette saison, vu que nous n'avons pas avec nous les effets nécessaires pour nous garantir du froid. Nous attendrons encore jusqu'à Pâques et dès les premiers jours d'avril, nous prendrons la route de notre cher Canada.
S'il fait encore trop froid à Montréal ou à Québec, nous irons passer quelques jours à St. Hyacinthe.