‹ Une Fleur du CarmelChapitre 88 sur 159 · Vie contemplative. Victoire sur les tentations · texte numérisé non relu

Vie contemplative. Victoire sur les tentations

Jacksonville, Floride, 24 Janvier 1872.

J'ai fait mon possible pour observer mon règlement.

Je trouve que les oraisons jaculatoires sont un excellent moyen de tenir toujours le cœur uni à Notre-Seigneur. La première fois que je les disais, elles me donnaient beaucoup de consolation ; maintenant qu'elles me sont plus familières, je les dis sans réfléchir au sens si beau qu'elles renferment.

Depuis quelque temps, je me sens toute affectionnée à la vie contemplative, quoique d'abord ce nom me semblât trop sévère, et encore plus ce qu'on m'en disait Mais, en lisant l'explication que vous avez bien voulu me donner de cette belle occupation, je suis toute changée et remplie d'estime pour la vie contemplative, que ma bien-aimée sœur Adine a tant aimée. Elle doit être heureuse dans le ciel de voir que je veux l'imiter un peu.

J'éprouve des difficultés à faire, la revue de ma méditation et à tenir mon journal spirituel. Faudra-t-il y noter le résultat de chaque méditation ?

Une autre difficulté se présente aussi pour le sujet de mon examen particulier. Comment faut-il comprendre que le but de mon examen doit être de surnaturaliser toutes mes actions, de régler tout mon cœur selon l'amour de Jésus ?

Une autre que moi le comprendrait bien, mais je n'ai pas encore l'intelligence de toutes ces choses spirituelles. -C'est pourquoi j'ai pensé devoir vous exposer mes embarras et vous demander de me donner une explication à ce sujet

Je suis bien heureuse de régler ma vie en suivant les exercices de la vie contemplative.

Le genre de vie, que je mène, me plaît beaucoup et je n'en désire point d'autre. Cependant, pour vous parler avec simplicité, je vous avouerai que quelquefois il me semble que je mène une vie trop retirée ; que, sans aller dans les grandes soirées, dans les grandes réunions, je pourrais voir plus de monde ; qu'en ne le faisant pas, je me rends singulière, ce que vous m'avez dit tant de fois d'éviter.

Je crois que ce sont les 7nouve??unts de la ?iature, qui n'aime pas d'être moquée par le monde, n'est-ce pas, mon Père?

Io8 UNE FLEUR DU CARMEL.

Je veux ne chercher et n'aimer que Jésus, quoique quelquefois je craigne qu'on dise de moi, que je ne me suis pas mariée, parce que personne n'a voulu de moi. C'est là encore un mouvement de la nature que j'espère surmonter avec la sainte grâce du Seigneur, qui m'aidera aussi à être bien ferme pour repousser les assiduités de ceux, qui voudraient gagner mon affection. J'aurai besoin, pour agir ainsi, que Notre-Seigneur m'ôte cette timidité excessive, qui me trouble tant, quand je parle à qui que ce soit. Je mets ma confiance en celui à qui je veux me consacrer toute entière. Car ne croyez pas, mon bon Père, par ce que je vous ai dit plus haut, que je veuille renoncer, à cause de cette vanité, à mon état présent. Oh non ! j'y trouve trop de consolations et j'espère bien persévérer. Je me mets sous la protection de la très-sainte Vierge, en récitant tous les jours la petite prière que vous m'avez apprise.

Je crois, mon Père, que j'ai fait depuis quelque temps, des progrès dans la spiritualité. Il me semble que Notre* Seigneur me fait comprendre que, pour l'aimer véritablemeut, il faut se haïr soi-même et rechercher ce qui contrarie la nature, comme les humiliations, les souffrances. Grâces en soient rendues au bon Dieu, je le comprends mieux que jamais. Mais je n'ai pas encore le courage de désirer, ni de demander ces choses contrariantes pour la nature. Je m'efforce d'accepter patiemment celles qui me '.iennent (et il m'en vient assez souvent,) espérant parvenir plus tard au troisième degré d'humilité. C'est la grâce que je demande à Notre-Seigneur, et que je vous prie de vouloir bien aussi lui demander pour moi.

Auriez-vous la bonté de me dire le nom de l'auteur qui vient de publier un choix des lettres de saint François de Sales ?

Je vais écrire à M. N. pour lui demander de faire venir

ce volume, ainsi que l'Esprit de Saint François de Sales et les Actes des Martyrs de Ruinart, pour le commencement de mai.

6. Fidélité au règlement Tentations. Premiers désirs de la vie religieuse.

Jacksonville, 22 Mars 1872.

Je n'ai pas été bien depuis plusieurs semaines, ce qui m'a empêché d'écrire et m'a obligé de prendre du re-

J'ai observé autant que possible mon règlement. Plusieurs fois cependant mes maux de tête m'ont empêché de faire la méditation. Je me suis alors imposée pour pénitence de dire un Ave Maria, les bras en croix.

Je dis mes oraisons jaculatoires en m'habillant. Je suis heureuse de dire que j'y suis plus fidèle. Le fruit que j'en retire est de me tenir plus unie à Notre-Seigneur.

Vous ne me rassurez guère, mon bon Père, en me disant que vous priez pour que je conserve ma timidité, pour qu'elle augmente même. Que vais-je donc devenir ? , • • J ^

Je conviens quil y a une timidité louable et qui sied a une jeune fille, mais il y en une autre qui provient dun vilain amour propre, et dont je voudrais bien me défaire.

Je ne puis pas dire que je sois pleinement satisfaite de mon genre de vie. Il ne me déplaît pas cependant ; mais je ne suis pas tout-à-fait revenue de la crainte de me singulariser.

J'ai eu bien des tentations à ce sujet pendant tout l'hiver ; mon pauvre cœur m'a donné bien du trouble. Il me semblait que c'était impossible démener une vie si retirée, qu'il fallait de toute nécessité voir plus de monde, et j'avais toutes sortes de raisons qui m'y engageaient.

Par exemple, je me disais que, par mon peu d'habitude d'aller dans le monde, j'en viendrais à craindre extrêmement de me trouver dans quelque société. Ce qui me rendrait si gauche, si embarrassée, que je m'exposerais à manquer à la charité par ma timidité quand la nécessité m'obligerait de voir quelqu'un. Et combien d'autres pensées me sont venues ! Je vois bien que c'étaient des tentations, et je remercie bien le bon Dieu de ne pas m'avoir donné alors l'occasion d'aller dans le monde ; que serais-je devenue ?

Toutes ces tentations m'ont donné un grand désir de me faire religieuse. Il me semble qu'alors je serais si bien pour me sanctifier. Étant éloignée du monde, il me serait moins difficile de surmonter ces tentations et de persévérer dans la résolution de rester toujours consacrée au bon Dieu.

Il serait trop long de vous expliquer les autres motifs qui me portent à désirer la vie religieuse. Plus je réfléchis, plus je trouve difficile de vivTe dans le monde et d'être fidèle au bon Dieu. Je serai fenne pour quelque temps : mais, quand ma première ferveur sera passée, quand je serai ennuyée de mon genre de vie, qui sait si je ne ferai pas quelque folie comme tant d'autres ? Pourtant je suis bien décidée à renoncer à être aimée et recherchée des hommes, et à refuser constamment les assiduités de ceux qui voudraient gagner mon affection.

Mon bon Père, je m'affectionne beaucoup, à la vie contemplative. Quoique' je murmure quelquefois pour me mettre en prière, cependant je suis bien décidée à y persévérer toujours. Et si le bon Dieu me faisait la grâce de me donner la vocation religieuse, je choisirais de préférence une communauté contemplative.

Je communie maintenant quatre fois la semaine et j'ai grand soin de ne manquer aucune communion. Ma réso-

SŒUR THÉRÈSE DE JÉSUS. nj

lution de rester fidèle épouse de Jésus-Christ, tout en vivant dans ma famille, me console beaucoup, et malgré toutes ces tentations, je ne voudrais pas y renoncer.

J'aime bien saint Stanislas ; surtout depuis que je me suis mise sous sa protection, le jour de sa fête. Tous les jours, après avoir récite' la petite prière que vous m'avez apprise. " Je vous salue, Marie, lis éclatant de blancheur, etc, " je demande à la sainte Vierge de venir avec saint Stanislas et ma bien aimée sœur Adine, me chercher au jour de ma mort. Quelle consolation, si j'étais exaucée !

L'anniversaire de la mort de notre chère Adine est passé. En pensant à cette chère sœuj, à la sainte mort qui a terminé sa vie, je me suis prise à espérer qu'elle est maintenant dans le ciel. Mais que je serais heureuse, si j'étais certaine de son bonheur ! Ferais-je mal de demander au bon Dieu de me faire connaître l'état de cette chère amie ?

Mon vénéré Père, vous me dites dans votre lettre une chose qui m'a bien effrayée. C'est lorsqu'après avoir parlé du bien spirituel que vous croyez que je retirerai de mon voyage en Floride, vous ajoutez qu'il est bon pour moi de voyager, et qu'il faudrait faire encore d'autres voyages. Ah ! mon Père, si vous saviez combien je suis fatiguée des voyages ! combien je redoute d'en entreprendre d'autres. Celui-ci ne m'a fait aucun bien ; même je me trouve plus faible que chez nous ; et pour le spirituel, que j'y ai perdu ! Il n'y a pas moyen, en pays étranger, de mener la vie que nous menons chez nous ; on est si distrait, on fait tant parler de soi ! Et puis l'ennui de se trouver si loin ! Je ne crois pas que j'aie passé deux jours sans verser des larmes d'ennui, et de tristesse. Oh ! je vous en prie, mon Père, ne parlez plus de voyages !

Je prie saint Joseph de tout mon cœur pendant ce mois, de ne pas partir de chez nous l'hiver prochain. On est si heureux au pays, entoure' de bons parents, de saintes dévotions qui animent à bien servir le bon Dieu.

Ma chère mère n'est pas très-bien, elle a aussi le mal du pays. Dès que nous serons arrivées dans notre beau Canada, que nous aurons re\'u nos chers garçons et nos autres parents, nous redeviendrons bien.

Maman me charge de vous dire que nous allons peutêtre partir le 3 avril. Je crois qu'elle y est à peu près décidée. La chère Hermine n'en est pas fâchée.

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