Consolations et humilité
13 Février 1873.
Que l'amour de Jésus règne toujours en nous !
Depuis que je suis mieux, je m'occupe un peu plus activement de mon petit apostolat, si je puis l'appeler ainsi, parmi les jeunes personnes de ma connaissance. Il m'a été difficile de renouer des rapports d'intimité avec des jeunes filles, que je ne fréquentais plus depuis longtemps, et qui, elles aussi, m’avaient entièrement oubliée. Comme je ne voulais pas trop me hasarder à visiter des jeunes filles dont je ne connaissais pas les dispositions, et qui eussent pu me porter préjudice et affaiblir ma vocation, je me contentais de prier Notre-Seigneur de préparer des postulantes canadiennes ; et, combien je désirais vivement en trouver quelques-unes !
J'ai eu la consolation de recevoir deux lettres de Reims, une de notre Révérende Mère Prieure, l’autre de ma bonne Mère Séraphine, qui ne m'appelle plus, ainsi que notre Révérende Mère, que sa chère fille et sa petite sœur, et cela avec une tendresse et une affection que la sainte charité seule peut leur inspirer. Notre Révérende Mère Prieure m’'annonce aussi que j'aurai le bonheur de porter en religion le nom de Sœur Thérèse de Jésus ! Quelle grâce, mon bon Père, quelle précieuse grâce ! Moi, une si pauvre enfant, je m’appellerai donc comme notre sainte Mère, Sœur Thérèse de Jésus ! Oh comme mon nom me renpellera tous les jours que je dois aimer la prière et la mortification, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, afin d’imiter ma sainte Mère et de devenir une vraie Carmélite, un agneau sacrifié et immolé avec Jésus !
J'ai aussi reçu le paquet que nos bonnes Mères m'ont envoyé. Il m'est arrivé en crdre parfait ; j'y ai trouvé
mon scapulaire et un petit crucifix, le même que je porterai en religion. Mes bonnes Mères l'ont fait indulgencier par Monseigneur l'archevêque de Reims. Maintenant que je porte ces saints objets, et que nos bonnes Mères veulent bien me recevoir dans leur sainte communauté, je suis bien consolée et je me sens plus forte contre les tentations et les épreuves qui assaïllent mon cœur.
Ce qui m'inquiète, c’est, comme autrefois, le motif de ma vocation que je crains toujours ne pas m'être inspiré par le seul amour de Notre-Seigneur ; parce que je tremble quelque fois à la pensée de la vie continuellement pénitente et mortifiée qui m'attend au Carmel, et quand je considère mon aversion pour la pénitence. Si l’amour de Notre-Seigneur était bien établi dans mon cœur, ne devrais-je pas être contente et me réjouir, comme ma chère sœur Adine, en pensant aux souffrances de la vie religieuse ? Alors je crains de ne pas persévérer au Carmel parce que mon motif n’est pas surnaturel. Quand
; je considère mon peu d'instruction et mon inhabileté à 3 toutes sortes de choses, je me dis qu'en me voyant si k inutile dans la communauté, il est bien à craindre que je le ne me décourage et ne veuille sortir. Et combien d’autres peines, d’autres doutes, n’ai-je pas touchant ma vocation, é \ jusqu’à me figurer que j'étais appelée aux missions de la de Palestine, parce qu’il me semblait que j'aurais bien de la me répugnance à embrasser une vie semblable, m’imaginant ns que cette répugnance était une marque de la volonté de . le Dieu, qui demande de nous que nous travaillions à nous nié vaincre et que nous ne cherchions que son bon plaisir, et di non à suivre nos goûts. , Cependant, mon cher Père, Notre-Seigneur qui ne nous vont éprouve jamais au-delà de nos forces, veut bien dans sa ouvé bonté me ménager quelquefois de bien douces consola-
tions, et me faire trouver dans vos bonnes lettres, que je
relis avec grand bonheur, de quoi me rassurer et me prouver que toutes ces inquiétudes ne sont que des épreuves, qui ne doivent pas me détourner du Carmel. Quand je les ai lues, je me sens de nouveau affermie dans ma vocation.
La vie de saint Ignace, que je continue à lire, me fournit aussi, dans maints endroits, une direction et des lumières très-utiles.
Depuis Noël, je puis recommencer l'observation de mon réglement. Je ne puis faire encore qu’une méditation par jour, car je suis toujours bien faible.
Je continue mon examen dans lequel je me propose, pour but, d’acr aérir l'amour de Jésus en toutes mes actions. Depuis si longtemps que je travaille à acquérir cette pure intention, je ne l'ai pas encore. A chaque examen, j'ai à marquer toujours le même nombre de fautes.
Pour la modestie des yeux, j'ai plus de consolations ; car il me semble, quoique les progrès soient bien peu sensibles, que je suis cependant un peu plus recueillie dans les ru’
Je continue à fair: des offrandes pour les quatre parties de la journée, ccmme il est marqué dans mon réglement pour le temps «le la maladie. Souvent, néanmoins, j'oublie de ;:3 jaire toutes les quatre.
Priez, je vous en supplie, pour que votre pauvre enfant ne se rende pas indigne des bontés de 5on divin époux, et qu’elle devienne, avec lui, un agneau immolé pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.