I. Principes
Il faut être animé des principes chrétiens pour comprendre les choses de Dieu et la conduite surnaturelle de la Providence sur les âmes.
Bien des hommes paraissent sages aux yeux du monde, et ont, en effet, une grande prudence pour conduire les affaires terrestres ; cependant ils sont insensés aux yeux de Dieu. Tout absorbés dans les soins du corps et de la vie présente, ils ne s'occupent ni de leur âme ni de la vie future. Leurs pensées, leurs affections ne sont que pour la terre. Ils ne savent pas s'élever au-dessus des inclinations de la nature ; les mouvements de la grâce leur sont inconnus, et la considération du Ciel, de Jésus, de sa Croix, de l'amour qu’ils doivent à leur bien-aimé Sauveur, n'entre pour rien dans leur conduite.
Bien différente est la conduite du chrétien. Ce quiest sagesse aux yeux du monde, n’est que folie à ses yeux. Il marche le regard fixé vers le ciel. Dieu et sa fin der-
nière, voilà ce qui le détermine et le fait agir ; voilà ce qui émeut et règle ses affections ; voilà ce qu’il recherche, ce qu'il poursuit. Bannissant loin de son cœur, comme inutile, toute pensée, et toute affection qui ne le rapprocheraient point de Dieu et de sa fin dernière, il repousse, avec horreur, tout ce qui l’en éloigne.
“ Où est votre trésor, dit l’Esprit-Saint, là est votre cœur,” et ainsi que l’a dit un sage, nous vivons beaucoup moins où nous sommes qu’en ce que nous aimons. C’est ce qui à fait dire à saint Augustin: “ Aimez-vous les choses de la terre, vous serez tout terrestre ; aimez-vous les choses du ciel, vous serez tout céleste. Mais si vous aimez Dieu, dirai-je que vous êtes des dieux? Je n’oserais, ne l’eût-il dit lui-même: 2%? esfis et filit excelsi omnes.
Mais c’est surtout en ces moments plus graves de la vie, en ces instants critiques qui vont décider de notre vie présente, peut-être de notre éternité, que cette attitude du cœur, ou élevé vers Dieu ou abaissé vers la terre, imprime à la vie le mouvement, qui semble devoir ou la conduire au salut ou la précipiter à sa perte. Tel est, entre tous, le moment décisif du choix d’un état.
Personne qui n’avoue que de ce moment surtout, que de ce choix dépendent et la vie présente et la vie à venir. N'est1l donc point d’une importance, en quelque sorte sans égale, que l’âme, arrivée à cet instant, et ceux qui h dirigent, s’élevant au-dessus de tout ce qui passe et de toute affection terrestre, n’aient plus en vue que Dieu, fin dernière ; ne s’inspirent que de son amour ; ne veuillent que son bon plaisir; et ne se déterminent que pour lui plaire ?
Oh ! qu'il serait à désirer que tant de parents, qui se goriient du titre de chrétiens, sussent, aussi bien que kurs enfants, s'élever à ces hauteurs, quand arrive pour
ces êtres bien aimés le moment de se déterminer dans le choix d’un état !
Que de déboires ils ’épargneraient ! que de malheurs ils éloigneraient, que de fautes, que de crimes peutêtre: 1
Oh ! que la sagesse du monde n’est que folie devant Dieu ! Que de calculs prétendus sages, dictés par l’ambition ou la cupidité, n’ont entraîné après eux qu’une longue suite de calamités, de péchés, de vains repentirs !
Un père, une mère, s'ils aiment véritablement leurs enfants, veulent avant tout leur procurer les véritables biens, —les biens de l’âme, par conséquent, avant les biens du corps, les biens de la grâce avant ceux de la nature, les biens éternels, plutôt que ceux qui ne font que passer, le souverain bien par-dessus tout.
Qu'est-ce qu'un brillant établissement, une riche alliance, comparée à une alliance éternelle avec Dieu, établissant l’âme dans tous ses biens ?
Que sont toutes les voluptés d’une vie commode, comparées à la paix intime du cœur et aux joies de la vertu? ‘# Que sert à l’homme,” enfin, “ de gagner tout le monde, “ sil vient à perdre son âme ?”
Aux yeux de la foi, est-il rien de comparable à la joie céleste, qui devrait remplir le cœur de parents chrétiens, quand ils voient leurs enfants beaux de la pureté de leur baptême, ornés de piété, mûs par le seul amour de Dieu, rompre les liens qui les attachent à ce monde dangereux, prendre leur essort vers le ciel et choisir Dieu seul pour leur partage P
Aux yeux de la foi, est-il rien de comparable à la joie toute céleste, qui inonde le cœur de ces enfants bienaimés, quand, dociles à la voix de Jésus qui les appelle, et quand, renonçant, pour lui seul, aux promesses de ce monde, ils savent se détacher même de leurs bons pa:
rents, non parcequ'ils les aiment moins, mais parcequ’ils laiment, par-dessus tout, lui le Dieu qui les appelle.
Et les uns et les autres n’ont-ils pas obtenu ce que leur amour mutuel leur faisait désirer ?
Les parents chrétiens n’ont-ils pas, en laissant à un enfant chéri cette sainte liberté, procuré son plus grand bien, un bonheur incomparable ?
L'enfant chrétien, quittant, pour Dieu seul, des parents tendrement aimés, ne leur a-t-il pas à son tour assuré des richesses éternelles ?
La promesse de Jésus-Christ n’est point seulement faite à qui laisse son père et sa mère, elle est également faite à quiconque, pour son nom, sait se séparer d’un fils, d'une fille bien-aimés.
Un fils, une fille, entrés en religion pour obéir à Dieu, aiment-ils donc moins leurs parents ? Certes, toute affection pure et sainte, l'amour filial entre tous, ne peut que croître avec les accroissements de l’amour divin. Il dépouille, sans doute, ce qu’il a de purement natürel, de sensuel peut-être, mais il n’en devient que plus vrai, que plus profond, que plus fort. Il ne rêve plus, pour ceux qu’il aime, les plaisirs, les richesses, la satisfaction d’une vaine ambition ; mais il brûle de leur procurer, et s’immolerait pour les leur assurer, les joies de la vertu, les richesses de la grâce et la gloire que Dieu donne. Oui, le religieux aime ses parents, comme, au sein de la famille, 1l ne les avait jamais aimés ; en Dieu, il les embrasse plus étroitement qu'il ne les avait jamais embrassés, et il est pour eux le garant de biens infiniment plus précieux que ceux qu’il eût jamais pu leur procurer.
Reconnaissons-le donc, dans cette conduite des parents et des enfants vraiment chrétiens, la grâce ne dé: truit pas la nature, mais elle l’élève et la sanctifie ; ce n’est plus seulement un amour naturel qui unit plus que jamais
ces cœurs, c’est un amour surnaturel et divin qui les pénètre et les tient à jamais embrassés.
C'est en Dieu, charité et amour immense, que cet amour et cette union se consomment ; c’est Dieu même que ces parents ont aimé dans leurs enfants, et, en Dieu, ils les retrouvent couronnés de gloire.
C’est Dieu aussi que les enfants ont aimé dans leurs parents, et, en Dieu, ils les retrouvent ; c’est Dieu qu'ils ont voulu glorifier, et, en Dieu, ils les retrouvent enrichis du mérite immense de leur sacrifice et des grâces qu'ila fait descendre sur eux.
Comparerons-nous maintenant à cet amour vrai, parce qu'il a sa source en Dieu, l'amour prétendu des parents mondains,—prétendu, dis-je, parce qu'il ne repose que sur la nature et les sens ?—Müûs par cet amour aveugk, que procureront-ils à ces êtres chéris? Les plaisirs ? les parures ? les richesses ? ce que le monde aime ? Quelle sera la fin de tout cela? Que leur préparent-ils le plus souvent, Sinon le péché et les suites qu’il entraîne ?....... Et ils disent qu'ils les aiment !
Quand comprendrons-nous donc en quoi consiste un amour véritable et quels sont les véritables biens ? “ Enfants des hommes, jusques à quand laisserez-vous s’appesentir vos cœurs ? Jusques à quand aimerez-vous vanité et vous repaîtrez-vous de chimères ?” Æ3/it hominum, usquequo gravt corde? Ut quid dilicitis vanitaten, et quæritis mendactum ?