‹ Une fleur du Carmel [microforme] (volume 2)Chapitre 115 sur 186 · Les principes appliqués · texte numérisé non relu

Les principes appliqués

La mère de Thérèse de Jésus aimait son enfant comme la meilleure des mères peut aimer la plus aimable des enfants ; mais elle l’aimait en Dieu, et pour Dieu. Elle avait toujours veillé pour la préserver de tant de dangers auxquels son inexpérience eut été exposée dans le monde,

el

et n'avait rien négligé pour développer en elle l'amour de Dieu et la résolution de lui être toujours fidèle. Elle l'avait laissée entièrement libre de suivre les attractions de la grâce dans le choix d’un état ; elle respectait tellement cette liberté, qu’elle se fût réproché d’influencer son choix pour quelque état que ce fût ; elle eut craint de contrarier l’action de la grâce, et de ne pas laisser le créateur seul agir avec sa créature. Elle était décidée à seconder toujours l’action de Dieu et de la grâce, et à ne jamais la contrarier.

Thérèse de Jésus, de son côté, connaissait ces pieuses dispositions de sa bonne mère ; elle savait combien celleci tenait à ce qu’elle fût entièrement libre et maîtresse de son choix. Aussi l’enfant avait envers sa mère l’abandon le plus entier, lui exposant tout ce qui se passait dans son cœur par rapport à sa vocation. Elle lui faisait connaître tous ses inclinations et toutes ses répugnances. Ces deux âmes s'étaient absolument livrées entre les mains de Dieu, pour suivre sa très-sainte volonté dans le choix d’un état. Elles ne demandaient qu'à connaître son bon plaisir : l’enfant pour le suivre, la mère pour le seconder. Elles étaient déterminées à ne se laisser arrêter par aucune considération humaine, dès qu’elles auraient entendu la voix de Dieu.

Elles étaient dans cette sainte volonté et priaient avec ferveur, lorsque l'enfant commença à manifester de véritables dispositions pour la vie religieuse. Dès lors, sa pieuse mère comprit que le bon Dieu demanderait une séparation. Loin de s’attrister de ce sacrifice, qu’elle entrevoyait déjà, elle fut heureuse de voir dans son enfant là résolution de renoncer au monde et de s'attacher à Dieu seul. Elle n’avait élevé son enfant que pour Dieu, elle la lui offrait généreusement.

Pendant la maladie, qui réduisit Thérèse de Jésus à la

dernière extrémité, sa mère demandait avec ferveur au bon Dieu qu'il lui conservât son enfant, mais elle ne le demandait que pour l’offrir généreusement au Carmel. Voici ce qu'écrivait cette bonne mère: ‘“ Hermine est mieux et je l’attribue aux prières que nous avons adressées au doux Cœur de Jésus, et aux promesses que j'ai faites aux âmes du purgatoire pour son rétablissement. J'ai aussi promis à Notre-Seigneur une chose qu’il vous sera agréable d'apprendre : de sacrifier généreusement ma fille aux desseins que Jésus a sur elle. Ces prières et ces promesses ont été largement récompensées : Notre-Seigneur permettant que dès jeudi dernier un mieux sensible s’opérât dans l’état d'Hermine : je vous assure qu’elle a été dangereusement malade.”

Thérèse de Jésus, de son côté, priait aussi son divin époux de lui conserver la vie pour quelque temps encore, afin qu’elle pût s’immoler au Carmel, et attirer de plus grandes grâces sur sa mère bien aimée. “ Je suis entre les mains de Notre-Seigneur”, disait-elle, “ qu’il fasse de moi ce qu’il lui plaît Cependant je désirerais bien mou rir Carmélite, si c'était sa volonté.” C'était la plus pure charité qui inspirait à ces deux belles âmes de demander une santé, qu’elles ne désiraient obtenir que pour procurrer une plus grande gloire à Dieu.

La mère de Thérèse de Jésus était donc disposée à la séparation, quelque pénible que dût être ce sacrifice, puisque Dieu voulait bénir son enfant au Carmel.

L'enfant comprenait qu’elle témoignerait un amour plus véritable à sa mère, en offrant à Dieu le sacrifice de la séparation, que si elle eût voulu rester avec elle pour jouir de la douceur de sa présence. C’est ainsi que ces deux âmes, si tendrement affectionnées l’une à l’autre, étaient déterminées à accepter et à faire tous les sacrifices que Dieu demanderait, afin de se procurer l’une à l'autre

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aire

des bénédictions spirituelles. L'enfant offrait son sacrifice pour que Dieu bénît sa mère, et la mère offrait le sien pour qu’il bénît son enfant.

Lorsque Dieu eut fait connaître sa volonté, et qu’on eut compris la grandeur de cette immolation mutuelle, lorsqu'on vit clairement qu’il fallait se résoudre à habiter dans des pays différents, que ce n’était pas dans la ville natale que l’enfant entrerait en communauté, et qu'on ne pouvait plus se promettre le bonheur de se revoir à volonté, on dit encore une fois : “ Oui, mon Dieu, que votre volonté soit faite,” et on accepta de grand cœur le sacrifice.

Mais on sentait vivement la douleur que devait occasionner la prochaine séparation, et plus le moment approchait, plus le sacrifice devenait pénible. Le cœur de la plus tendre et de la plus affectueuse des mères ne pouvait plus se faire à la pensée de la séparation; elle voulit s’'imaginer que le bon Dieu ne la demandait pas. L'enfant de son côté, dont le cœur éprouvait des déchirements et une agonie terrible, se disait avec la plus vive anxiété : “ Dieu me demande:t-il réellement au Carmel ? N'est-ce pas chez moi une affaire d'imagination? ” Et mille prétextes spécieux se présentaient à son esprit pour la détourner de ses résolutions.

Dans l’une et dans l’autre, c’étaient des combats et des angoisses. On voulait accomplir toutes les volontés de Dieu, mais Dieu demandait-il réellement ce sacrifice ? Laissons-les dire elles-mêmes ce qui se passait dans leurs CŒUrS.

Voici comment s’exprimait cette bonne mère :

7 Juillet 1872.

“Tout en remerciant le bon Dieu d’avoir donné une fi si vive à Hermine, je redoute beaucoup son caractère

si décidé, qui est capable de lui faire entreprendre des sacrifices qui coûteraient beaucoup à mon cœur. Elle est si déterminée à se faire Carmélite, qu’elle est capable de se rendre en France, si on ne pouvait pas réussir à faire venir ici des Carmélites. Même elle a l'air de mieux aimer y aller faire son noviciat. J'espère que, si ce n’est pas contraire à la volonté de Dieu, un pareil sacrifice ne me sera pas imposé.”

“ Quand Hermine est absente pendant une demi journée seulement, je m’ennute beaucoup après elle: que sera-ce donc, si elle me laisse ? Je ne voudrais pourtant pas m'opposer à la volonté de Dieu; mais vous savez combien ma chère Hermine est une charmante enfant, et combien je sentirai vivement son absence. Quel dur sacrifice pour moi, sa mère ! ”

Mai, 1873.

Vous avez déjà deviné mes inquiétudes au sujet de ma chère Hermine ; certainement qu’elle a montré une bonne vocation pour la vie religieuse, et vous savez comme elle est pleine d'énergie. Comme mère, j'ai bien quelques appréhensions, quelques craintes qu'Hermine puisse regretter la démarche qu’elle a faite. Il pourrait y avoir quelques hésitations de sa part sur le nouveau genre de vie qu’elle se propose d’embrasser. Je voudrais donc qu'Hermine examinât de nouveau et à loisir sa vocation, qu’elle fût entièrement libre et ne prit pas légèrement une décision.”

. 4 Juin 1873

“ Quel coup terrible pour moi, de m'être séparée de cette chère enfant, qui faisait toute ma consolation icibas ! Elle était tout pour moi, et m'était devenue indispensable. Comment m’est-il possible de vivre sans elle?

Ma vie a été déjà si souvent éprouvée par des peines si cruelles qu’il me semble impossible de pouvoir encore supporter cette perte. Je ne l'aurai plus à mes côtés, ma chère enfant, comme je l’avais toujours, me donnant un bon avis ! Quand j'étais malade, quel dévouement ! Je ne pourrai donc plus compter sur elle pour me fermer les yeux ! Je ne puis m'empêcher de pleurer, d’arroser cette lettre de mes larmes. Vous ne pouvez comprendre combien mon sacrifice est grand ! Je pense bien que cette peine abrégera mes jours. J'ai besoin de prières pour ne pas succomber sous le poids de cette grande affiction.”

“ O mon père, priez pour moi, afin que je me conforme entièrement à la volonté de Dieu, et qu’un jour je puisse être réunie à mes enfants dans le ciel. Je me décourage, je me chagrine beaucoup. Je vous supplie de prier beaucoup pour moi, qui souffre tant. Priez donc, afin que je ne succombe point à cette séparation si douloureuse.”

Hermine à son tour exprimait dans les lignes suivantes ce qui se passait dans son cœur :

Québec, 16 Avri! 1873.

“ C'est maintenarit, que le moment de consommer le sacrifice approche, que toute la nature s'élève dans mon cœur pour lui livrer un assaut terrible. Que de combats dans ce pauvre cœur ! D'un côté attirée à Reims par la voix de Dieu, d’un autre côté retenue à Québec par des lens si tendres et si difficiles à rompre ! Mon Père, ce sera un moment terrible, que celui de la séparation davec ine mère chérie, d'avec des frères si tendrement aimés ; c'est la voix de la nature, je le comprends, et c’est ce qu’étrouva notre Mère sainte Thérèse elle-ngme, lorsqu'au moment de quitter la maison de son père pour entrer

dans le monastère, il lui sembla, dit-elle, que ses os se détachaient les uns des autres, et que s’il lui eût fallu rendre l'esprit, elle n’eût point souffert davantage. Comme elle en a triomphé, j'en triompherai aussi avec la sainte grâce de Dieu...”

17 Mai 1873.

‘ Cette divine Mère m’a secourue d’une manière trèsmiséricordieuse dans toutes mes afflictions, ce qui me donne grande confiance qu’elle ne m’abandonnera pas à l'heure du combat. Mon Père, c’est l’heure pour votre enfant de dire : “ Les eaux de la tribulation m’environnent de toutes parts, et si vous ne me secourez, Seigneur, je périrai.” Que de peines, de tentations et de troubles dans ce pauvre cœur !

“ C’est maintenant, que le sacrifice est sur le point dese consommer que j'en mesure toute l'étendue... Je ne puis comprendre comment j'ai pu me résoudre à quitter ma mère bien-aimée, dont il semblait que je ne dusse jamais me séparer. La pauvre nature est toute tremblante à l'approche de l’heure suprême.. Comment ferai-je ? Comment pourrai-je ?... De moi-même je ne puis rien, mais je puis tout en Jésus, qui me fortifie. Voilà mon oraison jaculatoire dans ces temps d’angoisses si cruelles. De toutes parts, on me livre des combats... Vous devinez de combien de glaives ces paroles ont percé mon cœur. Vous savez mieux que tout autre, s’il y eût jamais fille plus attachée à sa bien-aimée maman, que la pauvre petite Thérèse de Jésus, et que si je la quitte, ce n'est que pour obéir à la volonté de Dieu, qui m'appelle à lui et pour obtenir, par une immolation quotidienne, les grâces les plus précieuses pour cette mère chérie.

“ On ne comprend pas dans le monde la conduite de Dieu sur les âmes.”

22 Mai 1873.

Dieu versa bientôt l’onction de sa grâce sur les douleurs de cette âme généreuse et quelques jours après, elle écrivait :

“ Je remercie NotreSeigneur des peines et des épreuves qu'il m'a envoyées, car elles n’ont servi qu’à affermir ma vocation et à augmenter mon bonheur... Combien ce sacrifice des plus chères affections du cœur fait de bien à l'âme ! Jamais avant ce jour, je n'avais si bien compris le bonheur du paradis, qui nous réunira pour ne plus nous séparer ; jamais je n'avais compris que, pour s'attacher à Jésus par un amour véritable, il faut se détacher de toutes les créatures, même de celles qu'on aime le plus purement. Je ne puis vous exprimer, mon Père, quel désir je sens de servir et d'aimer le bon Dieu, combien je sens mon cœur se détacher de toutes les choses de la terre. Cette seule disposition est si douce,

qu'elle suffit pour dédommager le cœur des plus grands sacrifices.”

Dans uue lettre à sa mère, écrite à bord du Scandinavian, Thérèse de Jésus lui disait : “ Très-chère maman, j'ai beaucoup de chagrin de la peine que vous éprouvez, et tout ce que je désire, c’est que toutes les consolations qui peuvent m'être réservées dans les desseins miséiicordieux du bon Dieu, vous soient passées et changent lamertume du sacrifice en douceur et en joie.”

“ Je ne vous cacherai pas que mon cœur a beaucoup souffert après le coup de la séparation. Il me semblait que j'eusse mieux aimé cent fois mourir que de vous causer cette peine.

Très chère-mère, je ne vous le cache pas, parce que vous m'avez fait promettre de vous dire tout ce qui se passait dans mon cœur, et que vous êtes pour moi, non

FE

seulement une mère selon la nature, mais surtout une mère selon la grâce. Je sais d’ailleurs que cet aveu vous fera prier plus fort pour m’obtenir la grâce de la persé. vérance et pour affermir votre courage. Que la sainte grâce de Dieu soit en nous ! Quoique ce soit une immen se souffrance pour moi d’être séparée de ma chère maman, et que je ressemble au poisson qui est hors de l’eau, cependant je ne voudrais pas rentrer dans la maison paternelle, parce que je veux faire la volonté de Dieu. Jésus-Christ me veut au Carmel et je veux être son épouse fidèle.

“ Oh ! quel honneur, ma chère mère !”

Tels étaient les sentiments de la mère et de la fille au moment de cette séparation que le bon Dieu leur demandait.

Il n’y avait donc eu que quelques moments de perplexité ; la lumière de la grâce avait bientôt éclairé leurs âmes ; elles avaient compris la volonté de Dieu et accepté toute la grandeur du sacrifice.

“ Je ne comprends pas,” disait la mère, ‘ comment j'ai pu consentir au départ ;” “et moi,” disait l’enfant, je ne comprends pas comment j'ai pu m’y résoudre et l’entreprendre. C’esi Notre-Seigneur qui a tout fait.”

La mère aimait terndrement son enfant ; elle voulait son véritable bien ; elle comprenait que son véritable bien était de suivre sa vocation, et que c’eût été manquer à l’amour qu’elle lui portait, que de mettre un obstacle à ce bien. Son amour s’éleva au-dessus de tout amour naturel et terrestre, il se surnaturalisa : ‘“ En vue de Dieu et du ciel que je souhaite avant tout à mon enfant, je me sépare d'elle et je l'offre à Dieu.” Et l'enfant de son côté disait : ‘‘ Puisque j'aime si fortement ma mère, je dois lui procurer le plus grand des biens. Mon Dieu je vous offre tout pour ma mère, ma liberte,

ma santé et ma vie. Je veux pour moi toutes les souffrances et toutes les désolations : en échange, versez dans le cœur de ma mère les plus douces consolations, conservez-lui la santé et la vie.”

Voilà comment cette chère enfant aimait sa mère, et elle ne croyait pas pouvoir lui donner une plus grande marque de son amour, qu’en s’immolant pour elle au Carmel. La plus grande marque d'amour, c’est de donner sa vie pour ceux qu’on aime.

Le sacrifice de la mère et l’immolation de la fille, ne sont-ils pas véritablement le triomphe de l'amour maternel et de la piété filiale ?

L'un est aussi admirable que l’autre.

Aussi les Carmélites, en lisant les lettres qu’elles recevaient de la mère et de la fille, étaient-elles dans l’admiration à la vue de tant de foi et de tant de courage, et elles disaient : Nous ne savons qui doit-être plus admirée, de la fille se donnant à Dieu avec tant de courage et de dévouement, ou de la mère, faisant le sacrifice de son enfant chérie avec une générosité qui est vraiment de l'héroïsme. Aussi, franchement nous aimons beaucoup notre petite Carmélite future ; mais si j'ose le dire, nous aimons autant sa pieuse mère animée d’une foi si magnanime et de sentiments si admirables et si élevés au-dessus de la nature et des sens. Oh ! les deux belles âmes ! et que l'amour de Dieu est puissant, quand il agit sans obstacle dans les cœurs qui se livrent à son empire.”

Le bon Dieu regardait avec amour ces deux âmes et leur préparait à chacune sa récompense.

Encore une fois, l'exemple de Thérèse de Jésus nous révèle comment la vocation religieuse ne détruit pas la piété filiale, mais la perfectionne et l’élève aux sentiments surnaturels les plus sublimes. Elle aime sa mère avec la tendresse la plus affectueuse, avec le dévouement le plus

entier ; et, à cette pitié filiale portée jusqu’à l’héroisme, elle sait unir le plus parfait amour pour son céleste époux, la plus exacte fidélité à répondre à son appel On na qu’à lire les lettres qu’elle écrivait, pour voir comment l'amour de Jésus et l'amour de sa mère sont unis dans son cœur et l’occupent continuellement. Elle dit à sa

mère tout ce qui peut intéresser l'amour maternel : elle qui p ;

lui exprime les sentiments les plus affectueux et les plus tendres ; elle donne tous les petits détails qu’elle devine pouvoir lui être agréables, et, en même temps, elle ne soupire qu'après Jésus, elle parle tous les jours de son cher Seigneur, de son Époux bien-aimé, de tout ce que dans son ineffable bonté il fait pour sa pauvre petite épouse. Enfin lorsqu'elle approche du terme de son voyage, dans un doux entretien avec sa bonne mère, elle s’écrie: “ Oui, bien chère mère, enfin je puis dire: bientôt, dans quelques heures, ie serai au Carmel, je serai à la porte du paradis !”

Il est étonnant qu'avec une santé si délicate, elle ait pu tant écrire pendant sa traversée, son séjour de quelques heures à Londres, et à Paris ; et nous sommes loin de citer tout ce que Thérèse de Jésus écrivit à sa mère et à ses frères. Ce qui lui donnait cette force, c’est qu’elle aimait vivement, et son voyage n’a été qu’un entretien affectueux avec sa mère et ses frères, dans l'union du cœur de Jésus.

Que de mères chrétiennes, que de jeunes personnes peuvent profiter de l'exemple que leur donnent Thérèse de Jésus et sa mère !

Thérèse apprend aux jeunes filles que l'amour le plus affectueux pour la meilleure des mères peut s'unir trèsbien à la fidélité à sa vocation ; que plus on aime ses parents, plus on tient à leur prouver son amour en se dévouant pour eux à tous les sacrifices. Elle leur

apprend que les enfants doivent avant tout procurer à leurs parents ces douces consolations, qui résultent de la possession des véritables biens, des bien spirituels, et que, dans la vie religieuse, elles peuvent plus efficacement leur obtenir ces biens qu’en vivant avec eux dans le monde.

L'exemple de sa mère apprend aux mères chrétiennes que si elles aiment véritablement leurs filles, elle les élèveront pour Dieu et non pour le monde, et que, si Dieu les appelle à la vie religieuse, elles doivent s’empresser de seconder ses desseins loin de s’y opposer quoique le sacrifice demandé soit pénible à la nature. Que l'amour maternel s'élève, qu’ii se pénètre de l'amour de fésus, et il trouvera facile ce qui paraissait impossible. Le véritable amour d’une mère pour sa fille cherche à lui procurer les véritables biens ; et quel bien plus grand que celui d'être délivré des dangers du monde, pour servir Dieu selon son attrait dans la vie religieuse ?

Comment peut-on dire qu’une mère aime sa fille, lorsqu’elle s’obstine à la priver de ce bien si précieux, pour la laisser exposée à tous les dangers qui menacent son âme au milieu du monde ?

Quand il s’agit d’un parti riche dans le monde, une mère verra avec plaisir sa fille se marier, dût-elle partir ensuite pour les Indes orientales. Elle ne la verra peutêtre plus ; elle sait que mille accidents la menacent, et qu'au milieu d’un monde pervers, son salut courra mille dangers ; n'importe ! elle est tranquille et contente ; sa vanité de mère mondaine est satisfaite, sa fille est mariée. quel bonheur ! | |

Mais qu’une jeune fille dise à sa mère, qu’elle veut se séparer du monde, renoncer au mariage pour s'attacher à Jésus, entrer dans un monastère, peut-être dans sa ville natale où elle pourra la voir souvent, et y passer le reste

de sa vie au service de Dieu; “ Tu vas me faire mourir; jamais je n’y consentirai, jamais je ne pourrai me séparer de toi.” Ce sont des pleurs et des lamentations interminables. Et cette mère prétend avoir de l'amour pour sa fille !

Et ce qu'il y a de déplorable, c’est qu’à ces sortes de mères il n’est pas possible de faire entendre raison. Elles ne sont que nerfs, sentimentalité et imagination. Elles savent s’obstiner, mais elles sont incapables de comprendre le langage de la raison. La fille sera sacrifiée au défaut de jugement et aux préjugés mondains de sa mère.

Que de jeunes filles sont devenues malheureuses à cause des obstacles mis à la plus sainte vocation !

Elles auraient été heureuses et se seraient sanctifiées dans l’état religieux ; mais une mère déraisonnable s’est opposée à ces saints désirs, et pur lui complaire, elles ont fini par se marier contre leur désir ; elles passent leur vie dans les chagrins, les regrets et les amertumes, elles sont malheureuses ; mais leurs mères sont contentes : n’ontelles pas réussi à empêcher les pauvres filles d’être religieuses ? Et on osera dire que ces femmes ont de l'amour pour leurs enfants !-—Elles les haïssent !

“ Mais, ma fille est si jeune ! Je connais son caractère: Elle sortirait du couvent. Et j'aime mieux qu’elle n’y entre pas que de la voir en sortir. Mieux vaut qu’elle reste quelque temps dans le monde, qu’elle y éprouve sa vocation. Ce n’est pas pour l’en détourner ; nous serions trop heureux si c'était sa vocation ; mais il faut qu’elle y réfléchisse et prenne son temps.”

C’est là le langage de la nature; ce n’est pas celui de la grâce.

La nature est toujours prête à trouver de bonnes raisons quand il s’agit de se contenter.

Votre fille est-elle donc trop jeune pour mettre son innocence à l'abri de tout danger, pour se soustraire aux vanités et aux insinuations du monde et se dévouer au service de Dieu ?

On n’est jamais trop jeune pour servir le bon Dieu. On peut pratiquer la perfection à tout âge.

Vous supposez votre fille légère et inconstante ; et la décision qu’elle a prise après de sérieuses réflexions, après avoir consulté un directeur éclairé, démontre le contraire.

Celle qui a sérieusement examiné sa vocation et reçu l'avis d’un sage directeur peut certainement se décider. Quand il s’agit d’une vocation à la perfection, l’autorité du directeur doit tenir le premier rang. Il a grâce d'état pour juger. Ceux qui n’ont que la prudence de la chair et du sang, sont incapables de donner un conseil sage dans les choses spirituelles.

Dans la crainte qu’elle ne persévère pas, vous ne la laissez pas entrer en religion : c’est à dire que vous étouffez sa vocation, dans la crainte qu’elle n’y soit pas fidèle,

Vous voulez, dites vous, éprouver sa vocation, et pour cela vous l’exposez à mille dangers! Le noviciat n’estil pas établi pour éprouver la vocation religieuse ? Et sans exposer une jeune fille aux dangers que présente le monde, n'est-il pas destiné à faire connaître si l’appel de Dieu à ce saint état est véritable.

O mères mondaines ! n’êtes-vous point devant Dieu, en agissant ainsi, les plus grandes ennemies de vos enfants ?

Mais que penser de ces parents plus criminels encore, qui, non contents de s'opposer à l’appel divin, précipitent les enfants qu’ils prétendent aimer, dans un abîme de passions et de crimes pour les arracher plus sûrement à Dieu ?

Ce n’est point assez pour eux qu’une fille follement aimée éprouve sa vocation en restant dans le monde, mais pour l’éprouver eux-mêmes plus cruellement, ils la jettent au milieu des pompes, des plaisirs sensuels, des divertissements les plus dangereux.

Hélas ! qu’il leur est facile d'obtenir d’une âme si neuve encore ce qu’ils prétendaient ! Au fond que voulaient-ils ? S'ils analysaient leur principe, fervertir ; et ils n’ont que trop bien réussi. :

Le Seigneur n’habite point dans le tumulte, il ne parle point au milieu de ces assemblées bruyantes ; c’est la passion surexcitée par le plaisir qui parle en ces moments, et l’âme affaiblie ne peut guère tarder à céder. La piété s’en va, la coupe des plaisirs devient bien douce, l’amour des parures, de toutes les vanités, de toutes les pompes mondaines s'empare bien vite du cœur d’une jeune fille, eût-elle été jusqu'alors innocente.

Ces fêtes sont si brillantes ! ces bals si attrayants ! ces drames si émouvants ! ces opéras si charmants !

Bientôt elle n’aimera que trop ces compagnies qu’elle était décidée à éviter toujours ; bientôt elle y courra avec une ardeur folle, qui épouvantera même ses imprévoyants parents. Elle n’aura plus de cœur que pour le monde.

Combien de jeunes filles, autrefois pieuses et portées vers Dieu, qui, pour avoir été produites dans le monde par une mère ambitieuse et légère, sont devenues ellesmêmes tout-à-fait mondaines, et qui, aujourd’hui, par leur funeste exemple, par leur conversation perfd-, en détournent beaucoup d’autres de‘la voie où Dieu les appelait !

‘“ Ah ! quelle folie !” diront-elles à des jeunes filles encore innocentes et pures, “ moi aussi, j'étais autrefois comme vous ; moi aussi, j'avais ces idées qu’on nous donne dans les pensionnats des religieuses, et j'étais près d'entrer dans un couvent. Mais je me suis bien vite

débarrassée de ces idées d’enfant, de dévote. Le monde ! c’est là qu’on est heureuse ! qu’on s'amuse ! Couronnons-nous de roses, avant qu’elles ne se flétrissent ; laissons partout des signes de notre joie, c’est là notre part, là ce qu’il nous faut. “ Coronemns nos rosis antequam marcescant...… ubique relinquamus signa letitiæ...… haæc est pars nostra...… et hæc est sors. (Sap. c. 2, v. 8,)”

A l'heure de votre mort, que pensez-vous de votre infidélité à la grâce et de ces jours passés dans les plaisirs ? Et qu’est-ce que Dieu en pense dès à présent ?

Dieu vous avait choisie pour marcher dans la voie des saints ; et ne marchez-vous pas dans la voie de la réprobation, puisque Dieu a réprouvé ce monde qui vous possède.

Mais ce n’est pas assez ; vous invitez, vous pressez des âmes pures encore de vous y suivre ! Sœur de Caïn, qu’avez-vous fait de votre sœur ? N’aurez-vous pas à répondre d’une longue série de scandales ? Et Dieu ne vous redemandera-t-il pas un jour ces âmes, rachetées de son sang, que vous lui aurez arrachées ?

Réfléchissez, priez Dieu de vous éclairer, recourez à Marie votre Mère que vous aimiez tant autrefois, arrachezvous à ces illusions fatales.

Puissiez-vous, en lisant la vie de Thérèse de Jésus au monastère du Carmel, comprendre que les délices pures qui inondent son cœur, et la douce espérance de délices plus grandes encore, lui procurent un bonheur que vous ne soupçonnez même pas ? L’éclat de toutes vos fêtes n’est que ténèbres auprès de la lumière qui illumine son âme ; vos prétendues joies ne sont qu’amertume, comparées à la paix intime dont elle jouit.

Il est temps encore pour vous de revenir à Dieu, de vous attacher à Jésus et de trouver dans son divin Cœur un bonheur qui vous a fui dans le monde.

Et vous, mères, chrétiennes, n’apprendrez.vous pas aussi, en lisant cette vie, en quoi consiste le véritable amour maternel ?

Si jamais Dieu vous fait l’indicible honneur de vouloir sans partage l'enfant qu’il vous a confiée, vous obstinerez-vous encore à le repousser loin d'elle, à la lui arracher?

N’imiterez-vous pas plutôt l'exemple de la mère de Thérèse de Jésus, en vous sacrifiant comme elle pour triompher avec elle ?

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