Esprit du Carmel
Une Carmélite est une âme liée à Jésus-Christ en qualité d’épouse qu’il s’est choisie et toute appropriée, pour l'appliquer à rendre par état hommage à tous ses états passibles, pour être comme substituée à sa vie mortelle. Sa vocation est de perpétuer sur la terre la vie cachée du Verbe incarné, dans ses qualités de victime, d'adorateur et de médiateur. Jésus lui donne une grâce proportionnée à cette sublime vocation, qui perpétue d'une manière admirable la divine Maternité de Marie. Cette auguste Vierge fut honorée au Carmel comme
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future mère de Dieu, longtemps avant sa naissance ; c’est pourquoi l'Ordre du Carmel ne reconnaît point d’autre chef que Marie; c’est son Ordre, parce que la plénitude de la grâce d’une si éminente vocation ne pouvait être donnée à une autre qu'à Marie.
L'Ordre du Mont-Carmel est donc par un choix divin, un Ordre d’âmes choisies, liées au Verbe fait chair, pour vivre en lui de cette vie cachée, pauvre et laborieuse qu’il menait sur la terre, et pour être avec lui victimes de charité pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, par la perfection avec laquelle elles remplissent tous les devoirs de cette sublime vocation. Telle a été l'intention de sainte Thérèse, qui nous dit que son dessein dans sa réforme, a été de rétablir la splendeur de l'Ordre du Mont-Carmel, afin qu’en gardant sa règle et les conseils évangéliques avec toute la perfection possible, ses filles soient en état de sauver les âmes et de soutenir l’Église.
Ainsi donc, pour une Carmélite, la perfection n’est plus arbitraire, elle s'y est vouée, elle s’y est engagée; elle doit y tendre sans relâche. Elle est obligée de soutenir l'Eglise, non par sa prédication, mais par sa perfection, par ses prières dans le silence du désert et dans l'obscurité. Elle sort de sa voie quand elle cesse de tendre au plus parfait.
Pour entrer dans l'esprit de sa vocation, une Carmélite doit être une âme intérieure, une âme d’oraison, très solidement fondée et exercée dans une humilité profonde; d'un entier détachement, d’une mortification universelle et constante, et d’une obéissanse aveugle et sans réserve : quatre vertus qu’on peut appeler les éléments de la vie intérieure. C’est une âme morte et ensevelie au monde, qui est crucifié pour elle et pour qui elle est crucifiée. Une Carmélite doit être morte à ses sens, à ses désirs, à sa nature, à tout amusement ; c’est un cœur à Dieu sans
partage, un esprit toujours appliqué à Jésus-Christ sans division ; c’est une victime de charité, une pénitente publique pour les péchés du monde, un supplément journalier des devoirs dûs au Créateur, et si peu rendus par la créature ; c’est une réparatrice perpétuelle de la gloire de Dieu, une copie vivante de Jésus-Christ crucifié, qui, en lui, par lui et avec lui, devient sur le Carmel une médiatrice de la conversion des pécheurs ; qui s’offre à la miséricorde divine comme pleige et caution pour eux; c’est un Moïse sur la montagne, tenant ses mains élevées vers le ciel, afin d’obtenir la victoire aux chefs des armées du Seigneur qui combattent dans la plaine ; c’est une âme altérée du salut de ses frères ; c’est un Elie en zèle, un ange en pureté, un Jean-Baptiste en austérité, une Thérèse en amour. Son centre est l’abjection ; son plaisir, la souffrance ; la pauvreté, sa richesse ; le silence, sa force ; l'oraison, son aliment ; et l’ar our, sa demeure immuable. C'est à la perfection de cet amour que doit tendre une Carmélite, destinée qu’elle est à soutenir l’Église et à pro-
1 curer le salut des âmes. L'amour seul peut en elle égaler C- et souvent surpasser les travaux des autres. ns C’est à elle spécialement que s'adresse cette parole du de Sauveur : “ Demeurez dans mon amour.” L/état permanent de la divinité est de se reproduire, de s'aimer. ite Voilà l’état de la Carmélite ; contempler l'Homme-Dieu oli- dans ses perfections, ses mystères, ses vertus ; les reprode ; duire en elle par imitation ou conformité, être en quelque elle sorte transformée en Jésus-Christ par l'amour, de manière ve : qu'il vive en elle, et qu’elle vive en lui par une union , vie M perpétuelle : voilà sa vie.
24 2. La solitude du Carmel et son esprit d'oraison. rs, à Une Carmélite est encore une cénobite solitaire ; elle sans
doit joindre aux grands avantages de la vie nr + 156 la
perfection de la vie solitaire, et d’un anachorète dans le désert, vivre seule à Dieu seul dans le silence, la paix et la prière, vivre cachée et inconnue au monde ; ne communiquer avec ses sœurs que dans le temps marqué pour l'union générale, ignorer le monde et tout ce qu’il renferme ; ne quitter la solitude que par obéissance ou par charité; y tendre comme à son centre, pour s’y abîmer en Dieu, comme un petit poisson vit dans son élément, trouvant dans cet infini océan de perfections et de délices son centre, sa vie, sa demeure, sa nourriture ; persuadée qu’elle n’en peut sortir sans trouver sa perte, comme le poisson hors de l’eau trouve la mort. Et quand le devoir l’oblige à en sortir, elle doit porter partout la solitude, c’est-à-dire, un esprit vuide de tout, mort à tout, qui se prête pour Dieu au nécessaire sans passer à l’inutile et sans quitter Dieu pour se répandre au dehors.
Ainsi, la vie du Carmel est une vie salutaire, où l’âme vuide de tout le terrestre se rend au désert où Jésus- Christ règne seul sans créature ; c’est une solitude dont Dieu même est la vaste retraite, l’aimable, l’unique, la délicieuse et perpétuelle compagnie ; c’est en lui qu’elle se cache, qu’elle se perd dans une continuelle adoration de la suprême essence. Elle doit être un Séraphin sur la terre, qui ne vit que de flammes, qui ne s'occupe que du divin amour, et marcher, comme Elie, en la présence du Seigneur ; méditer jour et nuit dans sa loi, c’est-à-dire dans l’amour que la loi commande ; c’est le précepte que donne la règle du Carmel, et qui est la raison pour laquelle les Pères de la Réforme reçurent les premiers le nom de Religieux contemplatifs. Toutes les œuvres de saint Jean de la Croix se réduisent à ce paint : union et transformation divine par amour... Unz Carmélite marchera à grands pas à la perfection de son état, si, fidèle à détourner les regards intérieurs et extérieurs de tou
objet créé, elle nourrit en elle un désir toujours brûlant de plaire à Dieu, un désir véritable que l'amour exerce et soutient sans relâche ; si, tendant partout au plus parfait, saisissant avec soin les petites occasions de chaque jour que lui fournit son état, elle marche toujours simplement et amoureusement sous les yeux de son bien-aimé ; si elle suit partout Jésus-Christ, comme voie, vérité et vie, ne perdant jamais de vue ce divin objet dont elle doit être une image vivante et achevée, autant qne la faiblesse humaine en est capable. Toute son étude doit être de retracer en elle toutes ses vertus pour les présenter à son Père. Penser à Dieu, parler à Dieu, écouter Dieu, agir et souffrir pour Dieu, voilà ce qui doit partager tous ses moments et rendre son oraison continuelle et très-parfaite. Cette vie d’oraison, où son état l’oblige de tendre et que l'amour produit, doit la rendre attentive en toutes rencontres à s’efforcer d’imiter Jésus-Christ pauvre, laborieux, humilié. Faire cela sans cesse, c’est remplir la vocation du Carmel.