Une récréation au Carmel
En nous envoyant plusieurs documents qui sont entrés dans cet opuscule, une Carmélite nous écrivait :
“ Nous avons cru pouvoir vous envoyer aussi les quelques bouts-rimés qui suivent... cela aura du moins l'avantage de convaincre une fois de plus que la vie du Carmel n’engendre nullement la mélancolie, et que les récréations enjouées, les plaisanteries douces et charitables y sont fort bien reçues. Voici l’origine de ceci: Une de nos sœurs a le soin d’un petit pied de camomille, qu’elle a fait venir de son pays... Si jamais plante fut entourée d’attentions maternelles et délicates, c’est bien la fleurette en question ; visites fréquemment renouvelées, arrosage etc., etc., rien n’y manque. Elle a, au
dire de notre chère sœur, des propriétés si multiples et si merveilleuses ! c’est une véritable panacée !.…
Dès que l’une de nous souffre d’un malaise quelconque, on est presque sûr d’er::ndre une petite voix suppliante répéter invariablement la mêmême formule : “O ma Mère, un peu de camomille pour ma sœur.”—Or, un jour on parlait du Canada, (ce n’est rien moins que rare,) et notre pharmacienne émérite s’écrie tout-à-coup : “Nous y porterons de la Camomille !” C'était la première révélation publique d’une vocation, qui jusqu'alors était restée secrète entre le bon Dieu et nos Mères bien-aimées... Un éclat de rire général l’accueillit, et depuis ce temps, la chose reste conclue. Ma sœur M. A. ira au Canada, pour y implanter sa camomille. Du reste, notre chère sœur accepte très-volontiers cette plaisanterie, et nous eûmes même un affectueux merci, quand notre Révérende Mère fit en récréation la lecture de notre petite tirade..... On y parle d’ailleurs du Canada et de la camomille..……. c’est le moyen infaillible de se faire pardonner beaucoup de choses.
Voici maintenant le chef-d'œuvre :
Venez, chers habitants de ce beau Canada,
Venez considérer dans le pot que voilà
Une fleur admirable, à nulle autre pareille, Guérissant tous les maux, véritable merveille ! Admirez un instant sa forme, sa blancheur,
Aspirez à loisir sa ravissante odeur...
Et puis, si quelque jour, certain mal vous tourmente, Il faut tout simplement recourir à ma plante.
Dans un peu d’eau bouillante, on la laisse infuser : Le sucre ne nuit pas, mais on peut s’en Easser. Buvez-en dans l'hiver quand le froid vous enrhume, Buvez-en quand la bile, «vec son amertume
Soulève votre cœur par des vomissements ;
Buvez quand vous souffrez de vos mauvaises dents ; Buvez si vous avez une jambe cassée...
Prenez, prenez toujours ma plante parfumée.
Pour l’apporter ici, j’ai traversé la mer ;
De ces beaux résultats mon cœur peut être fier. Venez ! Venez ! Venez ! c’est de la camomille.
Je veux la propager, et dans chaque famille.
Oh! pour la cultiver ne craignez pas l'effort,
Tant que vous en boirez, vous ne serez pas mort !!! Mais ne m’accusez pas d’être trop emphatique,
De trop vous imposer ce charmant spécifique...
Un mot explique tout : Il vient de mon pays !
Pays incomparable, et qu’on appelle Oulchys ! ! !...