‹ Une fleur du Carmel [microforme] (volume 2)Chapitre 141 sur 186 · THÉRÈSE DE JÉSUS ATTENDUE AU CARMEIL · texte numérisé non relu

THÉRÈSE DE JÉSUS ATTENDUE AU CARMEIL

Thérèse de Jésus était déjà connue de ses sœurs du Carmel. Depuis un an elle était en correspondance avec la Révérende Mère Prieure et avec la Maîtresse des novices, et dans ses lettres, elle avait exprimé tous les sentiments de son cœur et montré toute la beauté de son âme. Sa piété, sa droiture, sa modestie, sa douceur, son humilité, son amour pour sa vocation, l'élévation et la générosité de ses sentiments, sa simplicité et sa candeur, toutes ces belles qualités si naïvement exprimées dans sa correspondance, lui avaient gagné l’affection de toutc la communauté. On désirait vivement l’arrivée de cette chère petite épouse privilégiée du bon Jésus, et on faisait des prières, des neuvaines pour qu’elle pût surmonter tous les obstacles et arriver heureusement dans ce Carmel qu’elle aimait tant.

On ne sait pas dans le monde quel est cet amour spirituel et surnaturel qui unit en Jésus-Christ et par Jésus- Christ les cœurs qui nr veulent vivre que pour le céleste Epoux, pour plaire à celui qui les a tant aimés, en se dévouant ensemble pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Nous avons vu par ses sentiments affectueux combien sœur Thérèse de Jésus aimait ses sœurs. Et qu'aimait-elle donc en ces Carmélites qu’elle n'avait jamais vues? Notre Seigneur lui avait fait comprendre

la générosité et le dévouement de ses épouses du Carmel, qui renonçaient à elles-mêmes et à tout ce qui est dans le monde afin de se sacrifier et de s’immoler continuelle ment à Dieu pour les âmes, et elle aimait cette générosité, ce dévouement, ce sacriiice, cette iImmolation continuelle parcequ’elle y voyait le moyen de trouver Jésus, sa Croix, sa Très-Sainte Mère, et son cœur l’entraînait vers ces âmes avec qui elle avait déjà une si grande ressemblance. Voilà pourquoi sœur Thérèse de Jésus aimait tant les Carmélites.

De leur côté, les enfants de sainte Thérèse, pleines de l'esprit de leur sainte Mère, avaient compris tous les sentiments de cette jeune sœur que Jésus leur amenait. Et elles étaient heureuses de voir s’augmenter le nombre de ces pieuses victimes qui ne vivent qu’afin de <s’immoler pour Dieu et pour les âmes et augmenter ainsi la gloire du céleste Epoux.

Dans le monde on ignore entièrement cette divine charité, ces pures et saintes affections qui, dans les communautés religieuses, unissent ces cœurs qui s'aiment en Jésus-Christ ; on ignore cette douce et céleste joie qui règne parmi ces bonnes sœurs quand le bien-aimé Sauveur leur amène de ces âmes remplies de la divine charité. Ce sont d’ineffables délices que le monde ne connaît pas, mais qui sont déjà un avant-goût de ce bonheur dont jouissent les élus auprès de Jésus.

Voici en quels termes les Carmélites parlaient de cette chère enfant ; comment elles exprimaient leurs saintes affections pour leur petite sœur du Canada et le désir de à voir au plus tôt au milieu d'elles.

Fête de Tous les Saints, 1872.

Que notre chère enfant vienne quand elle le jugera convenable ! Elle sera reçue à bras ouverts. Toute la communauté l’aime et la regarde à l’avance comme une sœur chérie envoyée par Notre Seigneur lui-même.

Nous jouissons, nous avons toujours joui du calme le plus parfait, même au moment de l'invasion prussienne. Qu’arrivera-t11? Dieu seul le sait. Les conjectures humaines ne peuvent rien faire pressentir. Si des malheurs nous forçaient à une dispersion sans espoir prochain de réunion, eh bien ! nous partirions pour le Canada avec notre chère enfant. Mais que Dieu fasse miséricorde à notre chère patrie, et la préserve de nouveaux crimes !

Carmel de Reims, 4 Mars 1873.

Cette chère enfant est toujours charmante. Certainement, nous serions très-heureuses de la posséder le plus tôt possible. Mais sile bon Dieu veut un retard, ce sera, bien sûr, dans des vues toutes providentielles. Nous tâcherons toujours d’entrer de notre mieux dans ses desseins.

Carmel de Reims, 2 Mai 1873.

Nous allons écrire immédiatement à madame Frémont, pour la tranquilliser au sujet de la santé de notre chère enfant : le bon Dieu paraît manifester si clairement ses desseins sur cette âme, que nous espérons pour cela comme pour tout le reste ; mais devint-elle malade, nous ne la confierons jamais à personne du dehors et elle recevra tous les soins dans la communauté même.

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Carmel de Reims, 7 Mai 1873.

C’est vraiment admirable ! En voyant une telle vocationcomment s'inquiéter pour la santé? Le bon Dieu saura bien la donner.

Carmel de Reims, 30 Mai 1873.

Le bon Dieu soit béni de tout !

Voici des nouvelles du Canada et de bonnes nouvelles.

Se mettre en route le jour de Notre-Dame du Sacré- Cœur, à qui nous l'avons tant recommandée et qu’on pre pour elle à Issoudun, et le jour où l’une de ses futures compagnes fait profession et va prier pour elle de tout son cœur... Cette chère enfant, nouvelle professe, prendra le voile noir le 11 juin, à 4 h. 7% du soir. Oh! si jamais les bons anges soufflaient si bien le steamer que notre postulante pût arriver pour ce moment ! Monseigneur, qui fera la cérémonie de la prise de voile, pourrait introduire ensuite lui-même la nouvelle colombe dans l'Arche. Enfin, mon bon Père, demandez-le avec nus, s’il vous plaît.

En attendant, nous allous faire brûler jour et nuit une ampe devant Notre-Dame du Sacré-Cœur dans la chapelle extérieure et dans notre chœur, pour la chère voyageuse.

Carmel de Reims, 5 Juin 1873.

Amour au divin Cœur de Jésus !

La charmante petite âme que cette chère enfant qui “ent vers nous! (Ses deux lampes brûlent toujours levant Notre-Dame du Sacré-Cœur.)

Mais comme vous faites bien de nous communiquer ce Welle vous écrit. Nous avons trouvé aujourd’hui, dans

la lettre qu’elle vous a adressée, des pages si ravissantes que nous avons cru pouvoir prendre votre intention en lisant ces pages à la communauté et en les faisant même copier pour les envoyer à Monseigneur.

Vraiment, si Notre-Dame du Sacré-Cœur nous l’amène pour le onze, ce sera une vraie gâterie de sa tendresse. Mais elle en est bien capable, si elle le trouve bon.

Dans ce cas, mon Révérend Père, voudriez-vous faire en sorte que notre chère enfant nous arrive au moins pour la cérémonie de prise de voile qui commencera à 4% h. %, le 11. Alors Monseigneur la verrait, et lintroduirait lui-même au Carmel.

Thérèse de Jésus ne put arriver à Reims que le 14 juin.

Laissons-la nous raconter elle-même, dans une lettre à sa bunne mère, son entrée au Carmel et les sentiments qui remplissaient son cœur.

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