‹ Une fleur du Carmel [microforme] (volume 2)Chapitre 143 sur 186 · LM IT · texte numérisé non relu

LM IT

Ma bien bonne et bien chère maman,

Tout pour l’amour de Jésus et de Marie !

Que béni soit Notre-Seigneur et remerciée soit notre bonne Mère Prieure qui nous procurent aujourd’hui le plaisir de nous entretenir ensemble. Je vous assure, très-chère mère, que je ne me suis pas fait dire deux fois qu’il fallait vous écrire, et après avoir accompli mes différents devoirs, je viens vite me mettre à cette douce et aimable causerie.

J'ai tant de choses à vous raconter, ma très-chère mère, qu’il me faudra du temps et du papier pour le faire. Mais d’abord, j'ai à vous remercier, ma bien-aimée mère, pour vos deux si bonnes et si affectueuses lettres qui me sont parvenues. Vraiment, c’est trop de bonté de m'écrire si souvent. Je connais vos occupations, je sais combien votre journée est toujours trop courte pour ce que vous avez à faire : ce qui fait que je m'étonne un peu de ce que vous ayez pu m'écrire ainsi, mère chérie. Ne vous chagrinez pas quand vous voyez que la semaine se passe sans que je reçoive de vos lettres ; je n’en serai nullement surprise, et même je désire que vous ne vous fati-

guiez pas trop. Mais toujours quand vous pourrez le faire, votre petite fille sera bien contente de lire vos chères amitiés ; et elle apprécie d’autant plus le plaisir que vous lui accordez qu’elle sait qu’il faut quelquefois pour cela bien vous presser.

Mais qu’avez-vous donc, mère chérie ? vous êtes malade, me dites-vous, et vous ne me dites pas ce que vous avez. J'espère que maintenant vous êtes tout-à-fait guérie.

Vous me dites que depuis notre séparation, vous désirez plus vivement le ciel. Eh bien, très-chère mère, voyez donc quel grand bien a déjà produit notre séparation puisqu'elle nous fait penser plus souvent au ciel. Quand nous étions ensemble, nous étions tellement heureuses, malgré les tracasseries des affaires qui ne nous manquaient pas à la vérité, que nous ne pensions pas à désirer le ciel, et si l’une de nous était malade, aussitôt que de lamentations ! que de craintes ! “ Peut-être faudra-t-il nous séparer ! Peut-être mourra-t-elle ! ” Ii aurait bien fallu en venir là quelque jour ; car enfin le bon Dieu ne nous avait pas dit qu’il nous ferait mourir toutes deux à la même heure.

Maintenant à la bonne heure, nous désirons le ciel, nous désirons d’être séparées de ce corps mortel pour être à jamais réunies dans le Sacré-Cœur du divin époux. Allons ! du courage, ma très-chère maman, ne pleurez donc pas tant, essuyez donc ces chers petits yeux, dont la vue me navrait tant quand ils étaient mouillés.

Pensez à nos chers enfants et que le désir de leur sanctification vous fasse accpter génénéreusement la croix du bon Jésus.

Maintenant, ma très-chère mère, 1l faut que je vous raconte un peu comment tout va au Carmel, comme on est heureux dans la maison de Notre-Seigneur, qui envoie

à ses Épouses des jours d’un bonheur sans mélange. Tels ont été, bien chère maman, le jour de la fête de notre Révérende et bien-aimée Mère Prieure, et celui de la prise d’habit de notre chère sœur Victoire de Saint Pierre.

Je dis, sans mélange ; mais non, il y avait un désir qui restait à satisfaire, celui de vous voir auprès de votre enfant pour jouir avec elle de cette belle fête de famille.

Vous savez que la fête de notre Révérende Mère est le jour de la fête du Sacré-Cœur. Mais comme ce jour est solennel au Carmel, on remet la fête de notre Mère au mercredi suivant.

Mercredi donc, à midi, on a exprimé à notre chère Mère les vœux du plus filial attachement. Nos sœurs qui ont beaucoup d’habileté, jointe à un goût exquis, avaient préparé une quantité de charmants petits objets de fantaisie, mais tous religieux, comme vous le pensez bien. Il y avait deux tables chargées. La petite Thérèse de Jésus, elle aussi, avait fait tout son possible pour faire un petit monastère (avec l’aide bien entendu d’une sœur bien charitable.) Ce petit monastère représentait le monastère futur du Canada, s’il plaît à Notre-Seigneur qu’il y en ait un, et nous avons mis en tête, “ Monastère de Notre-Dame du Sacré-Cœur ; ce qui plaît beaucoup à notre Mère, à cause de la grande dévotion qu’elle a à invoquer notre céleste Mère sous ce beau titre.

Le Révérend Père ayant dit à nos bonnes Mères, l’hiver dernier, que vous aimiez que le monastère fût dédié à la Sainte Vierge, elles en ont été extrêmement heureuses, surtout notre Révérende Mère.

Mais ce n’est pas tout ; le plus beau, c’est qu’on a fait figurer parmi les divers cadeaux donnés, qui ?...... Votre petite Thérèse de Jésus ?

Voici comment la chose s’est passée : On avait présenté à notre bonne Mère une jolie crèche où était un

beau petit Jésus. Une de nos sœurs avait composé un cantique pour l’occasion. On y exprimait tous les vœux, toutes les prières que les bonnes filles de notre bonne Mère adressaient au divin Enfant pour lui obtenir bien des grâces. Après que ce premier cantique eut été chanté, on en chanta un second ; je vous les envoie tous les deux.

Comme vous le verrez, ce second cantique est composé tout entier à propos de la petite Canadienne, qu’on dit être un joli présent que le bon Jésus envoie à notre chère Mère pour exaucer les vœux de ses petites épouses. C'est en ce moment que je me suis montrée, ma chère maman. Jusques-là, on m'avait bien cachée, et quand on a chanté :

Accourez, cher bouquet vivant, Embrassez notre tendre Mère, Accourez cher bouquet vivant Sur ce cœur qui vous aime tant,

je suis allée embrasser notre bonne Mère. Oh ! que nous étions heureuses !

Notre bonne Maîtresse avait bien voulu que je fusse revêtue, pour ce beau jour, du saint habit du Carmel ; et comme on avait parlé de la petite Canadienne comme d'un bouquet vivant, on avait pris à tâche de la faire paraître comme telle.

Tout le scapulaire était parsemé de fleurs blanches et rouges, et j'en avais sur la tête.

Tout cela avait mis beaucoup d’entrain à la fête, comme vous le pensez bien. J'aurais bien voulu que vous eussiez été là, mère chérie, pour voir le joli bouquet.

Toutes nos sœurs ont trouvé que le saint habit m’allait très-bien, et elles m'ont dit bien agréablement que j'ai été créée et mise au monde pour porter l’habit du Carmel,

tant il leur semblait naturel de me voir ainsi Je vous assure qu'à mon cœur aussi il allait bien et que j'étais bien attendrie de voir l'affection que nos sœurs veulent bien porter à une pauvre petite étrangère qui ne leur est rien.

Nos chères sœurs sont toutes si bonnes pour moi, qu’on voit bien que c’est Notre-Seigneur lui-même qui leur a inspiré cette charité, et je l’en remercie beaucoup.

Je vous parlerai dans ma prochaine lettre d’une petite image qu’une de nos bonnes sœurs a faite en ce beau jour, et que notre bonne Mère a bien voulu me donner.

Vous verrez quelle délicatesse, quelle affection il y a dans ces cœurs du Carmel.

Notre bonne Mère, en examinant les différents objets qu’on lui a présentés, a bien voulu en mettre un de côté pour vous, mère chérie ; c’est une petite cellule de Carmélite tout comme la nôtre, de sorte qu’en la voyant, vous pourrez vous représenter votre petite Thérèse de Jésus dans sa cellule. Il y avait trois de ces petites cellules. Dans l’une d'elles, la Carmélite était bien plus belle, mais comme la cellule avait été faite par nos Mères d'Anvers et qu’elle n’était pas exactement semblable à la nôtre, notre bonne mère ayant bien voulu nous donner le choix, nous avons préféré la cellule plus ressemblante à la nôtre. Nous vous l'enverrons par une prochaine occasion.

Mais, très-chère maman, il ne faut pas que je manque de vous parler de mon #nf#ressante personne. Je sais que vous m'en voudriez si je ne le faisais pas, et notre Mère me recommande ce sujet d’une manière toute particulière.

Eh bien ! ma chère maman, louez avec moi la bonté de Notre-Seigneur qui m'envoie la grâce d’une #onne santé.

Oui, je puis le dire, je sui: mieux que chez nous. Vous

vous étonnez, vous dites que je vous trompe. Non, ma chère maman, je dis bien la vérité. Le régime du Carmel me va très-bien. Je mange régulièrement aux heures de la communauté, excepté une fois qu’il m’est arrivé d’avoir un peu mal à la tête ; alors pour plus de prudence, je suis restée dans notre cellule pendant le souper. Nous avons une nourriture très-saine.

Au premier repas qui est à dix heures, nous avons d'abord de la soupe au lait, ou quelque autre sorte de soupe, et de très-bonne soupe. Ensuite nous avons des œufs, soit à la coque, soit en omelette ou autrement, ensuite on nous sert des légumes bien cuits et bien bons, puis on nous donne des fruits. Comme vous le voyez, chère maman, c’est un bon diner que nous avons. Le soir, il y a encore des œufs, de la bouillie ou des légumes, ou du lait et ensuite des fruits. Deux fois par jour nous avons du vin. J'espère, chère mère, que ces détails vous rassureront sur le compte de votre petite Hermine. Vous allez croire peut-être que les légumes me font mal? Détrompez-vous, chère mère; d’ailleurs, quand je le préfère, je prends davantage de la première portion et je m'accoutume petit à petit au régime. Je ne me sens pas faible dans la journée comme je me sentais chez nous quand je manquais de prendre de la bière ou de la viande ; puis, quoique j'aie encore un peu mal à la tête, ce n'est pas du tout comme chez nous, c’est-à-dire que ces maux de tête ne m'accablent pas du tout et ne m'empêchent pas d'aller mon petit train. Enfin, ma chère mère, je ne me comprends pas tant je me trouve changée sous le rapport de la santé ; je n'ai pas mal à la gorge ; Î paraît bien, comme vous voyez, que Notre-Seigneur, dans sa tendre bonté, agit puissamment dans l'affaire de ma vocation et veut me montrer par toute sorte de moyens qu’il me veut au Carmel.

Pour le cœur, (car il faut vous rendre compte de tout} il va aussi très-bien, ma bien-aimée mère ; Notre-Seigneur ne laisse rien inachevé ; il a donc voulu, dans son extréme bonté, me donner de bien bonnes Mères. Il a fait encore plus, en ce qu’il m'a inspiré pour elles une affection et une confiance toute singulières. J’en suis étonnée moi-même, et vous le serez bien aussi ; depuis seulement trois semaines que j'ai le bonheur d’être avec ces chères Mères, je me sens aussi à l'aise avec elles que si je les connaissais depuis un an et plus. (C’est bien Notre-Seigneur qui fait tout cela, n’est-ce pas, chère mère? Vous : savez comme je suis toujours difficile à me faire aux personnes avec lesquelles je vis.

Toutes nos sœurs sont bien bonnes. Je voudrais que vous puissiez venir quelquefois à la récréation; avec quelle édification vous verriez la charité parfaite qui règne entre elles ! ;

Veuillez prier, chère mère, et faire prier pour que je profite de tant d'exemples de vertus, et pour que mon cœur soit docile aux saintes instructions de nos bonnes mères.

Ne croyez pas, maman chérie, qu’en religion on oublie ses parents ; oh non! mais l'amour qu’on a pour eux s’'augmente et s'élève, de sorte que, ma chère maman, depuis que je suis ici, je vous aime infiniment plus que je ne vous aimais. Je pensais chez nous que mon amour pour vous était si grand qu’il ne pouvait s’augmenter ; mais je me trompais bien, chère mère ; je le vois à présent, car plus j'aimerai Notre-Seigneur, plus aussi j'aimerai la meilleure des mamans, qui la première m’a fait connaître et aimer ce doux Sauveur. Je prie beaucoup pour vous à toutes les heures du jour, et le soir j'envoie mon saint ange gardien vous faire bien des caresses de ma part, tt verser dans votre cœur bien des consolantes pensées. Est-il fidèle ? S’acquitte-t-il bien de ses commissions ?

, là aître vous saint t, et

1Sées-

Notre bonne mère a bien voulu nous faire copier le cantique national au Sacré-Cœur que tous les Pèlerins chantent en se rendant à Paray-le-Monial et aux autres lieux de dévotion. Je connais quelqu'un à Québec, dans la famille, qui le chantera de grand cœur pour le salut de sa chère France. Chantez-vous encore le soir ?

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