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CHAPITRE XVI

THÉRÈSE DE JÉSUS TÉMOIGNE SA RECONNAISSANCE 4 LA RÉVÉRENDE MÈRE SAINT LOUIS DE L'HOSPICE DES SŒURS DE LA CHARITÉ A QUÉBEC ET LUI PARLE DU BONHEUR QU'ELLE GOUTE AU CARMEL.

Carmel de Reims, 9 Novembre 1873.

Ma Révérende et bien chère Mère,

Que Jésus, notre doux Sauveur, soit à jamais l'hôte bien-aimé de nos cœurs !

Je veux dérober quelques instants à cet aimable Maitre pour venir vous faire une petite visite ; et je sais qu'il n’en est pas fâché, car il aime qu’on s’acquitte de ses devoirs, et mon cœur me dit que c’en est un et un bien doux que de vous écrire une petite lettre. Il y a si longtemps que je désire le faire.

Je voulais le faire en partant du Canada, sur le vaisseau ; je voulais le faire en arrivant ici ; nos bonnes Mères me l'avaient permis, mais il fallait écrire toujours de si longues lettres à maman, que tout notre temps s’y trou vait occupé.

J'ai bien des choses à vous dire, ma bien bonne Mère: la première sera de vous exprimer la profonde reconnais sante qui remplit mon cœur pour vous, à la vue de toutes les bontés que vous avez pour ma chère maman.

Je ne saurais vous dire combien j'en suis touchée et combien je prie Notre-Seigneur de vous rendre au centuple le bien que vous me faites au cœur, par votre grande charité. Connaissant la vive affection que cette mère chérie vous porte et la confiance qu’elle a en tout ce que vous lui dites, j'apprécie d’autant plus vos visites auprès d'elle. Quand elle m’écrit, elle me parle beaucoup de vous, me dit combien elle est attendrie de voir les attentions que vous avez, jusqu’à vouloir bien écrire vousmême sa lettre à notre Révérende Mère bien-aimée. Je vous prie, ma bièn bonne Mère, de vouloir bien continuer votre œuvre de miséricorde d’aller consoler souvent, par vos bonnes paroles, le cœur de celle que j'aime tant ; pour moi, je continuerai toujours d'appeler sur votre chère âme les grâces les plus précieuses du Seigneur.

Je n’ai pas oublié non plus, bien bonne Mère, tout ce que vous avez fait pour moi avant mon départ. * Je pense souvent que c’est à vous que je dois d’être dans cette maison bénie ; oui, c’est vous qui par vos sages conseils et votre charitable appui m'avez aidée à surmonter les obstacles qui s’opposaient à mon départ.

Cet intérêt que vous avez bien voulu porter dès lors à ma pauvre âme, me fait croire qu’il ne vous sera peut-être pas indifférent d’en recevoir un peu de nouvelles. Oh ! mà chère Mère, ma plume et mon cœur sont impuissants pour exprimer tout le bonheur que je goûte depuis que je suis au Carmel. Je n'aurais jamais cru qu'il fût si doux de se donner au bon Dieu. Il me semble que ce Cher Seigneur use d’un peu de ruse ; il paraît demander des sacrifices, il aide si bien que tout se fait, pour ainsi dire, sans qu’on s’en aperçoive, et puis il répand ses grâces avec tant de profusion qu'on se demande avec étonnement où est ce sacrifice tant redouté, où sont ces renoncements si pénibles qu'on entrevoyait. Tous les

jours j’expérimente de plus en plus combien est douce et véritable cette parole de la sainte Écriture: “ Je conduirai l'âme dans la solitude, et là je lui parlerai au cœur,” car tous les jours il me semble que je découvre de nouvelles beautés dans le service de Dieu, que j'acquiers des connaissance spirituelles qui me font de plus en plus aimer le Seigneur. Oh ! que je désire le bien servir et devenir une sainte Carmélite, et j'ose l’espérer avec le secours de cette grâce toute miséricordieuse, qui ne fait jamais défaut à ceux qui veulent bien faire ; oui, je l'espère avec l’aide des si bonnes Mères que Notre- Seigneur m’a données. Si vous saviez comme elles sont bonnes et saintes, quelle sollicitude elles ont pour leurs pauvres petites novices, jusqu’à cette pauvre petite Canadienne, qui le mérite si peu. Que c’est un grand bonheur d’avoir des Mères semblables ! Quand je considère toute cette abondance de biens spirituels, qui se rencontre à chaque pas dans la sainte religion, je me sens effrayée à la pensée de la fidélité qu’elle demande de notre part et que je suis si loin d’y apporter.

Ma bonne Mère, priez pour moi, je vous en conjure, pour que je ne sois pas ingrate, pour que fidèle dans la consolation, je le sois aussi dans l'épreuve. Elle ne m'a pas manqué ; car comme vous le pensez bien, et me le disiez si bien, “ le bon Jésus en donnant les roses n'oublie pas d'y joindre les épines.” Nos si bonnes Mères m'y préparent bien aussi, et je comprends que ma vocation ne serait pas solidement établie sans ce salutaire fondement de l'épreuve. Je m’abandonne entièrement pour ce temps entre les mains de mon Dieu qui ne me tentera pas au-delà de mes forces ; il m'a soutenue dans celles qui me sont venues, il ne me manquera pas à l’avenir.

Ma bonne Mère, pardonnez-moi la longueur de cette lettre. Je m’en proposais une toute petite, et voilà que

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