LES FRUITS D'UNE RETRAITE
# Je la conduirai dans la solitude et je lui parlerai au cœur.” (Osée 2. 14.)
Retraite d'Hermine et heureux fruits qu’elle en retire.
En 18609, Hermine fit avec beaucoup de ferveur, durant huit jours, les exercices spirituels de saint Ignace.
Pendant cette retraite, elle fit ces réflexions salutaires et prit ces résolutions généreuses, qui devaient exercer une si grande influence sur tout le reste de sa vie.
Depuis sa retraite, elle eut soin de tenir un journal qu’elle appelait son /ournal spirituel. Elle y inscrivait le résultat de ses méditations et ses résolutions. Dans un autre cahier, elle notait les prières et les pieuses pensées qu’elie goûtait avec le plus de dévotion.
Dans ces différents écrits, elle nous fait connaître les principes d’après lesquels elle veut se conduire pendant toute sa vie, et le règlement qu’elle veut suivre.
. Le souvenir de la fin dernière est le principe de toute vie chrétienne. Hermine s’en pénètre vivement et la pensée du salut lui sera toujours présente à. l'esprit.
Elle considère attentivement la fin des choses créées,
qui lui sont données pour l'aider à parvenir à sa perfection ; elle se détermine à ne jamais en abuser, mais à s’en servir autant qu’elles lui seront utiles pour parvenir à sa fin dernière.
Comme elle ne médite que pour en venir à la pratique, elle règle sagement qu’elle évitera toujours la superfluité dans les dépenses, qu’elle sera obligée de faire pour sa personne.
Elle considère que tout doit l'aider à s'élever vers Dieu. De là, ces pieuses oraisons jaculatoires, qui pendant le temps de sa toilette la tiennent unie à Dieu ; de là, cette facilité à s'élever aux choses spirituelles par la contemplation des choses terrestres.
Les fleurs, qui lui servent de parure, lui rappellent les vertus qu’elle doit pratiquer ; son anneau, son bracelet, sa chaîne d’or lui rappellent la passion du Sauveur et l'union qu’elle doit avoir avec son époux bien-aimé.
De même, les couleurs de ses vêtements lui rappellent l'espérance du ciel, la pureté du cœur, l'amour de Dieu.
Ainsi, dès le commencement de sa vie spirituelle, elle montre d’admirables attraits et une étonnante aptitude pour cette vie contemplative à laquelle Dieu la préparait.
Il faut que l'amour de Jésus ait été bien vif dans son cœur pour qu’elle pût s'occuper avec tant de délices de pensées si sérieuses et si affectueuses envers son divin époux, pendant ce temps de la toilette où l’on s'occupe, comme naturellement, de pensées vaines et frivoles.
Mais ce n’est pas encore tout.
Considérant que les souffrances, les afflictions et la pauvreté sont dans les desseins de Dieu des moyens qui doivent nous aider à parvenir à la perfection, elle les accepte avec amour de la main du Seigneur et les préfère aux joies, à la santé, aux richesses, si elles doivent l'aider à parvenir plus facilement à la perfection. “ Que m'im-
“ portent les moyens, dit-elle, pourvu que j'atteigne le “ but !”
Mais, surtout elle veut préférer ce qui la rendra plus semblable à Jésus, qui, seul, possèdera son cœur.
Dès ces premières réflexions, on voit combien elle l'aime, et on comprend le choix qu’elle fait de tant de prières, de tant d’oraisons jaculatoires pour entretenir et augmenter en elle ce saint amour.
Aimant si tendrement Jésus, elle détestera nécessairement le péché, et s’humiliera à la vue de ceux qu’elle a eu le malheur de commettre.
De R ce choix de prières et d’oraisons jaculatoires, où sont exprimés ses sentiments d’humilité, son horreur du péché. “ Plutôt mourir, mon Dieu, que de vous offenser.”
Ce cœur si pur désirait vivement voir Dieu. De là, ces saints désirs de la mort, ce cri de confiance et d'amour : “ Chère éternité, quand arriverez-vous ? ?.…. “ Courage, “ mon âme, le temps passe, l'éternité s'approche, bientôt “ nous verrons Dieu !”
On voit aussi sa dévotion au Sacré-Cœur, son amour pour Marie, sa confiance en Saint Joseph.
Tous ces sentiments n'étaient pas stériles dans son cœur, mais ils y produisaient des fruits. On le voit par le règlement qu’elle se prescrivit et qu’elle observa rigoureusement, menant ainsi au milieu du monde, une vie véritablement contemplative.
Qui ne sera touché en voyant les conventions de son âme avec Dieu? Comme elle s'applique toujours à lui plaire et à tendre vers la perfection !
On est doucement ému en voyant ces dispositions toutes célestes dans une jeune fille, qui, par sa mise extérieure, ressemblait aux jeunes filles de son âge et de sa condition.
Elle menait cette vie si parfaite avec la plus grande
simplicité, sans aucune prétention, se regardant toujours comme une pauvre pécheresse, qui méritait d’être anéantie à cause de ses péchés.
Comme cette humilité et cet amour réjouissaient Dieu et ses anges !
Enfin, elle trouve dans la lecture de la vie des saints l'explication de la vie nouvelle, que doit mener le chrétien. Elle se hâte de transcrire sur son cahier cette explication, qui répandaiït tant de lumières dans son cœur.
D'autres jeunes filles transcrivent aussi sur leur A/bum les pensées qui les frappent, qu’elles goûtent et qui révèlent les affections de leur cœur. Hélas ! quel contraste ! Que de pensées futiles ! que de pièces légères ! que de maximes mondaines, indices de cœurs frivoles. Nous demandons à ces jeunes filles de lire attentivement les pensées et de réfléchir sur les affections, que nous allons bientôt tirer de lA/bum d'Hermine, et nous prions pour que leurs propres pensées deviennent, à cette lecture et à ces réflexions, plus sérieuses et leurs affections plus pures.
Réglant si sagement sa vie, Hermine se croyait destinée à rester dans sa famille, à se dévouer à sa mère et à ses frères.
La pensée qu’elle devait demeurer dans sa famille la porta à choisir pour ses protectrices tant de jeunes saintes, qui s'étaient sanctifiées dans leurs familles : sainte Agnès, sainte Cécile, sainte Agathe et tant d’autres. Elle composa de petites litanies, qu’elle récitait avec une grande dévotion. Elle considérait ces jeunes saintes comme des compagnes chéries. Elle aimait à penser qu’elle vivait dans leur société. Elle ne voulut faire entrer dans ses litanies aucune sainte religieuse ; ses prédilections étaient pour les jeunes martyres, qui avaient vécu jusqu’à la fin dans leurs familles. :