Courte maladie et douce mort de Thérèse de Jésus
Carmel de Reims, 21 Décembre 1873.
La grâce du Saint-Esprit soit toujours dans nos âmes ! Notre chère petite sœur Thérèse de Jésus est fort souffrante. Jusqu'à présent elle s'était bien soutenue.
Elle avait bonne mine, étut vive, gaie, s’occupant activement toute la journée, de sorte que vraiment nous constations une amélioration dans sa petite constitution.
Tout-à-coup, elle a commencé, depuis quelques jours, à maigrir sensiblement, quoique disant qu’elle ne souf frait pas et qu’elle allait bien. *
Le médecin est venu déjà deux fois ; 1l n’en dit pas grand’chose jusqu'ici, mais je vous assure que nous sommes bien inquiètes.….…
Carmel de Reims, 22 Décembre 1873.
La sainte Volonté de Dieu soit toujours accomplie !
Notre chère petite sœur Thérèse de Jésus, est morte comme une sainte, dans l'acte de l'amour du bon Dieu, après avoir eu le bonheur de faire ses vœux et d’emporter au ciel le beau titre de Carmélite, que son cœur désirait si ardemment. Oh ! comme le divin Maître a été bon pour elle ! Voici comment les choses se sont passées :
Hier, dimanche, elle est venue à la sainte Messe et y a communié comme à son ordinaire ; elle est allée au réfectoire, puis à la récréation, qu’elle aimait tant, pauvre enfant !
Notre Révérende Mère ne lui a pas permis d'aller à Vêpres ; elle était fatiguée, et se mit au lit vers cinq heures, sans plus de symptômes alarmants. Ce matin, l'état était elangé, la faiblesse surtout devenait extrême.
Nous comprîimes toute la gravité de la situation, et notre Mère lui parla doucement des sacrements. Elle reçut cette nouvelle avec bonheur ; le calme, la paix, une douce sérénité ne l’ont pas quittée jusqu’au dernier moment. Dans la matinée monsieur notre confesseur entra pour la confesser, et à une heure il revint avec
monsieur Querry, supérieur de la maison, pour le Viati. que et l’Extrême-Onction. La chère enfant demanda qu’on lui chantât un cantique sur le ciel, et ensuite elle exprima le désir qu’on chantât Magnificat. “ Oh ! c’est beau ! disait-elle, c’est beau !” Sa résignation était parfaite. Aucun regret n’a troublé son âme ; elle était à Jésus, elle était à lui tout entière.
“ Parlez-moi de Jésus, disait-elle, encore quelque chose de Jésus ! vous me faites tant de bien !” Etun doux sourire venait errer sur ses lèvres. “ Oh! que Jésus est bon, répétait-elle, oh! que Jésus est bon ! etc, etc.” Elle avait fait ses vœux le matin, et les renouvela dans l’après-midi. Ce fut en les achevant que la connaissance commença à se perdre. Il y avait environ une demi-heure qu’elle avait communié. Quelle grâce ! Elle demeura fort paisible, et paraissait peu souffrir. Enfin à quatre heures et quelques minutes, elle s’éteignit doucement et s’endormit dans les bras de son Époux bienaimé, pour se réveiller au ciel, nous en avons la confiance !.…
Oh ! oui, Jésus est venu la chercher ; le Dieu de l’Eucharistie qu’elle aimait tant, venait de descendre dans son cœur pour y consommer l'ouvrage de sa sanctification et l'emmener dans la chère Patrie...
Oui, le bon Dieu a fait de très grandes grâces à notre chère novice, surtout au moment de sa mort, et nous serions bien étonnées qu'elle fût allée en purgatoire, si ce n’est tout-à-fait en passant.
16 Le cantique du Ciel.
Voici le cantique du Ciel que les Carmélites chantèrent, à la demande de Thérèse de Jésus, quelques instants avant sa douce mort.
Foi... Espérance. Amour.
Jésus dans ce mystère Nous voile son amour...
Son corps est sur la terre Mon pain de chaque jour !
Son sang est mon breuvage, Il me rend immortel.
REFRAIN
Seigneur, je crois !… mais je veux sans nuage... Je veux te voir !
Je veux te voir !
Je veux te voir pour t'aimer davantage !..
Ah ! laisse moi monter au ciel !
Au ciel que de délices Inondent les élus !.….
Là, plus de sacrifices, On est tout à Jésus !.…
REFRAIN
Seigneur j'espère L. et je veux sans nuage...
Ici plus que moi-même J'aime ce divin Roi...
Oui, je sens que je l'aime, Et son amour pour moi Bientôt sera le gage
D'un amour éternel,
REFRAIN
Seigneur je t'aime... et je veux sans nuage ] 8
C’est le premier couplet et le refrain de ce cantique qui ont été chantés à ma sœur Thérèse de Jésus, au moment de sa mort.
Ce n’était pas la première fois qu’elle entendait ces couplets : ils font bien souvent le charme de nos récréations du dimanche. La bonne petite nous disait, que air en est bien connu au Canada; il y a même un cantique sur ce rythme, composé pour la profession de sa chère sœur Saint Louis de Gonzague. On le trouverait
bien sûrement au monastère du Précieux-Sang. Il commence ainsi :
Je suis av Dieu que j'aime, Il a reçu ma foi, etc., etc.,