FONDATION DU CAT.MEL
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Pour La Sœur Thérèse de Jésus, nous l'avons vu, consacrait RD expri son patrimoine à la fondation d’un Carmel au Canada. main! On se rappelle les difficultés qu’elle rencontra, même RE qu'à « de la part des Carmélites de Reims. Ces difficultés devaient Sar s'aplanir avec le temps ; mais la mort prématurée del) nées « Thérèse de Jésus semblait rendre impossible pour tou- mités | jours la fondation si désirée. Il n’en fut pas ainsi ; et af Particx preuve que cette mort fut précieuse devant Dieu, c'est "Tr me qu’elle servit efficacement à faire accepter l’établissemen d'autre d'un Carmel à Montréal. lubles, Les extraits suivants nous feront connaître les difficul Nous tés que cette fondation rencontra d’abord et comment épondh divine Providence disposa insensiblement les cœurs et leg due le < événements pour l’accomplissement de ses desseins. Vailler à
DIFFICULTÉS QUE RENCONTRE LA FONDATION DU CAR- MEL DE NOTRE-DAME DU SACRÉ-CŒUR DE LA PART DES CARMÉLITES.
Carmel de Reims, 15 Août 1872.
Nous désirons vivement que toutes les parcelles de notre vie et de notre être soient uniquement consacrées à l'amour et à la plus grande gloire du bon Dieu. Mais malgré toute notre bonne volonté, malgré tout l'intérêt que nous portons à l’œuvre que vous nous proposez et tout le désir que nous éprouvons de le voir réussir, nous nous voyons forcées par les circonstances, à vous dire qu’il ne nous est pas possible de l’entreprendre, ni d'y concourir autrement que par nos prières.
Nous ne sommes pas en nombre suffisant pour entreprendre cette fondation qui demande des sujets que le bon Dieu ait tout particulièrement choisis et préparés. Pour nous personnellement, mon Père, puisque vous exprimez le désir de nous voir y prendre part, je suis maintenant trop vieille pour songer à d’autres voyages qu’à celui de l'éternité !
Sans doute, je ne compte pas encore un nombre d’années qui puisse me forcer à demeurer là, mais des infirmités précoces, une santé peu solide maintenant, et en particulier une difficulté de marcher qui m'oblige à mesurer mes pas et mes démarches, tout ceci joint à bien d'autres incapacités infiniment plus sérieuses et plus insolubles, ne me permet pas d'y penser un seul instant.
Nous ne voyons ici absolument personne qui puisse répondre à votre désir, c’est donc une marque évidente que le divin Maître ne nous a pas choisie pour aller travailler à sa gloire dans votre belle Amérique.
Déjà nous nous sommes informées si d’autres Carmels pourraient s’y employer. Jusqu’ici nous n’avons pas eu de réponses satisfaisantes. Mais, mon Père, à défaut de Carmélites françaises, peut-être on se décideïrait pour les Carmélites anglaises de Baltimore ou d’ulleurs, et ce serait bien plus facile et plus simple, ce nous semble. Nous regretterions beaucoup, je vous l’assure, que l’on ne pût donner suite à ce pieux projet, qui pourrait procurer tant de gloire au bon Dieu et faire tant de bien à un grand nombre d’âmes.
Puis cette intéressante enfant que Notre-Seigneur semble avoir désignée tout particulièrement pour lui appartenir en qualité d'Épouse du Carmel, combien nous serions heureuses qu’elle püôt réaliser ses vœux les plus ardents, et procurer à son cher Canada le bonheur de voir se réaliser cette sainte fondation.
Dans des temps moins malheureux on pourrait dire à cette chère postulante : ‘“ Venez, venez à nous, puis quand vous vous serez formée aux vertus religieuses, quand vous aurez pratiqué la règle du Carmel, que vous
en aurez acquis l’esprit, vous retournerez dans votre patrie et vous le doterez d’une nouvelle famille religieuse.” Mais dans les conditions où nous vivons et la situa-
tion si précaire de notre pauvre France, cela n’est pas faisable. Avons-nous quelques jours d’assurés dans notre chère solitude, quand tout-à-coup la lave du volcan peut s’élancer et entraîner tout avec elle ?—Prions toujours, prions beaucoup, et espérons que le bon Maître nabandonnera pas son œuvre, et qu’il inspirera les moyens à prendre pour la faire réussir.
P.S. Nous recevons à l’instant une lettre que nous désirions beaucoup avant de faire partir la nôtre. C'est le troisième Carmel de Paris, auquel nous nous étions adres-
sées. Vous verrez que tout espoir n’est pas perdu et
qu'avec le temps et la grâce de Dieu, les choses peuvent s'arranger, si tel est son bon plaisir. Nous sommes trèsheureuses de vous communiquer cette lettre.
Carmel de Avenue de Messine, 14 Août 1872.
Ma Révérende et bien digne Mère,
Que le cœur tout aimant de notre divine Mère obtienne de celui de Jésus ses grâces les plus précieuses pour les répandre dans les nôtres !
J'ai beaucoup tardé à répondre à votre lettre datée du 28 juillet, ma toute bonne mère : nous trouvant comme vous dans l'impossibilité de penser à réaliser par nousmêmes le projet dont il est question dans la lettre du Révérend Père, j'ai envoyé cette dernière à notre digne Père supérieur qui m’écrit ceci: “ Je viens de recevoir la lettre du Révérend Père. Ce qu’il dit m’a singulièrement intéressé. Ce n’est pas chose à repousser sans y songer. J’engage beaucoup vos Mères de Reims à faire leur possible pour profiter de cette ouverture. Prions pour cette œuvre.”
Dans ce moment, notre vénéré Père supérieur ne voit pas la possibilité de répondre à cet appel. Il se demande si plus tard, en prenant dans nos trois Carmels de'Paris, nous ne pourrions pas former une petite colonie au Canada. Donc, ma digne Mère, voyez de votre côté si vous ne pourriez pas trouver un Carmel qui puisse s’y rendre plus tôt. Dans tous les cas ne répondez pas par un on positif, et veuillez me dire si vous avez quelque espoir de trouver ailleurs.
Carmel de Reims, Fête de tous les Saints, 1872.
La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec nos âmes !
Oui, mon Père, notre jeune et pieuse enfant sera accueillie de grand cœur dans notre cher Monastère. Si la divine Providence nous envoie cette belle âme, nous ne devons pas refuser de seconder ses ardents désirs, et sa vocation semble si évidemment marquée d’un caractère surnaturel et divin, qu’on craindrait de s'opposer aux desseins du bon Dieu, si on ne lui donnait le moyen d’y correspondre.
Il nous paraît tout à fait urgent que cette chère petite vienne se former dans une communauté parfaitement établie, qu’elle voie par elle-même ce que c’est que de vivre au Carmel. C’est la première démarche, mais démarche nécessaire, selon nous, pour la réalisation du grand projet de fondation pour plus tard. Pour le moment, on ne peut, ce nous semble, rien avancer de plus: si c’est l'œuvre du bon Dieu, comme tout porte à le croire, il daignera montrer en temps et lieu, les moyens à prendre, et l’entreprise arrivera à bonne fin.
Quand la jeune postulante sera ici, on se concertera avec elle, après mûr examen ; et si la chose est réalisable, on y donnera suite de grand cœur : mais avant tout, il faut qu’elle vienne, sans quoi il n’est pas possible d’asseoir un projet avec quelque consistance.
Soyez certain, mon Révérend Père, que nous prenons le plus vif intérêt à cette affaire, et nous ferons tous nos efforts pour son heureuse réussite. Nous ne savons qui doit être plus admirée, de la fille, se donnant à Dieu avec tant de courage et de dévouement, ou de la mère, faisant le sacrifice de son enfant chérie avec une générosité qui est vraiment de l’héroïsme ; aussi, franchement, nous aimons beaucoup notre petite Carmélite future, mais si
j'ose le dire, nous aimons autant sa pieuse mère, animée d’une foi si magnanime et de sentiments si admirables et si élevés au-dessus de la nature et des sens. Oh ! les deux belles âmes ! et que l'amour de Dieu est puissant quand il agit sans obstacle dans les cœurs qui se livrent à son empire !
Maintenant, mon Révérend Père, pour le projet de fondation, comme nous vous le disions tout-à-l’heure, comment se réalisera-t-il? Nous n’en savons rien ; c’est pour le moment le secret de Dieu. Penser sérieusement que la divine Providence m’y destine, ne m’est pas possible. Il faut pour cela une vocation toute spéciale, il faut des dons de Dieu très-éminents et proportionnés à la grandeur de l’entreprise. Ne croyez pas, mon Père, que je vienne faire ici de l'humilité ; mais il faut vous dire, n'est-ce pas, franchement ce que je pense.
Thérèse et trois ducats, ce n’était rien. Dieu, Thérèse et trois ducats, c'était tout, et l'Espagne s’est couverte de monastères de Carmélites.—Nous et les éléments présents, ce n’est rien. Dieu, nous et ces éléments, c’est tout, mais il faut Dieu en tête... Il faut la vocation, l'appel de Dieu pour cette œuvre. Et je le répète, cet appel, cette vocation, je ne les sens pas en mon cœur. J’estime trèsheureuses celles qui auront le bonheur d’y travailler, je voudrais être digne de partager leur précieux labeur.
J'aperçois de loin cette petite pépinière d’Épouses de Jésus, d’Épouses du Carmel qui peut-être se prépare làbas, et je m'élancerais bien volontiers au-delà des mers pour travailler là à la gloire du divin Maïtre.... Mais il ne s’agit pas de s’ingérer soi-même dans de pareilles entreprises, il faut être revêtu de l'esprit de Dieu pour travailler à la formation, à la construction de son tabernacle spirituel... Une ânesse a bien prophétisé une fois, c'est vrai, le Seigneur l’a fait parler et il est vouR-pusens:
mais il ne s'ensuit pas que toutes les ânesses du village doivent croire qu’elles vont parler comme celle de Balaam.
En un mot, mon Père, si le bon Dieu m’y appelait, certainement aucun sacrifice ne pourrait m’arrêter ; mais jusqu’à cet appel, manifesté comme il lui plaira, je ne puis que répéter, (ne vous en déplaise) mon Père, c’est impossible. Mais, ayons confiance, les moyens d’exécution se montreront quand il faudra, et les âmés destinées à cette belle mission se découvriront quand le moment sera venu.
Quant au projet concernant la construction immédiate et la disposition du monastère, il faut y renoncer. Le bâtiment ne peut se faire à l'avance, et notre sainte Mère recommande qu’on s’établisse d’abord dans une maison louée, afin d'examiner le site, la salubrité du lieu etc., et puis nous avons des plans particuliers pour bâtir en parfaite régularité On ne pourra donc s’en occuper que plus tard, et quand les religieuses fondatrices seront présentes. Ce dont il faut nous occuper, mon Père, et ceci est de la plus haute importance, c’est de chercher si vous trouverez dans les âmes une germination de vocations au Carmel. Cest de cet édifice spirituel qu’il faut découvrir, tailler et préparer les pierres, avant de songer à assembler les pierres matérielles.
Carmel de Reims, 3 Novembre 1872.
Jésus nous soit tout en toutes choses !
Mon Révérend Père,
Il y a quatorze mois, nous recevions de notre si bon archevêque et Père, alors en voyage, les lignes suivantes :
n’av( si ell venal mir s que F de pl
Qu lant, t veniot réveill de l’au si vous admira Vierge toujour
“ Dieu, j’en ai la douce conviction, bénira de plus en “ plus ce cher Carmel, et le multipliera pour sa gloire.”
Je fus frappée, sans le comprendre, de ce mot, Z mu. tipliera ; mais la: vénération que nous avons pour notre saint prélat, mempêcha toujours de le croire sorti de sa plume, sans une raison particulière.
Ne commençons-nous pas à en voir quelque chose ? Oui, mon Révérend Père, à votre première lettre, nous nous dîmes presque : “ C’est beau, mais impossible.” Maintenant, c’est bien autre chose. L’énergie que le bon Dieu donne à notre chère enfant (ce mot est venu tout seul, et comment en écrire un autre ?) et ce qui est peutêtre plus admirable encore, à son héroïque mère, nous fait dire : “ C’est difficile,” mais nous avons la confiance que cela réussira,sans savoir encore comment. Monseigneur notre archevêque et supérieur immédiat, nous donne toute permission de vous répondre en ce moment entièrement selon notre inspiration.
Ainsi, pour recevoir ici notre chère postulante, nous n'avons nulle hésitation, et nous la recevrions aujourd’hui, si elle arrivait aujourd'hui. Cependant, si elle juge convenable d'attendre à l’année prochaine, soit pour affermir sa vocation, soit pour qu’elle nous arrive à une époque plus convenable pour s’habituer à notre climat, rien de plus sage que d’attendre.
Quant aux événements, bien que, humainement parlant, tout semble si noir, je ne puis croire que nous en venions à être forcées de quitter la France. La foi se réveille, et si le mal est d’un côté profond et incurable, de l’autre il se lève des armées d’âmss de prière. Ah! si vous aviez lu, mon Révérend Père, les récits de ces admirables pèlerinages aux sanctuaires de la sainte Vierge ! Comme la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus va toujours croissant ! Comme ceux qui demeurent fidèles
croient et prient sans s’en cacher! La différence entre les serviteurs de Dieu et ceux du démon s’accentue de plus en plus, et si le mal semble avoir gagné et grandi démesurément d’un côté, le respect humain diminue de l’autre. Jonas avait dit, et certes, étant bien divinement inspiré, que dans quarante jours Ninive serait détruite, et elle ne la pas été. Je crois là voir notre histoire.
Jamais les événements qui se sont passés les années
dernières, n’ont empêché nos postulantes d’avancer, ni notre saint prélat, si prudent cependant, de leur permettre d'avancer. Ainsi, mon Révérend Père, à la fin de juillet 1870, alors que les chemins de fer étaient encombrés par les soldats et les munitions de guerre, une enfant, la plus timide que nous ayons jamais vue ici, nous arrivait de Nantes, sous la conduite de la bonne Providence ; et comme on lui demandait si elle avait eu peur, elle répondait avec une énergie impossible à rendre : “ Je ne craïignais rien du tout” Pourtant les circonstances étaient telles, qu'on nous avait déclaré impossible qu’elle arrivât, et même impossible d’envoyer à sa rencontre. Le télégramme que nous avions essayé d’adresser à Nantes, pour lui faire dire de retarder n’avait pas même pu être accepté par l’administration.
Au mois d'août suivant, comme les Prussiens étaient presque aux portes de Reims, et que notre aumônier nous assurait, que nous n'avions nulle précaution à prendre, parce qu’il était impossible de leur échapper, et que partout où ils arrivaient, c'était la ruine et l'incendie ; alors précisément, le douze août, Monseigneur vint dès cinq heures et demie du matin, donner le Saint Habit à une novice et le voile de profession à une autre. Et combien cette cérémonie, en de telles circonstances, et entourée de mystère, en recevait de touchant intérêt ! Notre bon archevêque en était tout heureux et profondément ému.
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Le 15 décembre suivant, une autre jeune personne quittait son frère unique, tendrement aimé, pour venir au Carmel, à travers les bandes de Prussiens qui inondaient le pays. :
Non seulement, mon Révérend Père, la bonne Providence nous préserva de tout malheur pendant cette guerre, mais ce fut pour nous le temps des plus amples bénédictions ; nous n’avions le cœur brisé que des malheurs des autres. Toutes les jeunes filles reçues alors sont des âmes d'élite et aucune d’entre elles n’est sortie. Voilà comment fait notre bon Dieu. Aussi aurait-on bien de la peine à avoir peur.
Comme je cours les champs ! mon Révérend Père. Mais revenons à notre cher Canada, car nous l’aimons profondément, tout en aimant encore plus notre cher Carmel de Reims. Ce que nous ne savons comment arranger, ne sera qu’un jeu pour la bonne Providence. Si Monseigneur a ainsi donné son assentiment, messieurs les Grands-Vicaires nous encouragent énergiquement à soutenir ce projet. L’un d’eux surtout, notre confesseur, ne savait comment exprimer son admiration, en lisant vos lettres que nous lui avions communiquées.
Son avis est qu’il n’est pas possible de méconnaître là uné action toute providentielle, à laquelle il faut co-opérer, toujours sans pouvoir dire de quelle manière cela se fera. Je ne vous répète pas, mon Révérend Père, ce que vous dit notre bonne Mère, puisque notre manière de voir nous est commune en ces choses, excepté en ce que dit d'elle-même cette chère Mère. Cependant je ne puis m'empêcher d'appuyer sur l'avantage qui se trouverait à intéresser le plus possible à l’œuvre que nous méditons Monseigneur de Montréal, qui s’y montrait déjà si bien porté. Oserai-je vous prier, mon Révérend Père, d’offrir à Sa Grandeur nos bien humbles hommages, en lui disant
combien chèrement nous conservons le souvenir de sa précieuse visite, il y a quelques années.
Oh ! oui ! encore mon Révérend Père, comme le dit notre MèreS., les premières pierres à préparer, ce sont les pierres vivantes. Je ne me rappelle pas avoir lu que notre Mère sainte Thérèse ait fondé en aucune ville, sans y avoir été attendue par plusieurs personnes désireuses d’embrasser son ordre.
J'ai la confiance, mon Révérend Père, que vous voulez bien accorder une place spéciale dans vos prières à ce petit Carmel de Reims, qui est si bien resté dans votre
souvenir.
Veuillez, mon Révérend Père, accorder une petite aumône spirituelle de plus à votre petite servante, qui dans les Sacrés Cœurs de Jésus et Marie, vous offre ses très-humbles respects.
Carmel de Reims, 16 Février 1873.
Mon Révérend Père,
La grâce du Saint-Esprit soit toujours en nos âmes !
Je ne puis que vous répéter ce que nous vous avons déjà dit : mes sentiments sont toujours les mêmes. Cette œuvre est magnifique, et possède toutes mes sympathies, j'estime très-heureuses celles qui auront le bonheur d'y travailler, mais croire que je sois appelée à en prendre la direction, c’est bien difficile à digérer...
Ce ne sont point les difficultés, les travaux, les sacrifices qui m’effraient, ce me semble, mais le sentiment profond de mon impuissance, de mon incapacité, de mon manque de vertus, de mon néant complet en un mot fait que je ne puis me persuader qu’il soit possible que le bon Dieu m’ait choisie pour une telle et si grande
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entreprise. (C’est ce qui me fait dire et répéter, c’est smpossible…. Cependant comme précédemment, je le répète, si la volonté de Dieu se manifestait évidente, j'ajouterais : Ce qui est impossible aux hommes, est possible à Dieu; c’est toujours l’histoire de l’ânesse de Balaam, que j’aime tant depuis longtemps, et que je ne me doutais pas pouvoir, un jour peut-être, devenir la mienne.
Nous désirons bien vivement la réussite de ce grand projet, qui doit par sa réalisation procurer la gloire de Dieu et le bien spirituel d’un grand nombre d’âmes ; mais plus nous la désirons, plus nous voudrions qu’on trouvât quelque instrument plus propre, mieux préparé pour l’entreprendre et la poursuivre ; à moins que Dieu ne veuille faire éclater les merveilles de sa grâce et de sa puissance, en prenant ce qu'il y a de plus vil, de plus object parmi les enfants du Carmel, afin que la créature disparaisse plus complètement sous l’action divine, qui dirige à son gré l'instrument dont elle daïgne se servir.
Du reste, mon Révérend Père, ce ne sera ni l'attrait, ni la répugnance qui me décidercnt pour ou contre. Je ne voudrais ni m'ingérer de moi-même, ni m’opposer avec résistance. L’obéissance seule me dirigera en tout : j'exposerai mes difficultés, mes réflexions, prête à tout, prête à rien, quand on m'aura dit: Avancez… ou demeurez.
De plus je demande à Notre-Dame du Sacré-Cœur une grâce particulière, comme une marque de la volonté du bon Dieu.
Si elle daigne me l’obtenir, ce sera un fort poids dans la balance pour l’incliner de votre côté ; mais l’unique, sera l’obéissance.
Pour le moment, mon Révérend Père nous n'avons aucun parti à prendre : nous continuerons notre marche,
en laissant les circonstances se dérouler peu à peu. La petite sœur viendra se faire Carmélite, c’est le premier pas. Le reste se dessinera avec le temps, et la divine Providence conduira tout pour l'exécution de ses desseins éternels. Par quelle voie ? Nous l’ignorons, mais nous ferons tous nos efforts pour la seconder de notre mieux.
Continuez à prier pour nous, mon Révérend Père, et demandez surtout à Notre-Seigneur qu’il me donne les vertus d’une vraie fille de Sainte Thérèse, dont j'ai un extrême besoin, besoin plus profondément senti que je ne pourrais l’exprimer.
Vous savez, mon Révérend Père, je vous lai dit déjà, je ne vies pas faire de l’humilité près de vous : je vous dis mes pensées telles qu’elles sont, telles que je les exprime à notre Révérende Mère ; elles sont l’expression
de la pure vérité.
Carmel de Reims, 18 Février 1874.
Il nous donne une grande joie et une grande espérance, le pieux désir de consacrer ce nouveau Carmel à Notre- Dame du Sacré-Cœur. Nous venons de faire placer dans le sanctuaire d’Issoudun, comme symbole d’incessante supplication pour cette œuvre, un marbre avec cette inscription :
O NoTRE-DAME DU SACRÉ-CŒUR !