Epreuves
4 Sept. 1872.
Quelle a été ma triste surprise en apprenant que nos chères Carinélites de Reims ne peuvent venir au Canada, et en voyant, par la lettre que la Révérende Mère Séraphine écrit, que nous ne pouvons guère espérer pour le moment une fondation du Carmel au Canada! car elle dit qu'elles n’ont pu trouver dans les Communautés de leur Ordre, auxquelles elles se sont adressées, des sujets propres à cette fondation. Que faire? Faudrait-il aller en France me faire Carmélite ? Telles sont les pensées qui se sont présentées à mon esprit, à la réception de cette lettre. Oh! si je savais sûrement que le bon Dieu me veut au Carmel, je n’hésiterais pas un seul instant à partir pour aller en France. Mais comment savoir au juste ce que le bon Dieu demande de moi? Notre-Seigneur me veut-il Carmélite ? Ces dernières nouvelles m'ont tout-à-fait surprise. J'étais si persuadée de ne pas trouver d’obstacle de la part des Carmélites, que j'ai commencé à douter de la volonté de Dieu. Qui sait, me suis-je dit, si ce désir d’être Carmélite m'est venu par la grâce de Nieu, ou si c’est moi-même qui me le suis inspiré ? Et quelle tristesse remplit mon cœur à la pensée que le bon Dieu ne me veut peut-être pas au Carmel! Je le prie de me faire connaître sa sainte volonté, et de ne pas permettre que je fasse rien qui
lui soit contraire. Je ne suis pas fâchée de ces dernières épreuves et je prie bien le Seigneur de m'en envoyer d’autres, afin qu'avec sa sainte grâce et à l’aide de ces épreuves, je puisse connaitre sûrement ce qu’il veut de moi, et qu’ensuite rien ne puisse m’ébranler.
La lettre de la Révérende Mère Séraphine me laisse pourtant une grande espérance, car elle n’appelle postulante ; je suis donc admise comme postulanté. Que dois-je faire? Dois-je écrire de nouveau en France, et, comme postulante, prier les Sœurs de me recevoir, en leur exprimant la volonté que j'ai d’être Carmélite en France, ou faut:il attendre que je sois plus affermie dans mon désir? de me recommande à vos bonnes prières, mon Révé. rend Père; vous voyez quel grand besoin j'ai que Notre-Seigneur soutienne mon faible cœur.