Assurance de sa vocation
1 Or‘ob. 1872.
Votre dernière et si bonne lettre rm a rassurée contre toutes mes inquiétudes. Après que je vous eus écrit la dernière fois, je pris une de vos lettres dans laquelle vous me préveniez que Notre-Seigneur aurait soin de m'envoyer des épreuves et des contrariétés avant que je pusse exécuter mon dessein, et vous m'avertissiez de ne point me décourager, mais de toujours persévérer dans l'amour de la Croix, afin de devenir par là une véritable Carmélite.
Je commençais déjà à être rassurée et à me résigner à la volonté de Notre-Seigneur, quand
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votre dernière lettre est venue tout achever. Oui, je n’en doute plus, Notre-Seigneur me veut au Carmel? Mais il me tarde extrêmement de voir se réaliser mes désirs. Il est si ennuyeux de vivre dans le monde, quand dans le cœur on voudrait être enfermée dans le cloître. Et serai-je toujours ferme parmi les autres épreuves que vous m'annoncez? Hélas! l'amour du monde se contracte si vite, il y a tant de danger &e perdre sa vocation; et quel effroyable malheur serait celui-là! Avec un cœur faible et inconstant comme le mien, comment peut-on ne pas craindre ? Cependant, mon bon Père, je m’en remets à ve que vous me dites, et j'espère que la miséricorde de Dieu m'accordera ia grâce de mourir au Carmel.
Je lis Rodriguez et j'en retire beaucoup d'édification.
12. Epreuves. Maladie. Désir de mourir Carmélite. 11 Nov. 1872.
Que la Croix de Jésus soit notre trésor !
Je vous remercie de tout mon cœur, mon bon Père, de la promptitude avec laquelle vous avez bien voulu me répondre. Je voudrais que tout ce que vous me (lites fût si bien gravé dans mon cœur qu'il ne s’en eifaçâl jamais, de sorte que les peines et les souffrances fussent incapables de me décourager et que je les acceptasse toutes comme venant de la main de Notre-Seigneur.
Je crois que voici le temps où ce divin Maitre se plait à sonder mon cœur par diverses épreuves, puisqu'à peine une épreuve a-t-elle le temps de passer qu’il en survient d'autres, et de bien pénibles.
Je travaille à acquérir la mortification des yeux. mais c'est, hélas! sans beaucoup de succès; ces malheureux yeux devraient ètre cousus, quand je vais en ville, car ils me tiennent en distractions continuelles. Ma pauvre tête, à cause d’eux, es! comme une véritable girouette, qui tourne à tous les vents.
Je suis assez fidèle à l’observation de mon règlement; quand je manque à quelque exercice, ce sont des circonstances imprévues qui en sont cause.
Il faut, mon bon Père, que Notre-Seigneur soit bien miséricordieux pour me supporter avec tant de patience, quand je puis à peine me supporter moimême. Je me décourage presque de voir le peu d’empire que j'aisur moi-mème, depuis tant d'années pourtant que j'essaie d’en acquérir; je me laisse aller à de continuelles impatiences et je ne puis souffrir la moindre contrariété, malgré toutes les bonnes résolutions que je prends chaque fois de mieux faire. Et puis, je crains d’avoir longtemps à souffrir dans le purgatoire pour tant d’aises que je m'accorde; je ne me mortifie en rien. Oh! priez donc pour moi, mon Père, afin que je me convertisse, (j'ai besoin d’une véritable conversion), et pour que je comprenne et que j'aime la mortification. Hélas! comment se sauver sans cette vertu ? Je tremble de me voir si terrestre.
Pour ma santé, elle est plus mauvaise que jamais: je ne sais ce que je vais devenir, si je ne vais pas mieux. Je suis entre les mains de Notre-Seigneur; qu'il fasse de moi ce qu’il lui plaît! cependant je désirerais bien de mourir Camélite, si c'était sa volonté.
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SOEUR THÉRÈSE DE JÉSUS. 161 13. Consolations et humilité.
13 Février 1873.
Que l'amour de Jésus règne toujours en nous!
Depuis que je suis mieux, je m'occupe un peu plus activement da mon petit apostolat, si je puis l'appeler ainsi, parmi les jeunes personnes de ma connaissance. Il m'a été difficile de renouer des rapports d'intimité avec des jeunes filles que je ne fréquentais plus depuis longtemps, et qui, elles aussi, m’avaient entièrement oubliée. Comme je ne voulais pas trop me hasarder à visiter des jeunes filles dont je ne connaissais pas les dispositions, et qui eussent pu me porter préjudice et affaiblir ma vocation, je me contentais de prier Notre-Seigneur de préparer des postulantes canadiennes; et, combien je désirerais vivement en trouver quelques unes !
J'ai eu la consolation de recevoir deux lettres de Reims, une de notre Révérende Mère Prieure, l’autre de ma bonne Mère Séraphine, qui ne m'appelle plus que sa chère fille et sa petite sœur, et cela avec une tendresse et une affection que la sainte charité seule peut leur inspirer. Notre Révérende Mère Prieure m'annonce aussi que j'aurai le bonheur de porter en religion le nom de Sœur Thérèse de Jésus! Quelle grâce, mon bon Père, quelle précieuse grâce! Moi, une si pauvie enfant, je m’appellerai donc comme notre sainte Mère, Sœur Thérèse de Jésus! Oh! comme mon nom me rappellera tous les jours que je dois aimer la prière et la mortification, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, afii: d’imiter ma sainte Mère et de devenir une vraie Carmélite, un agneau sacrifié et immolé avec Jésus.
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J'ai aussi reçu le paquet que nos bonnes Mères m'ont envoyé. Il m'est arrivé en ordre parfait; j'y ai trouvé mon scapulaire et un petit crucifix, le mème que je porterai en religion. Mes bonnes Mères l'ont fait indulgencier par Monseigneur l’Archevèque de Reims. Maintenant que je porte ces saints objets, ei que nos bonnes Mères veulent bien me recevoir dans leur sainte communauté je suis bien consolée et je me sens plus forte contre les tentations et les épreuves qui assaillént mon cœur.
Ce qui m'inquiète, c'est comme autrefois, le motif de ma vocation que je crains toujours ne pas m'être inspiré par le seul amour de Notre-Seigneur ; parce que je tremble quelque fois à la pensée de la vie continuellement pénitente et mortifiée qui m'attend au Carmel, et quand je considère mon aversion pour Ja pénitence. Si l'amour de NotreSeigneur était bien établi dans mon cœur, ne devrais-je pas ôtre contente et me réjouir, comme ma chère sœur Adine, en pensant aux souffrances de la vie religieuse? Alors je crains de ne pas persévérer au Carmel, parce que mon motif west pas surnaturel. Quand je considère mon peu d'instruction et mon inhabilité à toutes sortes de choses, je me dis qu'en me voyant si inutile dans la commnnauté, il est bien à craindre que je ne me décourage et n veuille sortir. Et combien d’autres peines, d'autres doutes, n’ai-je pas touchant ma vocation! jusqu'à me figurer que j'étais appelée aux missions de | Palestine, parce qu’il me semblait que j'aurais bien de la répugnance à embrasser une vie semblable. m'imaginant que cette répugnance élait une marque de la volonté de Dieu, qui demande de nous que
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nous travaillions à nous vaincre et que nous ne cherchions qe son bon plaisir, et non à suivre nos goûts.
Cependant, mon cher Père, NotreSeigneur qui ie nous éprouve jamais au-delà de nos forces, veut bien dans sa bonté me ménager quelquefois de bien douces consolations, et me faire trouver dans vos bonnes lettres, que je relis avec grand bonheur, de quoi me rassurer et me prouver que toutes ces inquiétudes ne sont que des épreuves, qui ne doivent pas me détourner du Carmel. Quand je les ai lues, je me sens de nouveau affermnie dans ma vocation.
La vie de saint Ignace, que je continue à lire, me fournit aussi, dans maints endroits, une direction et des lumières très-utiles.
Depuis Noël, je puis recommencer l'observation de mon règlement. Je ne puis faire encore qu’une méditation par jour, car je suis toujours bien faible.
Je continue mon examen dans lequel je me propose, pour but, d'acquérir l'amour de Jésus en toutes mes actions. Depuis si longtemps que je travaille à acquérir cette pure intention, je ne l'ai pas encore. À chaque examen, j'ai à marquer le mème nombre de fautes.
Pour la modestie des yeux, j'ai plus de consolations ; car il me semble, quoique les progrès soient bien peu sensibles, que je suis cependant un peu plus recueillie dans les rues.
Je continue à faire des offrandes pour les quatre parties de la journée, comme il est marqué dans mon règlement pour le temps de la maladie.
Souvent, néanmoins, j'oublie de les faire toutes les quaire.
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Priez, je vous en supplie, pour que votre enfant ue se rende pas indigne des bontés de son divin époux, et qu'elle devienne, avec lui, un agneau immolé pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.