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SOŒUR THÉRÈSE DE JÉSUS. 213 29. Arrivée à Paris.
Paris, 14 Juin 1873.
Ma bien chere et bien-aimée maman, Lætatus sum in his quæ dicta Sunt mihi : in domum
Domini ibimus !
Je me suis réjoui dans ces paroles qui m'ont été dites : Nous irons dans lu maison du Seigneur.
Oui, bien chère maman, enfin je puis dire :
+ Bientôt, dans quelques heures, je serai au Carmel,
je serai à la porte du paradis. ”
Aujourd’hui nous partirons et ce soir nous serons à Reims. On m'a beaucoup tourmentée pour me faire rester jusqu'à demain. Mais enfin j'ai gagné, et j'en remercie le bon Dieu.
Nous sommes partis hier matin de Londres vers sept heures. Nous avons eu un temps splendide, Le bon Dieu, dans sa très-douce miséricorde, veille, comme vous le voyez, bien paternellemeut sur son indigne créature. A notre arrivée à Douvres, il pleuvait un peu, mais le temps était calme. A dix heures, nous prim?s 2 baitean et nous traversimes Ja terrible Mänehe sans qu'il me vint un soupçon de mal de mer. Comme je n'avais pas bien dormi la nuit precédente, j'allai m: coucher au salon, et je dormnis un bon sonme, après lequel je montai sur le pont pour voir les cotes de notre chère France.
La traversée se fit en quatre-vingt minutes.
À Calais, nous fimes un excellent diner. On uons servit des fraises maguifiques, dout je mangai. Ne vousetfrayez pas, ma chère maman, de
cette petite imprudence. Quand on voyage et qu’on n’a pas le mal de mer, on peut oser parfois s’accorder quelques petites fantasies.
Nous arrivâmes à Paris vers six heures et demie du soir. Nous allâmes droit à l'Hôtel Bergère, où nous fûmes très-bien reçus.
Dans la soirée, l'excellent monsieur B., malgré les instances que je lui ai faites pour ne pas sortir, et croyant me procurer un plaisir bien agréable, m'a fait faire un magnifique tour de voiture dans Paris. Il m'a menée au Champs-Elysées, sur les Boulevards du Palais Royal, aux Tuileries, dans la rue de Rivoli, à l’Arc-de-Triomphe, etc., etc. C'était le soir, tout était illuminé et c'était magnifique, bien que trop pour les yeux d’une pauvre petite canadienne Carmélite. Aussi, malgré toutes ses beautés, ses richesses, ses magnificences, Paris me déplaît infiniment, et je compte jusqu'aux minutes qu’il me reste encore à y passer. Je ne sais pas encore à quelle heure nous partirons. J’ai bien recommandé à monsieur B. de s’en informer au plus tôt, afin que nous ne manquions pas notre départ, et j'espère qu'il le fera. Malheureusement, j'ai beau lui dire qu’il me tarde de partir, il s’imagine que j'aime beaucoup à rester à Paris. 11 m'a même fait craindre hier, qu’il agirait de manière à ce que nous restassions à Paris jusqu’à dimanche. Mais il est trop gentil pour faire cela, je l’espère.
Je vous aime et vous embrasse de tout mon cœur, ma chère maman, en vous disant que je voudrais bien vous avoir auprès de moi, pour vous parler à mon aise et chercher dans votre cœur bien des consolations et des lumières. Béni soit Notre- Seigneur de touteten tout! Puisse-t-il nous réunir
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un jour autour de son Cœur pour ne plus nous séparer ! C’est dans cette espérance et dans ce divin Cœur que je vous laisse.
Votre fille toute aimante,
Postulante Carmélite indigne.