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Adieu, bien chère et bien-aimée maman, je vous embrasse, je vous aime et je vous prie de me bénir. Ne vous ennuyez pas trop, ne pleurez pas ; mais dites-moi bien toute la vérité, sans rien me cacher, entendez-vous, chère petite mère, que j'aime tant. Que faites-vous à cette heure ? Il est à peu près deux heures et demie, là où je me trouve, et midi chez nous, car nous avons déjà une avance de deux heures et demie sur vous. Vous commencez votre dinér et vous dites : ‘ Ah! si Hermine était là, elle dinerait avec nous.” Et moi que ne suis-je derrière la porte pour dire : ‘* Me voilà.” Mais si mon corps n’est pas auprès de vous, mon cœur y est, et mon bon ange aussi, qui est chargé de vous dire bien des choses consolantes de ma part, et surtout de la part de Notre-Seigneur, fqui vous fait l’insigne honneur de vous demander votre fille pour son épouse. Louons-en le Seigneur. Chantez donc quelque fois le Laudate Dominum, omnes gentes, pour remercier notre bon Jésus de tout ce qu'il a fait pour nous. Unissons-nous à cette intention.
Vendredi, 6 Juin.
Ma très.chère maman, je viens vous voir aujourd’hui plus à bonne heure que de coutume. C'est la pluie qui en est la cause ; aussi ne suis-je pas fâchée de cette pluie, qui me procure le plaisir si doux de vous dire que ie vous aime. Quand il fait beau, je demeure presque toute la matinée sur le pont. Mais la matinée n'est pas longue avec moi, car je me lève très-tard. Ce n’est que dans l’après-diner que je vous écris.
Comment êtes-vous aujourd’hui, ma bien-aimée maman ? Je me suis jetée à votre cou en esprit, dès
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mon réveil, et je puis dire, toute la nuit, car je n'ai pas beaucoup dormi. Qu'il me tarde donc de savoir comment vous vous portez! j'espère que vous m'aurez écrit aujourd'hui et que je recevrai de vos nouvelles peu de jours après mon arrivée à Reims. Je pense que de sainedi en huit j'y serai rendue: je l'espère, quoiqu'on s’attende à n’arriver à Liverpool que mercredi dans la journée. Nous avons eu de la brume et de la pluie, et pendant quelque temps, le vent contraire. Je suis encore bien aujourd'hui, sauf un léger malaise que j'attribue à mon insomnie de la nuit dernière et au défaut de promenade sur le pont, mais cela se passera tantôt.
Je suis enchantée de ma compagne de cabine. Je n'ai jamais vu une personne plus charmante, et je vous assure qu’il faudrait aller loin pour trouver sa semblable. Elle est d’une doûceur, d’une amabilité délicieuse, toujours disposée à rendre service. Elle m'a cédé, d'elle-même, le lit du bas, quoique de droit il lui appartint, car elle avait le No 29 et moi le No 30. Elle s'efforce toujours de ne pas me gèner et de me rendre service en tout.
Cette pauvre enfant se trouve seule à bord. Elle connaît quelques-uns des passagers, mais comme les anglais ne sont guère affectueux, ils ne la fatiguent pas. Elle débarquera à Derry, et de là elle se rendra de suite à Dublin, où elle rencontrera sa mère, qui est en Europe depuis un an et qui doit y demeurer encore quelques années.
Croiriez-vous, chère maman, que quoiqu’elle ait sa mère à voir, elle n’est pas du tout heureuse et voudrait être restée au Canada ; elle s'ennuie horriblement. Je ne comprends pas ses sentiments. Il
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me semble que je serais bien contente, bien heureuse, si je pensais vous trouver de l'autre côté de l'océan. Tout le monde ne se ressemble pas.
J'ai fait une autre connaissance à bord, celle d’une dame de Toronto. Quand elle a entendu dire que je m'en allais en France peur me faire religieuse, elle est venue auprès de moi et m'a parlé longtemps. C'est une Irlandaise, excellente catholique, qui a été éprouvée par beaucoup de peines. par la perte de parents dont le souvenir la fait pleurer sans cesse. Elle a une fille qui lui donne beaucoup d'inquiétudes, car elie est d’une santé très-frèle. Elle s’en va en Irlande pour cette fille chérie, espérant que le voyage lui fera du bien. Je lui ai dit qu’elle devrait aller à Lourdes plonger sa fille dans les eaux miraculeuses.
Il y a à peu près trente ans que cette dame quittait l'Irlande et une mère bien-aimée pour suivre son mari au Canada. :
Quand elle m’a dit cela, j'ai été bien encouragée
dans ma sainte vocation. Puisqu’elle a laissée sa mère pour suivre un homme mortel, dois-je regretter d’avoir laissé la meilleure des mères pour suivre l'Époux immortel et divin ?
Lundi, 9 Juin.
Ma bien-aimée mère, je reprends Ge soir ma causerie, après une longue interruption de deux jours Vous allez peut-être croire que c’est la maladie qui a été la cause de mon silence. Rassurez-vous, bien chère maman, jamais de ma vie je n'ai été si bien. pas le moindre mal de mer. Ilest vrai que j'ai eu un tout petit mal de tète de quelques heures seulement, ce qui ne vaut pas la peine d'être mentionné.
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Ce qui a été la cause de mon silence, ma bien chère mère, c’est simplement parce que je n'ai pas pu trouver un moment pour écrire. Je ne sais pas comment cela s’est fait, mais j'ai tant causé avec la dame irlandaise et avec ma compagne de cabine, et nous sommes si bonnes amies, qu’à peine nousest-il resté un petit bout de temps pour nos correspondances. Mais si ma plume a été silencieuse, mon cœur ne l’a pas été, très-chère maman, et il vous a envoyé mille tendresses hier soir. Je me suis trans. portée au milieu de vous tous, car je suppose bien que les chères tantes, cousines, oncles, se sont réunis, comme de coutume, auprès de vous.
Maintenant il faut que je vous donne quelques nouvelles de notre voyage. Nous avons vu la terre vers dix heures du matin. Tout le monde ne se possédait pas de joie, et quoiqu'on nv vit que montagnes et rochers arides, ils furent trouvés assez beaux pour mériter de faire sortir les lunettes d'approche. C'était si extraordinaire après de si longs jours passés entre le ciel et l’eau. La petite Carmélite était bien joyeuse aussi.
Plus nous avancions, plus la vue devenait belle. Dès trois heures de l’après-diner, nous avons eu tout plein de choses à admirer du côté de l'Irlande ; et puis vers sept heures, nous avons laissé les malles à Movile, ainsi que quelques passagers parmi lesquels s’est trouvée ma charmante compagne de cabine. Cette séparation fit véritablement passer un petit nuage sur mon cœur et sur le sien aussi, je crois, car nous étions véritablement bonues amies. Que voulez-vous ? sur cette terre, pas de jouissance durable ni de plaisir solide. Toujours quelque triste dénouemeñt qui nous fait lever les
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yeux vers la céleste patrie, où toujours nous serons réunies, Que le bon Dieu est miséricordieux, ma bonne mère, de nous envoyer des, peines et de nous détacher par elles, petit à petit, de cette. misérable terre !
C’est probablement la dernière fois-que. je vous écris sur le steamer, ma chère maman, car nous le quitterons demain, vers midi. Je n’en suis pas fâchée, et il me tarde extrêmement d’être au lieu de mon repos. Le voyage distrait tant. Je vous assure que je suis bien dissipée maintenant, et qu’il me faudra bien du temps pour me recueillir.
Il est près de onze heures du soir, et il faut que je vous dise bonsoir, bien à mon grand regret. ma bien-aimée inaman, car je pourrais, ce me semble, passer toute la nuit auprès de vous.
Mais comme, en ce bas monde, à tout plaisir il y a une fin, j'en mets une à celui-ci pour aller passer un peu de temps avec le bon Jésus, que je prie de vous embraser de son amour.
Quelles actions de grâces ne dois-je pas à ce bon Maitre, pour l’heureuse traversée qu’il vient de m'accorder ! Un passager, qui a souvent traversé l'océan, dit qu'il n’en à jamais eu de semblable depuis si longtemps qu’il voyage.
Mardi, 10 Juin.
Deux heures et derie de l'après-midi. Encore sur le vaisseau, ma très-chère maman ! et moi qui espérais ne plus y être à cette heure. Mais l’homme propose et Dieu dispose.
Il a fait toute la nuit un vent violent, qui nous était contraire et nous a retardés de telle sorte que
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nous sommes arrivés trop tard, pour pouvoir arriver dans la rivière Mersey à la faveur de la marée.
Nous sommes à l'ancre, en vue de la terre promise, et qui sait jusqu’à quand ? Non pas pour aussi longtemps que les pauvres Israélites dans le désert, mais pour jusqu'à neuf ou dix. héures du soir. C’est bien contrariant, nous aurons à passer la nuit à Liverpool, et cela va nous retarder d’un jour. Enfin, que la sainte volonté de Dieu se fasse ! Il se pourrait qu'on envoyât un tender à notre rencontre ; Car, comme le remarque la bonne madame Anderson, il n’est pas aisé de garder un si grand nombre de passagers, auxquels il faudra donner le diner et le thé. C’est une grande considération en notre faveur.
C'était chose singulière de voir ce matin les pauvres passagers. Le vent contraire que nous avons eu toute la nuit, a agité horriblement la mer d'frlande, de sorte que le roulis était tel que tous étaient malades, même ceux qui jusqu'à présént avaient le mieux supporté la mer. Et moi je n’ai pas souffert. Je me suis sentie le Cœur un peu fade, mais je suis montée sur le pont et je me suis bien vite remise.
Pendant toute la nuit, on a fait un bruit affreux sur le vaisseau ; ce qui a empêché tout le monde de dormir. Comme on pensait arriver de très-bonne heure à Liverpool, on a cru devoir monter tout le bagage du fond de la cale. Cela s’est fait par le ‘aayen d’une machine, dont chaque secousse faisait rembler tout le vaisseau.
Je suis toute prète à partir, car on peut nous avertir d’un moment à l’autre que le tender vient nous chercher. Il m'a fallu prendre encore un certain temps pour arranger nos petites affaires,
afin de ne rien oublier. Car je n'ai pas ma bienaimée mère auprès de moi pour m'avertir de mes oublis.
Je vous laisse, chère bien-aimée mère, pour terminer les lettres que j'écris à mes bons frères. Si j'ai le temps quand je les aurai écrites, je reviendrai vous trouver.
Londres, 12 Juin.
Ma chère petite mère, je voulais vous écrire à bord ; je voulais vous écrire hier de Liverpool, et je ne l’ai pu. En voyage, on fait comme on peut je 8 et non comme on veut. |
Nous sommes arrivés à Liverpool vers neuf | À heures trois quarts du soir. Après avoir passé une à R bonne nuit au North Western Hotel, je partis pour fat Londres, où je suis arrivée en houn: santé. Je su) partirai demain pour la France. J'espérais pouvoir N me rendre directement à Reims, sans m'arrèter sept nulle pért ; mais on n'a fait remarquer que ce Le serait trop fatiguant, etqu'il vaut mieux me reposer veil un jour à Paris. sûr
Je suis toujours très-bien portante, grâce à Dieu. vres Mais j'ai l'âme un peu fatiguée, je vous l’avouerai. A di de tant de tumulte et destaut de bruit. Et puis, il sim y a si longtemps que je ne me suis confessée. Je sou] ne l'ai pas fit depuis que je vous ai quittée. bien
Je vous laisse, bien chère maman, en vous em- au s hrassant de tout mon cœur. Je vous aime, mère je m chérie, vons le savez bien ; ne vous ennuyez pas chèt top ; ayez bien soin d+ votre santé, et aimez Le toujours votre pauvre enfint tout aimante. A
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