WEBSTER, N.Y
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passion du dévouement absolu, s’éveillant dans un cœur assez généreux pour comprendre qu’on ne peut trop se donner, et qu’on ne se donne jamais assez. Qui ne sait par où la vocafion du Carmel se révèle à une jeune âme encore pure dans sa vie et déjà grande par ses ambitions? Elle vient d’ordinaire surun souflle de Dieu, et dans l’une de ces aspirations indéfinies, par lesquelles cette âme choisie cherche ce qu’il y a de plus beau, de plus grand et de plus méritoire devant Dieu et devant les hommes; elle vient en un mot, dans un désir d’héroïque immolation.
Assistez avec recueillement à ce spectacle sublime, où une grande âme va décider ses destinées et changer tout-à-coup toutes les perspectives et tous les horizons de sa vie! Drame intérieur que les anges regardent avec admiration, et où ia forte chrétienne va s’arracher à tout ce qu’elle a de plus cher, pour s’élancer vers tout ce qu’il y a de plus grand. Elle a vingt ans; elle est dans l’épanouissement de la vie: belle et radieuse saison, qu'on nomme bien le printemps de la vie: elle en peut, s’il lui plaît, respirer tous les’parfums ; elle en peut cueillir toutes les fleurs; elle en peut mettre sur son front tous les lis et toutes les roses. Élevée dans les fascinations du monde, et en même temps formée aux enseignements du Calvaire, elle éprouve deux attractions qui vont en sens contraires : tandis que le monde la charme d’un côté, le Calvaire la séduit de l’autre. Un jour ells revient d’une fête brillante, où l'ennui l’a visitée au sein même du plaisir; celle rapporta de toutes ces pompes vaines et de tous ces plaisirs menteurs un vide immense; vide indéfinissable, qui n’est que l'attestation de la
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grandeur de son âme et de l'infini de ses désirs. Elle regarde son crucifix; elle voit son Dieu dépouillé, flagellé, couronné d’épines; et puis elle se regarde elle-mème parée, comme une reine sur son trône, et parfumée comme une divinité dans un nuage d’encens. Elle compare à cette couronne d’épines sa couronne de fleurs, à ce dépouillement sa parure, à ces flagellations ses plaisirs, aux douleurs de ce sacrifice ses égoistes joies.
Elle se prosterne devant son Dieu, elle médite, elle adore, elle aime; et puis, tout à coup, Ôtant sa couronne, ses joyaux et toute sa vaine parure : “Ah! j'ai compris, dit-elle; ce monde que je viens “ de voir, et dont je fus moi-mème, ment à Jésus- “ Christ et à son Calvaire: c’estfini; désormais, “je serai une chrétienne.”
C'est alors que la mondaine élégante, devenue en effet une véritable chrétienne, se met à poursuivre, à travers ies chemins de ce monde. où elle est forcée de marcher encore, l'idéal de sa vie qui lui est apparu ; elle fait des rèves étranges dans une âme de vingt ans ; elle rève la croix, les épines, les flagellations et toutes ces austères rhoses, qui sont les réalités du Calvaire. Le Crucifié lui a fait sentir, à l'endroit le plus céleste de son âme, sa divine séduction ; elle veut le suivre ; avec lui et comme lui elle veut se faire victime ; elle cherche son chemin de croix ; elle demande à Jésus sur quelle montagne sainte, sur quelle colline sacrée elle pourra, elle aussi, rencontrer son Calvaire. Et un jour, elle voit, comme dans une pure lumière, le Carmel lui apparaître ; elle l'entend retentissant encore de cette voix de Thérèse : Aut pati aut mori. Et après avoir prié, prié encore devant une image
de la sainte trausfigurée par son amour ; après avoir contemplé son visage de séraphin, ces yeux fixés sur l’invisible, et cette poitrine haletante par l'aspiration de la souffrance et du sacrifice, elle se dit : ‘“ Moi aussi je serai Carmélite...” Quelques mois se passent, et la jeune mondaine vient frapper à la porte du plus humble des Carmels.—‘* Que ‘voulez-vous ?—Je veux entrer au Carmel.—Pour. ‘quoi au Carmel ?—Afin d’être plus qu'ailleurs ‘“ victime avec Jésus—Que cherchez-vous donc, ‘ enfant ?—Le sacrifice, rien que le sacrifice. —S’il ‘en est ainsi, entrez ; c’est ici la demeure et le ‘ lieu du sacrifice ; c’est ici le temple où l’on s’im- ‘ mole ; venez, soyez victime, et avec nous sauvez ‘“ Je monde qui se meurt d’égoisme.”
Voilà l’histoire d’une vocation au Carmel. Vous le voyez, c’esi le soufle de Dieu traversant une grande âme pour la pousser au sacrifice. Le monde lui promettait toat ; elle n’a rien voulu de tout ce que lui promettait le monde ; elle lui a dit : ‘ Garde ‘tes bals, tes spectacles, tes danses, tes égoistes “ bonheurs ; à moi le Crucifié, à moi son Calvaire, “ à moi ses souffrances, à moi son sacrifice.” Sile Carmel a obtenu ses préférences, c’est qu’à tort ou à raison, elle s’était persuadée que là elle trouverait davantage et réaliserait mieux le sacrifice qu’elle a rêvé. le sacrifice sans réserve, l'absolu dans l’immolation.