‹ Une fleur du Carmel [microforme]Chapitre 130 sur 201 · La Carmélile combat la sensualité · texte numérisé non relu

La Carmélile combat la sensualité

Quel est le second courant qui emporte le monde au souffle de l’égoïsme contemporain ? Ah ! je vous entends ; plongés que vous êtes avec moi dans l'atmosphère de votre siècle, avec moi vous avez déjà dit : Sensualisme. Oui, le sensualisme, dans toutes les situations et sous toutes les formes, emportant à un second abîime les générations enivrées ; le sensualisme criant encore aujourd’hui comnie criaient, il y a trois mille ans, des débauchés de Jérusalem : jouissons, jouissons ; venite, fruamur ; le sensualisme, c’est-à-dire l’exagération de l'empire des sens, la poursuite immodérée des satisfactions sensuelles ; le désir sans limite ; que

dis-je ? la passion, la fureur de sentir, de s’'émouvoir, de tressaillir, en un mot, de jouir, de jouir davantage, de jouir encore plus : voilà le second courant qui nous emporte à l’abime.

Dieu me garde de calomnier mon temps ; mais ne puis-je pas dire, sans craindre les démentis de la réalité, que plus qu'aucun autre, ce siècle est atteint de ce mal qui tue les hommes, les sociétés et les civilisations, même les plus robustes ? Essayez de respirer les svuffles qui passent dans l'air ; est.ce que ces soufles, qui font vibrer toutes les fibres sensuelles, comme les cordes d’une lyre de Paphos ou d’Ionie, ne vous jettent pas tous le même son ? Que disent-ils au dedans et au dehors de vous, si ce n’est cette chose qui remplit le siècle de son nom, parce qu'elle le remplit d’ellemême : sensualisme, sensualisme, sensualisme ? Ah ! le sensua-

lisme, qui donc, aujourd’hui, n’en subit plus ou

moins les atteintes dégradantes ? Le sensualisme est père ; le sensualisme est mère ; le sensualisme est enfant ; en deux mots, le sensualisme est homme, le sensualisme est femme ; j'entends non pas seulement l’homme et la femme üe ce paganisme nouveau, qui ne rougirait pas de relever au milieu de nous les temples pulvérisés des dieux et des déesses de l'antique volupté ; mais l’homme et la femme de ce christianisme amoindri, où ilya dans tout et partout la part du monde et la part de l'Évangile, la part des sens et la part de l’ésprit, la part de Satan et la part de Jésus-Christ, et la première toujours plus grande que la seconde ; christianisme bâtard, où l’on sent le paganisme percer par tous les pores ; christianisme dégénéré, qui eût étonné les chrétiens plus voisins du Calvaire, et

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dont les chrétiens nouveaux donnent, dans ces jours pleins d’orgies, des exemples que les païens n'eussent pas toujours trouvés indignes de leurs plus hanteuses saturnales !

Voilà le fleuve de ce siècle sensuel ; le voilà tel qu'il passe devant nous, entraînant à l’abime les générations trompées par les séductions de son courant et par les charmes de ses rivages. Ce fleuve d'enchantements perfides et d’homicides plaisirs, qu'est-ce qui l’arrêtera, je vous prie ? Qu'est-ce qui pourra, sous ce rapport, relever nos mœurs qui tombent et nos âmes qui penchent ?

Qu'est-ce qui fera passer, à travers ces corruptions

que le règne du sensualisme amasse au cœur des

sociétés, un souffie purificateur ? Qui pourra, en

un mot, efficacement réagir contre ces débauches du sensualisme, qui aboutissent aux orgies de la volupté, d’abord, à l’'énervement des âmes ensuite, età la fin aux ruines des sociétés ? Qui fera ce prodige ? Une seule chose : l'exemple de la chasteté sans tache, des mœurs d’anges dans des natures humaines, des austérités de pénitents dans une chair innocente.

Et voilà l'exemple que donneut anjourd'hui en présence du sensualisme contemporain, les austères filles du Carmel.

Senies elles-mêmes des entrailles de ce siècle, dont elles portent le sang et dont elles ont respiré l'air, elles réagissent, par la pratique d’une pureté héroïque et d’une angélique chasteté, contre les entrainements de ce sensualisme qui enveloppe leur jeunesse.

Jésus-Christ, qui a séduit leur cœur par le charme surhumain de la pauvreté volontaire, l'a séduit

encore plus par le céleste attrait d'une libre et perpétuelle chasteté. Lui, la pureté en personne, il a d’un de ses purs regards, jeté dans cette âme vierge un invincible attrait de chasteté, il lui a dit; ‘ Ma fille, je vous ai choisie ; pour moi, vous serez ‘ chaste, et d’une chasteté absolue.” Et l'épouse prédestinée du Christ immaculé a répondu : ‘ Oui, ‘ Dieu de pureté, pour vous je serai chaste d’une ‘ chasteté absolue. O Dieu des chastes, vous donner ‘ cette richesse, qui est hors de moi et qui n'est ‘ pas moi-même, c’est peu ; je veux vous donrer ce ‘qui est en moi et fait partie de moi-même ; à

“vous, Agneau sans tache, à vous cette chair

‘ immaculée ; à vous ce corps encore pur ; voici ‘“ que je le mets sur votre autel, avec tous ses ‘ instincts et toutes ses convoitises. Non, jamais, “je le jure, je n’aurai d’autre époux que vous- “ mème. Pour vous, mon Dieu, ce corps sera ‘ victime ; j'en fais l’irrévocable serment ; j'em- ‘ brasse à jamais, pour vous, l’angélique chasteté.

Ainsi la fille du Carmel dépose sur l'autel la seconde part de son sacrifice réparateur : le vœu de chasteté est le second clou qui l’attache à la croix avec le divin époux. Elle sera pure, la fille du Carmel ; mais ne croyez pas que cette pureté se contente de s’embaumer elle-mème de ses propres parfums : elle s'environne des plus âpres défemes ; elle domptera d'avance des révoltes qui ne sont pas venues et qui ne viendront peut-être jamais, tant l'atmosphère est pure dars cette demeure des anges ! Cette chair sans souillure, elie la châtiera comme faisait au désert Magdeleine pénitente. Pour exterminer en elle les derniers vestiges du sensualisme, et réparer, autant qu’elle peut, les

libre et Jersonne, ette âme lui adit; ous serez l'épouse 1 : ‘ Oui, ste d’une 18 donner qui n'est loner ce même ; à tte chair ur ; Voici tous ses n, jamais, que vous- Orps sera nt ; j'emchasteté.’

l’autel la le vœu de à la croix

fille du pureté se s propres défeses ; e sont pas mais, tant eure des a châtiera pénitente.

estiges du peut, les

intempérances mondaines, ce n’est pas assez de sa couche dure, de son court sommeil, de ses longs jeûnes, de ses perpétuelles abstinences ; il lui faut de plus rudes attestations de son union au Dieu flagellé, déchiré, ensanglanté, et, de la tête aux pieds, couvert de ses blessures et inondé de son sang,

Écoutez; entendez-vous? Quel est ce bruit qui interrombpt le silence du Carmel? Ah! c’est un bruit que le monde ne peut entendre, ou qui ne retentit à son oreille que comme le témoignage d'une incompréhensible folie; c’est le bruit des flagellations spontanées et des volontaires macérations. Quoi! cette femme délicate, élevée dans les amolissements du XIXme siècle, elle n’a pas assez de tant de privations pour assouvir sa soif d'immo lations ? Quoi ! ce n’est pas assez de se retrancher tout ce qui flatte la nature, il faut encore qu'elle lui inflige à plaisir tout ce qui la crucifie? Voyezla, cette pure et chaste victime; elle frappe son corps innocent ; elle déchire sa chair virginale ; et sa prière et ses supplications montent à Disu, fécondées par ses douleurs si généreusement cherchées, et peut être par les flots de son sang si courageusement versé !

Et pourquoi, Ô sainte victime, pourquoi contre une chair innocente, ces châtiments. ces violences, ceæcruautés ? ‘Ah! s’écrie la généreuse fille du ‘ Carmel, je répare. je satisfais, j’expie. Je répare “ les désordres du monde; je satisfais à la justice “ de Dieu ; j'expie par l'excès de la souffrance les ‘excès du plaisir ; j’expie par la douleur du sacri- ‘ fice les satisfactions de l’égoisme; victime, j'ac- “complis ma vocation; je souffre et je m'immole “ pour le salut de mes frères.”

Oui, chrétiens, entendez-le bien, la Carmélite expie par ses macératious les déportements et les souillures de notre sensualisme. Hommes du monde, si ardents à la jouissance et si affamés de voluptés, elle expie vos débauches ; femmes chrétiennes, si promptes à jouir et si impuissantes à souffrir, elle expie vos raffinements sensuels, vos danses sensuelles, vos costumes sensuels ; elle expie, par ses chrétiennes austérilés, ces hardiesses et ces audaces païennes qui font rougir les chastes et réjouissent les voluptueux. Elles prennent, enfin, cette rude flagellation, comme le dit la règle, non seulement pour ‘: l'augmentation de la foi, pour la vie des Etats et de nos princes souverains, pour les bienfaiteurs, pour les âmes du purgatoire ;”” elles la prennent surtout pour tous ceux ‘ qui sont en péché mortel,” et ce, ajoute la règle, durant un psaume, ‘‘ Miserere, et les oraisons pour les choses susdites”” Mais aujourd’hui surtout, elles la prennent pour expier, par les immolations de la chair, les déhauches du sensualisme. Et, dès lors, combien parmi nous, qui pèchent et n’expient pas, qui jouissent et ne souffrent pas, doivent bénir lo ciel de leur donner dans ces âmes choisies des hosties expiatoires et des victimes réparatrices !

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