La Curmélite combat l'orgueil et l'esprit d'indépendance
Le troisième courant qui emporte le siècle au souffle de l’égoïsme contemporain, c’est le courant de l'orgueil et de l'indépendance.
C'est Pinstinct de tout égoïsme de ne relever que de soi et de ne dépendre que de soi. Commander à tous et n’obéir à personne, c’est l'idéal de l'égoisme
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appliqué à la volonté humaine Tout égoiste est un tyran qui cherche des esclaves; il se pose en souverain, il dit: quisera mon maitre? et qui osera me Commander et me donner des ordres ?
Tel fut toujours le penchant de la nature humaine ; tel est, particulièrement, le penchant de notre siècle. Un mouvement immense pousse de bas en haut les générations, qui cherchent sur les hauteurs l'air de l'indépendance, cet air contre nature, où les peuples manquent d’haleine et perdent leur libre respiration.
Ascendam, je monterai : c'est le cri de l’orgueil poussé par la nature ; non serviam, je n’obéirai pas : c'est le cri d'indépendance poussé par notre orgueil.
Aussi, chose remarquable, à mesure que ce mouvement se propage, nous désapprenons à obâôir. Nous connaissons le servilisme, nous ne le connaissons que trop, hélas ! et nous voyons ceux-là surtout qui se sont plu tant de fois à procla:ner l'insurrection comme le plus saint des äevoirs, donner des spectacles d’aplatissement servile, dont pous ne croyions pas capable la grande et généreuse race des Francs. Ah ! oui, nous connaissons le servilisme ; mais ce que nous avons désappris, ce que nous ne connaissons plus, c’est une libre et généreuse obéissance.
Cet esprit d'indépendance, qui est le vent du XIXme siècle, souffle partout. Il souffle dans les sociétés, qu’il tient dans une perpétuelle perturbation, toujours ballottées entre la révolution et le despotisme, l’une fille de l'indépendance, l’autre père de la servitude. Il souffle dans la famille. dont il rompt l'harmonie et chasse le bonheui, soulevant les enfants contre les parents, la femme
contre le mari, ie mari contre l'Eglise ; tous contre Dieu et son Christ. Il souffle dans les ateliers, dont il suspend le travail et diminue la production, poussant l’ouvrier à se révolter contre le maître, et brisant entre l’un et l’autre ce rapport de paternel commandement et de filiale obéissance qui faisait le charme, la force et la fécondité des ateliers chrétiens. [l souflle dans l'Eglise, où il vient éveiller, nous l'avons vu, même au cœur du prêtre qui prèche l’obéissance, ces instincts de révolte que la vertu seule y peut contenir, mais que l’orgueil y fait éclater quelquefois, au grand scandale des peuples. Et pourquoi ne le dirais-je pas ? IL souffle. rait, si on ne lui fermait toutes les ouvertures, jusqu’au fond des cloîtres, où l’on n’entre que pour obéir ; et il viendrait donner l'exemple de l’orgueil et de la révolte, mème dans les asiles de l'humilité et dans les sanctuaires de l’obéissance !
Ah ! que Dieu nous donne, pour réagir contre tous ces instincts révolutionnaires qui se font jour partout, etquelquefoisavec une solennité effrayante, des exemples de sublime et d’héroïque obéissance.
Saintes filles du Carmel, dont l’obéissance est proverbiale et l’humilité populaire, ah ! venez au milieu de nous pour maintenir dans les générations chrétiennes ce culte de l’obéissance humble, qui honore plus que tout le Dieu du Calvaire et du sacrifice obéissant jusqu’à la mort.
La voyez-vous, la jeune chrétienne, née sur les hauteurs sociales et appelée, selon le cours naturel des choses, à l’exercise du commandement ? Jésus- Christ lui est apparu sur cette croix où ilest monté pour obéir, dans l'acte suprême de sa soumission et de son obéissance, et il a dit à la grande dame, fille
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de baron, fille de comte, fille de duc ou fille de prince, née quelquefois, comme il s’est vu, sur les marches du trône : ‘* Ma fille, tu peux, si tu le veux, aspirer au commandemertt ; mais vois, moi le souverain, ce que j'ai fait pour toi ; me voici obéissanr, et obéissant jusqu'à la mort, fuctus obediens usque ad mortem. Tu veux m’aimer, ma fille ; donc tu veux me ressembler : pour moi tu seras obéissante, obéissante toujours, et d’une obéissance absolue.”
Et la noble, mais humble chrétienne, a répondu : |
‘ Oui, Maitre pour vous je serai obéissante toujours “et d’une obéissance absolue. Je pouvais un jour ‘ avoir des serviteurs et des servantes prêts à faire ‘ toutes mes volontés ; je pouvais avoir une vaste ‘ domesticité, heureuse et fière de m'’obéir : je ne ‘l'ai pas voulu. Non, je n'aurai pas même un “ serviteur à qui je puisse dire : Allez, et ilira ; venez et il viendra ; faites ceci, et il le fera ; non, plus de volonté propre. Seigneur, devant cette croix où vous êtes monté pour consommer ce sacrifice qui répare toute révolte humaine, je ‘ voue l’obéissance perpétuelle ; je le jure devant ‘vous, Ô Maître fait esclave pour me sauver: ne commander jamais, obéir toujours, c’est la vie ‘ que j'embrasse pour consommer avec vous mon ‘ sacrifice réparateur. ”
Ainsi dit la fille du Carmel, et elle fait ce qu’elle a dit: elle monte au Calvaire par la voie de l’obéissance, et le vœu qu’ell: en fait est le troisième clou qui l’attache à la croix avec son Epoux obéissant. Aussi voyez ce que fait désormais cette fille de haute lignée, cette enfant de grande race. Enfermée pour toujours entre ces quatre murailles que
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sa liberté ne iranchira plus, toujours atteinte par une règle inflexible qui touche à tous les moments et à tous les détails de la vie, et toujours soumise à une p2rsonne, femme comme elle, née peut-être audessous d'elle, règle vivante, destinée par sa fonction même à l'immolation quotidienne des volontés qu’elle gouverne. Voilà la vraie Carrnélite : obéissante aujourd'hui, demain, toujours; comme son divin Maître, elle aussi, elle obéira jusqu’à la mort; etun jour, réalisant avec lui le Consommatum est du Calvaire, elle fera de son dernier soupir un acte suprôme d’obéissance.
Ainsi, tandis qu'autour de ces murs, où vient comme à un infranchissable rivage se briser la vague du monde, on n'entend retentir que ces mots : Indépendance, indépendance, indépendance; au dedans de ces murs, où les anges retrouvent, dans le concert harmonieux des volontés soumises à la divine volonté, un écho du ciel, on n’entend retentir que ces mots: Obéissance, obéissance, obéissance.
Et par là, ces nobles esclaves de l’obéissance, armées de leurs seules vertus, exercent autour d'elles je ne sais quel ascendant profond qui réagit contre ce troisième courant du siècle, en maintenant parmi nous la tradition toujours vivante de l'obéissance jusqu'à la mort, c’est-à-dire de l'absolu dans le sacrifice qui se consomme au Carmel. Par là, en effet, s'achève le sacrifice : par l’obéissance, le moi tout entier s'immole et disparaît; et c’est cette complète immolation qui fait notre salut et et rachète nos iniquités.
Ainsi les généreuses filles de Saiute Thérèse, par le triple héroïsme de leur pauvreté, de leur chasteté,
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de leur obéissance, réagissent d’une manière éminente contre ces trois courants qui entrainent nos sociétés modernes vers les grandes décadences. Par l'ascendant de leur exemple et par l'efficacité de leur sacrifice, elles sauveut l'humanité eten particulier ce siècle qui se meurt d'égoisme.