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re 1873.
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bénédiction plus douce encore. Mais surtout, ne soyez pas malade, je vous en conjure par toute l'affection que vous avez pour vos enfants ; ne soyez pas malade, laissez-vous bien soigner et bénissez la bonté du Seigneur.
Maintenant que j'ai rempli le devoir :e plus pressant en vous demandant miséricorde, parlons de la grande nouvelle du jour, de la grande, de la bienheureuse nouvelle. Ma plume est impuissante à vous exprimer les sentiments de mon cœur. Vous le devinez, mère chérie, je veux vous parler de ma prise d’habit.
Eh bien! oui, chère maman, c'est bien vrai, la pauvre petite Thérère de Jésus aura bientôt la grande grâce de revêtir le Saint Habit de la sainte Vierge. Vous le croyez à peine, ét je suis aussi dans le même étonnement. Est-il donc possible que je vais faire partie de cette famille bénie du Carmel, que je vais porter ces saintes livrées de notre Mère céleste ? Quel bonheur? et que Dieu est bon!
Ma chère maman, je ne saurais vous dire les
grâces ineffabies que cetrop bon Maitre a répandues et répand encore tous les jours sur son indigne
servante, depuis que j'ai reçu la grande grâce d’être
dans ces murs bénis. Je voudrais avoir une plume bien éloquente pour vous parler dignement du bonheur que le bon Dieu donne aux âmes qu'il appelle à la vie religieuse. Mais, chère mère, comme vous le pensez bien, ce bonheur n’est pas celui que le monde appelle bonheur et qui consiste dans la satisfaction de la nature. Ces consolations, ces joies de la religion sont toutes spirituelles, et par conséquent infiniment supérieures à celles du monde.
Je n'en ai jamais goûté de semblables dans ma vie; je commence à comprendre des choses, à aimer des vertus, que je n'avais jamais soupçonnées, [l me semble être toute change, et je le suis en effet par la grâce de Notre-Seigneur. Oh! quelle bonté de cet adorab'e Maitre de vouloir m’enchaîner si déli. cieusement à lui. Qu'ils sont bénis ces murs, ces noires grilles, qui me mettent à l'abri du monde! Ma chère maman, vous croirez peut-être que j’exagère un peu, en vous parlant ainsi; détrompez-vous mère chérie, je ne vous fais là qu’un récit imparfait des sentiments de mou cœur.
Mais vous croyez bien que cela n’est pas venu tout d’un coup.
Dans les commencements, quoique je me trouvasse déjà bien heureuse, cependant, je trouvais que les grilles étaient bien sombres, que le silence était bien rigoureux, que tout était bien ausière, sans cependant que j'aie eu un seul instant l'envie de sortir; car je me sentais comme malgré moi ancrée au Carmel, ce qui ne m’empêchait pas de trouver qu'il serait bien dur à madame la nature de se vaincre.
Mais Notre-Seigneur est si bon, qu'il n'a pas laissé l'épreuve durer longtemps et m'a fait goûter, au bout de quelques jours de nuages, la douceur de sou joug. Comment répondre à tant de grâces ? Ah! ma chère mère, prions, prions ensemble pour que je ne sois pas une ingrate.
Quand j'aurai le bonheur de porter le Saint Habit, j'aurai une grâce de fidélité plus grande pour répondre aux faveurs du Bien-aimé.
Il y a dix jours que je connais cette heureuse nouvelle.
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C’est un mercredi, sous les auspices du bon Saint Joseph que j'aime tant, que j'ai été présentée par notre Révérende Mère au Chapitre. C’est huit jours après, encore un mercredi, que j'ai été reçue.
C'était un bien beau jour que je vais vous raconter, car je sais que cela vous fera plaisir; et vous m'êtes si chère, bien-aimée de mon âme, que je ne puis jouir de quelque bonheur sans vouloir que vous le partagiez. C’est pourquoi je suis bien contrariée quand nos sentiments ne s'accordent pas. Mais revenons à mon sujet.
Ce jour-là donc, pendant que les sœurs capitulantés donnaient leur assentiment à notre Mère, j'attendais auprès de la salle du Chapitre à l'Ermitage de notre sainte Mère, qu'on vint me chercher pour aller demander moi-mème la grâce si désirée. Je priais bien fort le Saint-Esprit de faire connaître la sainte volonté de Dieu et de la sainte Vierge à nos sœurs. Je priais aussi sainte Thérèse notre Mère d'aider et de gagner les sœurs.
Au bout d'un quart d'heure, j'entends la porte souvrir. Je tremblais un peu, comme vous le pensez bien ; rnais je fus vite rassurée en voyant la Mère Sous-Prieure. (Quand les postulantes sont renvoyées par le Chapitre, c’est notre Révérende Mère-Prieure qui vient les chercher.)
J'entrai au chapitre, ayant les mains jointes, et j'allai me mettre à genoux au milieu, puis je fis ma demande en ces termes : ** Mes Mères et mes Sœurs, je vous prie très-humblement de me faire la grâce de me recevoir au Saint Habit, quoique j'en sois très-indigne. J'espère avec la grâce de Dieu et le secours de vos saintes prières de mieux faire à l'avenir que je n’ai fait par le passé” Alors notre
Révérende Mère m'adressa quelques mots sur la demande que je venais de faire. Elle me parla de la vie religieuse, et ne me cachant rien de ce qu'il y a de pénible, elle me dit que c'était une vie dé sacrifice, un martyre continuel plus long, quoique moins douloureux que celui des premiers chrétiens, qui recevaient la couronne après un combat de quelques jours; mais en religion, le combat ne dure pas un ou deux jours; mais toute la vie est une lutte continuelle contre la nature.
Il n'eut pas été juste de ne me découvrir que les difficultés de la vie du Carmel ; aussi notre bonne Mère, après avoir, en mère sage, cherché à remplir son devoir en me découvrant le côté pénible de la sainte Religion, me parla ensuite des avantages de cette vie de sacrifices à laquelle Notre-Seigneur attache une si grande rcompense, la vie éternelle et le centuple en ce monde. ‘‘ Saint Bernard, a dit cette bonne Mère, répétai' souvent que le monde ne voit que nos croix, mais qu'il ne voit pas les douceurs qui y sont cachées.
‘ Assurément, il ne faut pis s'engager dans la vie religieuse par l'espoir de goûter ces douceurs, de recevoir le centuple dès ce monde : mais Notre. Seigneur veut bien que quelquefois la pauvre nature accablée se ranime par la considération de la récompense, puisque c’est lui-même qui nous la promet.”
Notre Mère, m'a ensuite encouragée à travailler avec une grande ferveur afin de parvenir à aimer tous les jours davantage Jésus, sa croix, sa trèssainte Mère.
Toutes les paroles de notre bonne Mère ont pénétré mon cœur, et je ne puis vous exprimer
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quelles délices ont inondé mon âme dans cet heureux moment. Non, mère chérie, non, tout le bonheur qu'on peut goûter dans le monde, n’est pas mème une ombre de ce bonheur, que Jésus accorde en certains moments à celles qui l'ont choisi pour leur Bien-aimé et leur Époux.
Après que notre Mère m’eut annoncé l'heureuse nouvelle, je reinerciai toutes nos bonnes Mères d'avoir bien voulu recevoir dans leur saint Ordre une si pauvre petite enfant, et je me recommandai à leurs saintes prières, afin d'obtenir du bom Dieu de ne jamais me rendre indigne de la précieuse grâce que je venais de recevoir.
En sortant de la salle du Chapitre, j'allai remercier le born Jésus qui ne se lasse pas d'accorder tous les jours de nouvelles grâces à sa pauvre petite épouse. Oh ! que j'étais heureuse en m'entretenant cœur à cœur avec mon bien-dimé ! Comme je répétais avec amour : ‘* Mon Bien-aimé est à moi et je suis à lui pour toujours ! Oh oui! pour toujours !”
Il y eut encore un bieu beau moment en ce jour mille fois béni. Ce fut quand à la récréation, toutes nos chères sœurs vinrent me féliciter et exprimer toute la joie qu’elles goûtaient en recevant du bon Jésus cette nouvelle petite sœur, qu’il leur avait amenée du Canada. Ces bonnes sœurs étaient aussi heureures que moi : comme je fus sensible à toute l'affection qu'elles me témoignaient !
Oh! mère chérie! Si vous saviez comme on s'aime au Carmel ! Mais on s'aime d’une manière bien supérieure et bien plus élevée qu’on ne peut le faire dans le monde. Nous avons un avant-goùt de cet amour qui unit dans le ciel les élus entre eux dans le Cœur de Jésus! Voilà comme nous nous aimons.
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