‹ Une fleur du Carmel [microforme]Chapitre 152 sur 201 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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Et en certains jours, comme au jour de mon admission à la vêture, le bon Jésus nous fait goûter toutes les délices de ces pures et saintes affections. Que toutes les affections mondaines sont viles et méprisables aux veux d’une Carmélite, qui a goûté la sainte charité qui règne au Carmel ?

Je fus bien doucement émue, mère chérie, et je ne pus m'empècher de laisser couler queiques larmes de joie en voyant que l'admission au Carmel d’une pauvre petite Canadienne, avait répandu tant de joie et de bonheur parmi toutes ces bonnes Carmélites. Comment expliquer tant d’affection pour un enfant qu’elles n'avaient jamais connue autrefois? Elles voyaient dans la petite Canadienne une Épouse que Jésus s'était choisie, et que ce bon Maître aimait tendrement, et voilà pourquoi elles étaient tontes si heureuses de mon admission et me témoignaient si affectueusement leur bonheur.

Pendant la récréation nous chantâmes toutes ensemble :

Ecce qüàm bonum et quàäm jucundum habitare fratres in unum !

Après avoir témoigné au bon Jésus toute notre reconnaissance pour le bonheur goûté en ce grand jour, nous nous retirâmes en disant dans nos cœurs : Oui, c’est véritablement au Carmel que Dieu a répandu ses plus douces bénédictions ; c’est véritablement là que se trouve cette vie bien heureuse

qui est un avant.goût de la vie des élus dans le ciel.

Depuis si longtemps vous me demandez de vous donner le règlement de la journée et toujours j'ai différé de vous l'envoyer. Enfin le voici :

Depuis le 14 septembre jusqu’à Pâques, le réveil sonne à six heures moins un quart, à 6 heures on

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sonne l’Augelus, puis on va au chœur pour l'Oraison qui dure jusqu’à 7 heures. On a alors à peu près dix minutes pour couvrir son lit et arranger sa cellule, puis on retourne au chœur pour réciter l'Office (les heures canoniales) Après Prime on assiste à la sainte messe qui se dit à 7 heures à pendant la semaine, (alors vous êtes couchée, ma mère chérie et votre petite fille va souvent vous embrasser et prie beaucoup pour que le sang précieux qui est offert sur l’autel se répande sur votre chère âme). Après la messe, un quart d'heure d'actions de grâces et ensuite on continue la récitation des Petites Heures.

Quand elles sont finies, il peut ètre neuf heures moins un quart. Chacune va à son occupation, la petite Thérèse de Jésus à son occupation des chandelles. Ensuite on se tient, antant que l'ouvrage le permet, à sa cellule en solitude selon que notre sainte Mère le recommande ; la vie du Carmel étant une imitation de la vie érémitique des Pères du désert.

À onze heures, on sonne l'Examen qui dure un demi-quart d'heure, après lequel on se rend au réfectoire en récitant le De profundis. Pendant le diner, on fait la lecture de la vie des saints du jour et ensuite de quelque livre pieux.

Après le diner, on remonte au chœur en récitant le Miserere et on récite les Grâces après lesquelles on va à la récréation qui dure jusqu'à une heure.

Pendant la récréation, !e noviciat n’est pas séparé de la communauté comme dans les autres ordres, et c'est bien plus beau et plus doux. Ons’y réjouit bien, je vous assure. A une heure, je vais chez notre Maîtresse pour apprendre à réciter l'office

divin et à bien lire le latin. A deux heures, on va à Vêpres et c’est alors qu’une mère et une fille qui s'aiment bien se réunissent dans le Sacré-Cœur de Jésus et prient ensemble.

A deux heures et demie, les novices vont au noviciat, où notre Maîtresse nouslit et nous explique notre sainte Règle et tout ce que nous vouions savoir. Le noviciat n’est pas bien considérable, ma chère maman, il est composé de quatre professes, d’une novice et de votre petite postulante, mais on en attend d’autres ; il yen aun grand nombre qui se présentent.

A trois heures, on sonne trente coups de cloche pendant lesquels on se prosterne pour adorer NotreSeigneur mourant en croix. Ensuite on retourne à ses occupations. À quatre heures et demie, les novices peuvent faire une lecture, mais à quatre heures trois quarts, tout le monde doit faire celle du point d’oraison laquelle sonne à cinq heures. A six heures, on dit l’Angelus et on va souper. Pendant ce repas, on fait une lecture. Que j'aime cette lecture pendant le repas ! Je pense toujours à vous, mère chérie, quand je l’entends. Je me dis que vous aimeriez bien cela, vous qui vouliez même essayer de le faire chez nous. Après souper, on va à la récréation jusqu’à sept heures trois quarts. Alors on va au chœur réciter complies

Après Complies on sonne le silence qui dure jusqu’après Prime du lendemain.

Après Complies, chacune s'occupe soit à prier, soit à écrire ou à travailler jusqu’à neuf heures que commencent Matines. A dix heures et demie l'Office est fini et chacune va se coucher bien contente et bien heureuse, sous les yeux de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère.

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Vous aimeriez à savoir quelles sont mes occupations, mère chérie. Je vous assure que j'en ai joliment avec jes chandelles et plusieurs {lampes à préparer tous les jours. Cela me rend toute fière quand je me vois un peu occupée.

C'est si doux de travailler dans la maison du Seigneur! Aussi je voudrais bien que nos bonnes Mères m’envoyassent à la cuisine ou me permissent de balayer les passages des cloîtres; je ne suis guère bonne à autre chose. Tous les jours, j'ai à peu près pour trois quaris d'heure d'occupation aux chandelles. Le reste de la journée je fais, en ce temps-ci, de’ scapulaires qu’on nous demande en grande quantité.

Deux fois la semaine, le mercredi et le samedi, j'ai plus d'ouvrage car ce sont jours de balayage. On balaie sa cellule, puis son office.

Le samedi, on fait une plus grande toilette aux chandelles et aux lampes qu'on récure, de sorte que, comme je suis bien lente, la matinée v passe.

Etes-vous contente, mère chérie ? Vous ai-je donné assez de détails ?

Mais j'oubliais une chose bien importante à vous dire, car vous verrez qu’on a bien des bons moments au Carmel.

Une fois la semaine, j'ai la grâce d'aller chez notre Mère. C'est là un beau moment pendant léquel on parle du bon Dieu, de son intérieur, de ce qu’il faut faire pour se donner avec ferveur à NotreSeigneur.

Puis notre Mère vous dit de ces paroles qui vont au cœur. Bien souvent encore dans la semaine on attrape un petit moment en passant et ce is jamais sans profit spirituel.

Comme notre chère Maitresse a moins d'occupations que notre honne Mère, j'ai la grâce de la voir plus souvent et toujours avec grand bien pour mon âme. Ah! que c’est donc une grande grâce d’avoir de ces bonnes Mères! quelle aide! quel puissant secours on trouve en elles pour servir le bon Dieu ! Combien souvent nous parlons de vous dans ces entretiens, mére chérie, et je suis toujours si heureuse de voir la véritable affection que nos Mères portent à celle que j'aime plus que moi-même.

Un jour qu’il me fallait faire une chose qui me coùlait un peu, c'était la discipline, (je vous dis cela à vous seule,) notre bonne Maîtresse à qui j'avouais ma répugnance m’encourageait. Et savez. vous comment, ma chère mère? En me parlant de vous et en me disant de faire toujours tout pour vous obtenir des grâces. J'espère que vous aimerez bien nos Mères, ma chère maman, je voudrais vous voir partager tout mon bonheur.

Chère maman, ne croyez pas que l'affection que j'ai pour mes Mères me fasse oublier celle que j'ai toujonrs eue pour vous. Vous semblez presque le crainure, mère bien-aimée. Dans une de vos lettres vous dites: N'oublie pasta mère. Loin, loin de vous un pareil soupçon! Le bon Dieu ne détruit pas ses œuvres. N'est-ce pas lui qui met dans le cœur des enfants l'amour filial? Si donc c’est lui, comment voulez-vous qu'il détruise ensuite son œuvre en nous faisant oublier nos parents? Non, ma si chère mère, votre fille ne vous oubliera jamais, et je puis vous certifier que jamais vous n'aurez de cœur plus dévoué et plus aimant; car, avec l’aide de Notre-Seigneur, cette affection se spiritualisera et se perfectionnera et se continuera

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dans le ciel où nous serons toutes deux inséparablement unies dans le Sacré-Cœur de notre cher Seigneur.

Dites-moi bien dans votre prochaine lettre si vous croyez encore que je vous oublie. Dites-moi aussi si vous aimez bien mes Mères ; comment aussi vous trouvez mes lettres ; si elles sont telles que vous le désirez ; s’il y à autre chose que vous aimeriez à savoir. Mais ne manquez pas surtout, mère chérie, de me donner bien des détails sur votre si chère santé. Je suis inquiète en apprenant que vous n'êtes pas assez bien pour aller dans le sud.

Je serais bien contente si vous me donniez aussi des nouvelles de votre âme. Etes-vous dans la consolation ou dans la peine ? Je voudrais le savoir parce que je fais de ce temps-ci l’oraison de trente jours pour vous obtenir des consolations si grandes que vous ne vous ennuyiez jamais après votre pauvre petite Carmélite. Puis, comment passez-vous la journée ? Vous êtes-vous fait un petit règlement comme vous vous le proposiez. Ne craignez pas non plus de me fatiguer par beaucoup de détails sur vos affaires ; vous savez combien je m'intéresse à tout ce qui concerne la bien-aimée de mon cœur.

Veuillez faire.savoir à toutes mes amies le grand bonheur que je goûte ; dites leur bien que je suis la plus heureuse des créatures. Le Carmel est pour moi un avant-goût du ciel. Oh! ma chère mère, les paroles sont impuissantes pour parler dignement de la grâce de la vocation religieuse. Nos bonnes Mères me disent que je suis maintenant l'enfant gâtée du bon Jésus, qui me fait goûter si délicieusement la douceur de son joug ; mais elles me préviennent que ce ne sera pas toujours ainsi et

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que j'aurai des peines intérieures et des combats à soutenir. Je m'y attends bien, ma chère Mère, et je comprends que aa vocation ne serait pas ferme si elle n’était traversée par la tribulation. Je ne refuse pas, mais je demande le secours de Notre. Seigneur pour lui être tidèle.

Oh ! ma chère mère, priez, priez beaucoup pour que je ne sois pas une ingrate et que je sois toujours fidèle au Dieu qui me fait de si grandes grâces.

Enfin, mère chérie, je termine par un mot sur ma santé qui est florissante ; je me fortifie d’une manière si merveilleuse que je suis presque tentée de crier au miracle. Figurez-vous donc que je n’ai pas été arrêtée un seul jour depuis que je suis ici. Il me fallait l'air du Carmel pour me tirer de cet état languissant où j'étais chez nous. Qui l’aurait cru ? Oh ! que je voudrais vous voir aussi bien que je le suis ! C’est une grande grâce que Notre-Seigneur me fait et une preuve évidente de ma vocation.

Veuillez embrasser bien tendrement mes frères bien-aimés pour moi; et vous, mère chérie, je ne trouve pas d'expression qui puisse rendre l'affection que j'ai pour vous en Notre-Seigneur. Je le prie de vous embraser de son amour et de vous fortifier. Aimez toujours un peu votre petite Carmélite et donnez-lui, je vous prie, une bénédiction bien douce et un souvenir dans vos prières.

La pius heureuse de vos enfants,

SœŒUR THÈRÈSE DE JÉSUS, P. C. I.

Nos chères mères me chargent de vous dire qu'elles vous aiment bien.

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