THÉRÈSE DE JÉSUS HEND COMPTÉ A SA MÈRE CÉRÉMONIE DE SA VÊTURE
Carmel de Reims, 10 Octobre 1873 J. M. J. T.
Ma bien chère et hien bonne maman,
Que le Cœur de Jésus, notre tendre Époux, nous embrâse et nous unisse de plus en plus!
Enfin le grand jour est venu; enfin le Seigneur a fait éclater ses mi-éricordes ; enfin j#ne suis plus une petite postulante, mais une novice Carmélite! Ah! mère chérie! quel bonheur! Et comment vous le décrire ? Ma plume n'en est pas capable, et mon cœur, trop plein, se refuse à dire tous ses sentiments de joie et de reconnaissance, à la vue d'un tel bienfait du bon Dieu. Quand je pense que c'est moi, le pauvre pelite Hermine d'autrefois, si dissipée, qui par son peu de piété vous donnait de l'inquiétude, qui pensait si pen à aimer le bon Dieu, quand je peuse que c'est la même créature qui est ici au Carmel, conduite, par la main de la Providence, du Canada en France; que je suis revêtue par la très-sainte Vierge du mème Saint Habit qu'elle a choisi pour sa famille privilégiée ; que sainte Thérèse me reçoit pour sa fille; que Notre-Seigneur me veut pour son épouse et veut que je n'aime plus que lui; que moi aussi je ne
UX, nous
Seignenr suis pins armeélte !
Comment apable, cet fous ses à la vue pense que trefois, si onuait de r le bon créature ain de la e je suis me Saint vilégiée ; lle; que et veut ssi je ne
veux plus aimer autre chose que lui, ah ! quand je considère toute la conduite du bon Dieu sur mon dme, les larmes de reconnaissance coulent de mes yeux et je m'êcrie: Mon bon Jésus! que vous avez été bou! Et pourquoi tout cela! C'est pour que je vous aime! Eh! l'amour de mon cœur est-il donc quelque chose de bien grand pour que vons fassiez tant pour le gagner? Ah! c'en est fait! je me donne tout à vous, tout entière; et je n’aimerai plus que vous. |
Ma très-chère maman, remerciez aussi le bon Dieu de votre côté, de tout ce qu'il fait pour l’enfantque vous aimez lant, et que vous lui avez généreusement donnée. Ne vous repentez plus de lui avoir accordé ce qu'il vous demandait, mais priez, priez pour que votre sacrifice ue soit pas sans fruit, que votre enfant devienne selon le désir de son Cœur saeré une épouse pleine d'amour, une véritable Thérèse.
La touchante cérémonie a eu lieu, comme notre boune Mère vous l'avait annoncé, le 13 courant ; je m'en vais tâcher de vous dédonnnager du sacrifice qu'il vous à fallu faire en n’y pouvant assister, par un récit auss’ fidéle que je pourrai de cette fête si chère,
D'abord j'ai été en retraite les trois jours précédeuts. Comme je l'ai appréciée cette retraite! Il me semble que je n’en ai jamais faite d'aussi bonne. J'étais si bien dans la solitude ! Et puis au Carmel, tout a uu caractère particnlier, Combien de fais je me disais: si ma bieu-aimée était ici, comme elle jouirait de pouvoir faire nue retraite à son goût, sans distraction exterieure, sous la conduite de Mères si éclairées qui vous apprennent si bien à
aimer le bon Dieu! J'ai pensé tout de mème que vous aviez fait une petite retraite en union avec votre petite fille, et j'ai beaucoup prié pour que vous en profitiez.
Mais enfin, ma chère maman, le beau jour est arrivé; vous pouvez penser que je ne dormis pas beaucoup la nuit qui l’a précédé. Ah! comme je fus contente quand je vis les premières lueurs de l'aurore m'annoncer que le jour de mes fiançailles était arrivé, qu'enfin j'allais fouler solennellement aux pieds toutes les vanités du monde, que j'allais m'unir à Jésus qui voulait s'unir à moi.
Au Carmel, la prise d’habit se fait, comme je vous l’ai déjà dit, avec beaucoup de solennité.
Toute cette cérémonie extérieure a un but surna- bé turel, qui est de faire bien comprendre à celle qui lai
en est l’objet, qu’elle renonce à elle-même, à la l nature et aux plaisirs de la terre, pour embrasser la les 1 pauvreté, le renoncement et la pénitence de la pe 4 religion. la | La postulante est parée comme une mariée; au pu Il monastère, on lui décerne tous les honneurs; elle se gi. préside au chœur, à la récréation, au réfectoire. pu | On orne sa place de fleurs, et toute la journée ona S pe li licence en son honneur. de | A midi, elle sort du monastère, elle demeure en cl 1 dehors de la clôture jusqu’à l'heure de la cérémonie. no :} 0 Alors, elle se rend à la chapelle extérieure, conduite gr l par ses parents. Sa 1 Là, elle a un siége d'honneur. Elle entend le en sermon de circonstance, puis elle revient à la porte qu conventuelle, laquelle étant ouverte, laisse voir la
toutes les religieuses on costume entier, manteaux blancs et voiles baissés, tenant des cierges à la Ce
Re
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jour est ormis pas comme je lueurs de fançailles nellement ue j'allais
comme je solennité.
ut surnacelle qui ème, à la brasser la nce de la
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entend le à la porte aisse Voir
main. La postulante entre. Après avoir embrassé ses parents, et salué l'assistance, elle baise à genoux un crucifix qu'on lui prése te, pour lui rappeler que ce qu’elle veut, c’est la croix du bon Jésus. Puis cor duite par la Révérende Mère Prieure, elle se rend au chœur, précédée de toute la Communauté qui chante pour elle: 0 Gloriosa Domina…
Au chœur, on lui adresse quelques questions ; après y avoir répondu, elle va, toujours conduite par la Révérende Mère Prieure, se dépouiller de tous ses vains ornements et revient revêtue de la robe de bure et de la toque (qui est une espèce de guimpe) ; elle porte aussi les alpargates ou sandales. Alors elle s’agenouille à la grande grille, et là, on bénit les habits, voile, ceinture, manteau, scapulaire, croix, et on l'en revêt aussitôt,
Quand la bénédiction est faite, elle se prosterne, les bras en croix, sur un tapis au milieu du chœur, pendant qu'on prie pour elle ; les prières étant finies, la Révérende Mère jette de l’eau béuite sur elle ; puis la touche de la main. Alors l’heureuse novice se relève et va baiser le milieu de l'autel du chœur, puis la main de la Révérende Mère Prieure ; et pendant qu’on chante le Psaume ‘‘ Qu'il est doux à des frères de vivre ensemble ”, elle va embrasser chacune de ses sœurs, ensuite elle revient s’agenouiller à la grande grille, la figure couverte de son grand voile et reçoit la bénédiction du Saint Sacreinent, laquelle étant donnée, les religieuses entonnent le Psaume ‘ Deus misereatur nostri,” qu’on chante en sortant du chœur, pour terminer la cérémonie.
Voilà l'exposition en gros de la prise d’'habit au Carmel, ma très-chère maman. Venons-en main-
en 0
tenant à vous parler de la mienne en particulier, à laquelle nos bonnes Mères ont voulu donner une solennité toute particulière. J'aurais voulu que vous eussiez êté iei, ma bieu-aimée, et que vous eussiez pu voir tous les soins que nos bonnes Mères out pris afin que tout fût bien pour leur enfant in Canada. Je vous ai déjà dit, ma chère mère, que notre Révérende Mère avait prié Monseigasur l'archevèque de me donner lui-mème le saint habit. C'était là nn grand honneur. Ici larchevèque est si universellement respecté, que sa présence à une cérémonie lui donne une tonte particulière solennité Monseigneur y avait consenti, mais nous ne comptions pas sur une épreuve que le bon Dien nous réservait,
Voilà que trois semaines avant la cérémonie, Monseigneur après s'être trop échauffé dans un disconss en plein air, que son grand zèle pour ses ouailles lui avait fait prononcer, est pris dans la nuit de douleurs si grandes, qu'on a été rempli de frayeur, croyant que ces douleurs étaient peut-être l'annonce d'une plus grande maladie. Comme nous avons toutes été inquiètes pendant longtemps pour une santé si précieuse ! Que de prières nous avons adressées au ciel pour la conservation de notre bon Père! Nous avons été exancées dans une prutie de nos désirs. Le danger qu'on eraignait a disparn mais Monseigneur est resté dans un état de laugueur et de douleurs rhumatisriles qui le tiennent inartif à la maison, bien contre son gré ; car il est rempli d'un grand zèle pour son troupeau, et il est doné d’une activité et d’une énergie naturelles qui sont peut-être bien la cause de ce qu'il n'est pas revenn, aussitôt que nous l’aurions désiré, à une parfaite
rticulier, à lonuer une voulu que , que vous naoes Mères enfant in mere, que miseisgoonr saint habit, evèque est senc à une iière solenais Nous ne bon Dion
cérémonie, é dans un le pour ses ris dans la rempli de it peut-èire mine nous #mp3 pour ons avons notre bon uue partie ta disparn e lauguour ent inactif est rempli il est doné squi sont as revenn, 1e parfaite
santé. Les panvres medecins ont de Ja peine à obtenir de Son Exeeilenes (file repos qui lui serait nécessite,
Mais pour en revenie à la cérémonie. IT était impossible de compter sur la présence de Monseigoeurs je le sentais bien et je me résignais à la volorte lu bou Dion, qui voulait m'envoyer cette épreuve d'autant plas pénible que j'attachais uu grand prix À voir les sauts habits bônis par un archevèque, uit rcprésentant du Saint-Père, un sucéessenr des apôtres.
Mais voyez la tndre délicatesse de notre chère Mère, Si vous l'aviez vue, on aurait dit que c'était elle-méêiune, que ce de-appointement touchait ; aussi fille tout pour en dedommager sa petite fille, sa petite Canadienne, Gomme elle m'appelle. Elle
écrivit une petite lettre à Monseigneur pour lui
donner à entendre, que S'il ne pouvait pas venir, comine nous ous y attendions, nous serions cependant bieu contenies qu'il voulñt permettre qu'on annonçat sur les petits billets d'invitation qu’on envoie dans ces occasions parmi les connaissances de la cominuuauté, la presence de Son Excellence, comme subordonnée à l'etat de sa santé : ‘Ainsi, ajoutait cette bonne Mere, on verra que si vous no pouvez, Monseigussr, donner vousmôme en persouue de saiut habit à otre chère enfantet honorer ainsi la fondatiün canadienne dont elle est la première flour, du moins vous Ini donnez de cœur cette beuedietiou par les mains de votre représentant,”
(1) Titre des archevêques de Reims
J’ai été bien touchée de voir cette tendre sollicitude de notre Mère. Mais je l'ai été encore plus quand j'ai vu que, non contente de ce qu’elle venait de faire, cette chère Mère a voulu encore que je ne fusse aucunement privée de la bénédiction épiscopale. En conséquence, dimanche, veille de la céré. monie, tous les Saints-Habits sont envoyés à l’'archevêché avec recommandation de choisir un moment où Monseigneur se trouverait moins souffrant, pour lui demander une grande béné diction. Monseigneur s’y est prêté avec une grande charité. Ainsi donc j'ai un Saint-Habit qui est béni par de bien saintes mains, celles de Monseigneur. Ce n’est pas tout, Notre-Seigneur ménageait toutes sortes de consolations à son indigne petite épouse. Il a permis que le remplaçant de Monseigueur fût un de ses Grands Vicaires, frère de notre Mère, qui faisait pour la première fois une cérémonie de ce genre, de sorte que comme vous le pensez bien, il y a apporté une attention toute particulière. Oh ! comme nos bonnes Mères prennent à tâche de remplacer, autant qu’il est possible, ma petite mère du Canada! vousle voyez, mère chérie, par tout ce que je viens de vous dire. Et combien d’autres traits de bonté touchante ne faudrait.il pas raconter pour vous faire bien connaître leur tendre sollicitude ? Je me bornerai à vous en raconter quelques-uns seulement pour vous rassurer sur le sort de l'enfant que vous aimez et qui vous aime tant, et pour vous porter à bien aimer aussi celles qui sont si bonnes.
Je vous ai dit, ma chère maman, en vous exposant la cérémonie, que les parents présentent eux-mêmes leur fille au Seigneur, en la conduisant à la porte
re sollicicore plus lle venait que je ne )n épiscole la cérénvoyés à hoisir un it moins ide béné ne grande t qui est le Monseiménageait one petite le Monseie de notre une cérée vous le ion toute prennent ssible, ma re chérie, t combien rait-il pas ur tendre raconter rer sur le ’ous aime ussi celles
s exposant ux-mêmes à la porte
d'entrée. Moi qui ne connaissais pas cette cérémonie, je m'inquiétais fort peu d’être seule, je me réjouissais même de ne pas vous y voir, à cause du sacrifice que cet acte aurait renouvelé dans votre cœur maternel. Mais nos bonnes Mères ne voulaient pas que leur enfant parûüt abandonnée. Alors notre chère Maitresse demanda à sa belle-sæur, Madame FE, L., une des premières dames de Reims, de vouloir bien servir de mère à la petite Canadienne ; cette excellente dame s’y est prêtée avec une grande bonté ; elle voulut même, aussitôt que la proposition lui fut faite, agir en véritable mère +t envoyer à la Communauté un gâteau de mariée pour honorer les noces de sa fille adoptive.
Mais comme j'avais sollicité longtemps d'avance, la grâce de faire en ce beau jour la dépense du rélectoire, et que nos Mères avaient bien voulu m'accorder ce plaisir, on a beaucoup remercié Madame L. Elle a de nouveau insisté pour un autre jour et il a fallu accepter ; seulement comme on avait eu des gâteaux pour deux jours avec ceux de la fête, on a demandé à cette bonne dame d'envoyer en place, des poissons ou des grenouilles ; alors elle a envoyé et des poissons et des grenouilles. J'étais bien confuse de tant de bonté; je l’en ai remerciée de mon mieux dans une petite lettre, mais j'ai surtout remercié le bon Jésus, que je bénis de tout cœur, d'avoir inspiré un si grand intérêt pour une tit» fille comme moi. Cette excellente dame est «ue vers deux heures et demie, une demi-heure äv:ut la cérémonie, pour faire un peu connaissance avec sa fille. Nous avons beaucoup parlé de vous, mère chérie, j'ai assuré madame L. de votre reconnaissance pour ce qu'elle faisait pour
votre enfant. Elle m'a chargée de vous saluer pour elle et a dit qu’elle prierait pour vous. Au moment de la cérémonie, à trois heures, elle m'a conduite par la main à la chapelle extérieure, au prie-Dieu. Il y avait un grand nombre de personnes qui, apprenant le pays de la postulante, étaient venues pour la voir.
Quand les Vèpres ont été récitées, notre bon Père Tourneur, notre Père confesseur, 4 donné le sermon. Ilen a fait un magnifique dont il a eu la bunté de m'envoyer la copie. On est en train de le copier de nouveau pour vous l'envoyer, ma très. chère maman, afin que vous puissiez aussi jouir un peu de cette belle fête.
Vous verrez, en le lisant, quel zèle ont nos bons Pères pour les âmes confiées à leurs soins. Je ne saurais vous dire, bien chère mère, tout le bien que ce cher Père Tourneur m'a fait depuis que je suis ici; aussi je l’aime beaucoup.
Le clergé était aussi très-nombreux, il y avait plusieurs grands vicaires, plusieurs autres prêtres et trois bons Pères Jésuites qui, apprenant la prise d'habit de la Canadienne, sont venus y assister pour remplacer le P. Braun à qui je n’ai pas pu apprendre la bonne nouvelle, n'ayant eu de lui aucun signe de vie depuis près de deux mois et demi.qu'il est venu. En tout, il y avait bien onze ou douze prêtres. Après le sermon, ils sont venus m’accompagner à la porte conventuelle suivis de toutes les autres personnes.
Quel bonheur pour mon cœur, ma très-chère maman! Comme il palpitait de joie de voir enfin s'ouvrir les portes de son cher cloître! Je ne puis assez vous le faire comprendre, je n'aurais jamais
us saluer vous. Au , elle m'a rieure, au e de perostulante,
otre bon donné le ila eu la rain dele ma trèsussi jouir
nos bons s. Je ne > bien que le je suis
L y avait es prêtres t la prise y assister ai pas pu u de lui k mois et bien onze pnt venus suivis de
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cru qu'il fûttel. On me le disait bien ici, mais j'étais loin de me figurer ce qu'il était. J'avais peine à contenir les transports de ma joie, quand ensuite j'ai été me dépouiller de toutes mes vanités, quand j'ai été revêtue de cette bienheureuse robe, de ce saint scapulaire, de ce voile béni, de tout enfin, et puis quand j'ai été prosternée sur le tapis ; oh! que je n’ai eu garde d'oublier celle que j'aime plus que moi-même! que de grâces j'ai demandées pour cette bien-aimée, qui ne vous est pas inconnue, pour mes frères chéris, mes oncles, mes tantes, pour Monseigneur l'archevêque, notre cher cousin, pour les petites cousines privilégiées de mon cœur : je les ai toutes demandées pour le Carmel, abandonnant tout. bien entendu, à la sainte volonté de mon Jésus.
Après la cérémonie, il a fallu aller au parloir se montrer à toutes ces personnes. Ca n’en finissait plus de recommandations. On m’appelait Ma Mère, très-respectueusement, ce qui me faisait un peu sourire. Puis quand tout le monde fut contenté, bien contente je me retirai auprès de mon Jésus, méditer sur le bonheur du jour.
Après souper, vint la récréation pendant laquelle je chantai ma joie en un cantique que j'avais essayé de composer et qu'une de nos bonnes sœurs avait eu la charité de corriger. Je vous l’enverrai dans une prochaine lettre.
Voilà, chère maman, l’histoire de ce jour à jamais béni. Il ne faut pourtant pas que j'omette un détail qui vous intéressera peut-être. Je vous disais que nos bonnes Mères avaient eu la bonté de me permettre de faire la dépense du réfectoire. C'était un grand plaisir pour moi qui aime tant à régaler
le monde, tenant un peu de vous, mère chérie, en cela ; malheureusement je nai pas pu avoir tout comme je l'aurais voulu ; nos Mères craignaient toujours que je ne fisse des extravagances, et notre sainte Règle ne permettant pas de choses recherchées au réfectoire.
Ce que nous avions donc, ce n'étaient pas vos beaux pâtés aux huîtres, vos blancs manges, vos gelées si délicates, ni vos bonnes charlottes russes. C'était bien simple cependant, sortant de l'ordinaire de la cuisine du Carmel. Nous avions des grenouilles, que j'ai trouvées excellentes, puis venait pour second plat des tartes au lait, c’est-à-dire, des espèces de custard, comme on dirait chez nous. Pour dessert, il y avait des fruits secs, des figues sèches. J'avais bien envie d’avoir des confitures, et j'avais prié notre Mère d’en faire acheter. Mais ne voilà-t-il pas qu'on me dit que c’est contre la Règle de manger des confitures au réfectoire !
J'aurais voulu vous envoyer un peu de gâteau du jour ; mais j'y renonce, pensant avec raison qu’il ne vous arriverait plus comme gâteau, mais comme pierre. Le mieux, c’est que vous veniez vous-même goûter du gâteau de la Carmélite à sa profession. Mais guérirez-vous pour cela? Mère chérie, soignezvous bien pendant tont l'hiver ; je suis inquiète sur votre compte.
Qu'avez-vous donc, ma bien-aimée ? Vous ne m'avez pas tout dit, bien sûr. Il faut que ce soit sérieux pour vous empêcher d'aller à Montréal. J'aimerais bien savoir plus de détails sur une santé qui m'est si chère ; ne manquez pas de m'en donner et surtout de suivre bien mes recommandations.
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t pas vos iges, vos >s russes.
ordinaire des greis venait dire, des €ez nous.
les figues nfitures, er. Mais contre la ire !
âteau du son qu'il s comme us-mème rofession.
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Vous ne e ce soit Montréal.
ine santé n donner tions.
Je vous envoie, en place du gâteau, quelque chose qui, je crois, le remplacera bien pour votre cœur de mère. Je pense que vous ne rejeterez pas tout-à-fait la phothographie ci-jointe. C'est à la bonté de notre Révérende Mère que vous la devez, ma chère maman. C’est elle qui a pensé à vous procurer cette consolation.
Ainsi donc, pendant que j'étais hors de la clôture, de midi à trois heures. une voiture m'a conduite avec une de nos sœurs tourières, ma sœur Clémence, chez un photographe. Pendant que l'opération avait lieu, je me figurais vous voir, ma très-chère mère, et en conséquence, je faisais un de mes plus beaux sourires. Mais je vois avec désappointement que j'ai voulu si bien faire que je n'ai rien fait du tout. N'importe, ma chère maman, vous y reconnaîtrez bien votre petite Thérèse de Jésus qui vous aime tant. Je me suis fait photographier avec tout le costume. Notre Mère a même désiré que je misse le voile noir de solennité ; ordinairement on porte un voile plus court, et pendant le noviciat on a un voile blanc...
Priez pour moi, afin que je reconnaisse tant de grâces que le Seigneur me fait.
Adieu, mère chérie, je ne saurais vous dire comme je vous aime dans le Sacré-cœur de notre aimable Maître. C'est dans cette demeure sacrée que je vous laisse, en me disant comme toujours,
Votre fille bien affectionnée,
Novice Carmélite indigne
Cantique chanté par Thérèse de Jésus le soir de sa prise d'habit.
(Sur l'air : ‘* Par les chante les plus magnifiques."')
Je chante la tendresse extrème
Du Roi des Cieux en ce'beau jour,
Qui veut de la pauvreté même
Devenir l'Epoux plein d'amour...
Mais trop faibles sont mes louanges...
Mon cœur désire d’autres chants :
Oh ! venez, célestes phalanges,
Aidez mes efforts impuissants.
LA
Jésus de la reconnaissance Toujours accepte l’'humble accent, L’humble merci de l’indigence
Et le bégaiement de l'enfant.
Ce tribut, son cœur le réclame
Oh ! que j'aime un devoir si doux !
Viens donc, à ton tour, à mon âme !
Redis l'amour de ton Epoux.
Trop longtemps je fus infidèle
A l'appel de mon Bon Pasteur :
Il me cherchait...et moi rebelie
Je fuyais loin du vrai bonheur .….
Et lui, malgré ma résistance,
Sur mes pas versait les bienfaits ; [l vit enfin mon inconstance
Céder à ses divins attraits.
C'était peu pour sa tendresse ; Jésus pour moi brûlait d'amour :
Il voulait, malgré ma faiblesse, S'unir mon âme sans retour.
Et plus tendre, plus ineffable
Sa voix m’enivrait de bonheur... … J’aimais mon Jésus tant aimable, Ses charmes ravissaient mon cœur.
Puis de bien loin, dans cet asile, Sa douce main me transporta ; La mer à sa voix fut docile
Pour son enfant du Canada.
Et je suis dans l'arche béuie, Abri des vierges du Carmel !...…..
Près de vous, famille chérie, Je ressens l’avant-goùt du ciel !
Il poursuit son œuvre si chère, Jésus mon époux adoré ;
Et du Saint Habit de sa Mère, Lui-même, il vient de me parer.
O Jésus ! à toi sans partage
Je m'abandonne en ce beau jour, Et je veux toujours davantage Pour toi me consumer d'amour.
A garder ma sainte promesse,
Tendres Mères, daignez m'aider ; J'attends tout de votre tendresse,
Et je ne puis trop espérer.
Ah ! je suis bien sous votre égide !
Près de vous, près de mon Jésus...
Vers son Cœur, votre cæur me guide... Que puis-je désirer de plus ?
Ah ! si j'avais de l'éloquence,
Il me s2rait doux de chanter
Cet élan de reconnaissance
Que j'ai tant besoin d'exprimer...
Mais vous comprendrez mon langage, Bien que l’art y soit étranger
Jésus seul est tout mon partage,
Je ne vivrai que pour l'aimer.
Et maintenant, Ô mon bon Maitre, Entends mes accents suppliants !
Viens, viens, m'aider à reconnaitre
Tant d'amonr, tant de soins touchants.
Pour mes sœurs, pour mes tendres Mères, Ton enfant réclame à genoux,
Tes dons, tes grac2s les pluslchères
Et ton souiire le pius doux.