‹ Une fleur du Carmel [microforme]Chapitre 165 sur 201 · Sa régularité et son courage · texte numérisé non relu

Sa régularité et son courage

On aurait dit, à la voir agir ou parler, qu’elle connaissait à fond tous nos règlements. Elle comprenait l'esprit de régularité d’une manière surprenante.

Jamais on ne l’entendit se plaindre du froid, de la chaleur, des inconvénients des saisons. Quand on la questionnait pour savoir si elle avait froid, elle répondait gaiement et simplement : ‘ On est heureux d’avoir un peu froid pour le bon Dieu,” et cependant il est certain qu’elle en souffrait beaucoup.

Elle portait si joyeusement toutes ses peines intérieures que nos Mères seules les connaissaient. On peut dire qu'elle avait un courage héroïque ; comptant pour rien sa faiblesse, elle aurait voulu suivre les exercices de la communauté toujours. Nos bonnes mères savaient la surveiller de près pour la faire reposer, quand elle en avait besoin. Elle était toujours prête à rendre service à ses sœurs ; mais quand l’occasion se rencontrait de lui en rendre à elle-même, elle était d’une confusion, d'une reconnaissance impossible à rendre.

Je n’oublierai jamais l’exemple de courage qu’elle nous a donné le samedi avant-veille de sa mort. Tous les samedis, pour honorer la sainte Vierge, mère et patronne de notre saint Ordre, nous chan-

tons le Salve Regina, en grande cérémonie ; nous nous revêtons de nos manteaux blancs, chacune porte un cierge. Notre chère petite sœur était si faible qu’une de ses compagnes de noviciat voulut lui plier son manteau, mais la chère enfant lui fit tout plein de signes de remerciments, sans consentir à recevoir ce petit service. Un autre de ses compagnes usa d’un peu de ruse, pour lui enlever le manteau par derrière ; elle ne fut pas plus heureuse. À chaque tentative, la chère petite lui faisait un signe de supplication qui voulait dire: ma sœur, pour l'amour du bon Dieu, laissez-moi faire, je le plierai bien seule. On dut le lui abandonner pour ne pas la contrarier. Elle avait admirable. ment bien compris, et surtout bien pratiqué ce que notre Maîtresse nous répétait si souvent au noviciat, que chacune doit se regarder comme la petite servante de l1 communauté.

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