‹ Une fleur du Carmel [microforme]Chapitre 182 sur 201 · LETTRE CIRCULAIRE · texte numérisé non relu

LETTRE CIRCULAIRE

Sur la mort de la Sœur Hermine Emilie Marie Angèle de l'Eucharistie, adressée aux Carmels de France par la Révérende Mère Prieure du Carmel de Montréal.

JM+IT.

Ma Révérende et Très-Honorée Mère,

Paix et très-humble salut en N.S.J. C. qui vient d'aflliger sensiblement nos cœurs, en ajoutant une nouvelle et douloureuse épreuve à celles que sa

main paternelle a voulu imposer à cette pauvre petite fondation, si récente encore et qui, cependant, a déjà tant souffert !

Le divin Maitre vient d'appeler à Lui notre chère et bien-aimée Sœur Hermine Emilie Marie Angèle de l’Eucharistie, Professe du Carmel de Reims (France), âgée de 32 ans ? mois et quelques jours, et de religion 12 ans 7 mois et quelques jours. Notre petit nombre, les besoins d’une fondation à peine au berceau etles qualités précieuses de notre chère enfant, tout contribue à nous rendre cette perte extrêmement sensible. Mais enfin, Dieu le veut! et ce qu’il veut et ce qu'il fait, c’est toujours pour le plus grand bien de ses enfants. Cette pensée nous soulage et laisse notre âme dans la paix douloureuse de la résignation.

Ma Sœur Marie Angèle, née dans le diocèse de Soissons (France) perdit sa bonne mère à l’âge de huit ans. Elle fut confiée à une pieuse demoiselle qui l’entoura de soins affectueux et vraiment maternels et qui s’appliqua surtout à former son jeune cœur à la piété et aux vertus solides.

Ce fut un grand bonheur pour cette pauvre petite de rencontrer une éducation aussi sage, et le Seigneur la conduisit sans doute lui-même, vers celle qui devait préparer les voies à la vocation sainte où il l’appellerait un jour.

Extrèmement vive, gaie, espiègle, d’un extérieur très agréable, le monde aurait pu exercer sur cette enfant une influence dangereuse, mais la pieuse maitresse veillait à tout et sut la préserver des périls qui pouvaient menacer son innocence.

La jeune élève aimait et respectait sa chère maîtresse, dont les vertus éminentes ne se. sont

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jamais effacées de son souvenir ; ce souvenir fut souvent pour elle un stimulant pour franchir quelque pas difficile.

Malgré son enjouement, malgré sa légèreté apparente et les aimables et nombreuses petites malices qu'elle faisait subir à ses compagnes, Hermine néanmoins réfléchissait sérieusement : ainsi à l’âge de 12 ans elle se consacra à la Très Sairn'e Vierge qu'elle aima toujours comme une enfant chérit la plus tendre des mères. Ce fut sans doute sa fidélité à cette première grâce, ce fut ce premier élan de son jeune cœur vers Marie, qui lui mérita la protection de celle qu’on n’invoque pas en vain et qui la rendit victorieuse dans la lutte que lui livra le monde.

Bientôt commencèrent à poindre dans son âme les premiers germes de la vocation religieuse ; pendant une retraite qu'elle suivit avec ferveur, la chère enfant se détermina sans retour. Elle sera religieuse, elle séra Carmélite.. le besoin d’une vie complètement séparée du monde, d’une vie de pénitence et de prière fixa son choix : c'est au Carmel qu’elle rencontrera ce que son cœur désire.

Un obstacle cependant l’arrêta un instant : elle aimait les missions étrangères, elle aurait voulu y consumer et ses forces et sa vie. or, au Carmel on n’est pas missionnaire : les filles de Ste Thérèse ne vont poini instruire, ne vont point évangéliser les petites sauvagezses, soigner, exhorter, assister les malades, les moribonds des peuplades sauvages. faut.il donc songer aux filles” de St Vincent de Paul ? Nou ! son attrait est prononcé, sa vocation positive, c’est le Carmel qui possède toutes ses affections. Elle sera donc Carmélite... et, si elle ne peut se

transporter à l'extrémité du globe pour y exercer son açostolat, elle a compris que le Carmel est, lui aussi, un ordre apostolique, un ordre missionnaire, sinon par la parole, du moins par la prière et par le sacrifice. Elle ne se doutait pas alors, la chère enfant, qu'un jour elle serait appelée à une mission lointaine, qu’elle traverserait les mers et viendrait au Canada donner sa vie aux âmes de sa patrie adoptive.

Admise au Carmel de Reims, elle parut d'abuid extrêmement timide. Peu à peu. elle se développa etse montra très intelligente, adroite, d’un jugement droit, s’acquittant avec soin des offices qui lui furent confiés, spécialement de celui de seconde portière : sa boune Mère Prieure avait pour elle beaucoup d'estime et lui témoïgnait une grande confiance.

Douée d’une foi vive, d’une piété tendre et affectueuse, d’une dévo'ion toute spéciale envers l'Eucharistie dont elle éiait heureuse de porter le nom béni, elle connut peu les épreuves de la vie spirituelle. Elle s’appliquait facilement à l’oraison dans un profond recueillement, et savait trouver Dieu et sa sainte présence au milieu de ses occupations. Souvent, très souvent elle s’entretenait avec sa bonne Mère du ciel, avec son Ange Gardien qu’elle aimait aussi beaucoup.

Sa santé, sans être des plus robustes, lui permit toujours cependant d'observer exactement toute la règle du Carmel, et quand quelque souffrance lui était envoyée, elle saŸait la porter avec courage. Pendant son postulat elle se brula le pied d’une manière effrayante, Elle n’en dit rien et continua tout le jour à assister à tous les exercices de

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communauté, Matiues, etc... Le lendemain il lui fut impossible de poser le pied par terre, et au reproche qu’on lui fit de n'avoir pas réclainé les soins que demandait sca état, elle répondit qu'elle avait craint de contrister la sœur qui avait été la cause involontaire de cet accident. Les suites en furent si graves qu’elle dut rester au moins six semaines à l’infirmerie pour se guérir.

Ainsi s’'écoulèrent les premières années de la vie religieuse de notre bien aimée Sœur. Calme et paisible, appliquée à ses devoirs et au travail de sa sanctification, aimant la prière et jouissant avec bonheur de la grâce de sa chère vocation.

Cependant un grand évènement se préparait, Dieu avait résolu la fondation du Carmel en Canada et la Providence disposait de loin toutes choses pour l’accomplissement de ses desseins.

La jeune canadienne qui en fut le premier instrument, sollicitait notre concours et nous pressait vivement de passer en Canada pour y établir le Carmel, dont elle voulait être la première pierre vivante.

Sur nos refus réitérés, elle prit ellemème le chemin de la France et vint bientôt frapper à la porte du Monastère de Reims, accomplissant son immense sacrifice avec le courage et l'énergie d’une âme héroïque : sa course ne fut pas longue, mais elle fut pleine et l’on peut lui appliquer la parole de l’Ecriture : qu’en peu de temps elle a fourni une lo::gue carrière. Le Seigi eur la trouva sans doute mûre pour le ciel et se hà a de cueillir cette petite fleur, à peine éclose, et portant déjà le doux parfum d’une sainteté avancée.

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Après la mort de ma Sr Thérèse de Jésus, les négociations pour la fondation canadienne ge renouèrent plus sérieusement que jamais, Elles réveillèrent chez ma Sr Marie Angèle tous ses anciens désirs des missions étrangères. Parlait-on du Canada, on la voyait rayonnante de bonheur, et si la lecture d’une lettre annonçait l'avancement de l'œuvre, ses yeux s'illuminaient alors comme deux étoiles... la seule vue d’une lettre, dont elle ignorait encore le contenu, la mettait toute en joie et en ferveur.

Ce -fut long, bieu long ; le Carmel de Reims refusait, les difficultés surgissaient et le projet demeura longtemps douteux. La petite missionnaire priait, priait encore, priait toujours, en même temps, nons le supposons, que la petite Fleur du Carmel, de son côté, priait au ciel.

Dès ce temps-là, le cœur de ma Sr Marie Angèle vivait au Canada : elle l’occupait au Canada : elle s’occupait beaucoup devant Dieu, des jeunes personnes que sa bonté dirigerait vers nous, et elle disait à l’une de ses compagnes de voyage : ‘ Ma ‘“ Sœur, prions beaucoup pour les petites canadien- “nes qui nous attendent là-bas : ces chères enfants, ‘ comme nous les aimons, comme il nous tarde de ‘ les connaître ! ”

Enfin les obstacles s’aplanirent, la fondation fut acceptée, le voyage fixé et quelques mois plus tard le départ se réalisa. Notre bien-chère Sœur sentit vivement, comme nous toutes, le sacrifice de la séparation. Quitter son cher berceau religieux, quitter uné inère chérie, des sœurs bien-aimées pour ne les revoir qu’au Ciel, c'était dur pour son cœur, c'était rude pour tous nos cœurs !… enfin

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Dieu le voulait !… Peu avant de partir, la chère enfant disait à sa compagne : Ma Sœur, ne perdons rien de notre sacrifice, faisons-le avec toute la pureté d'intention possible, afin de rendre plus de gloire à Notre-Seigneur.

La traversée fut assez difficile : plusieurs d'entre nous souffrirent beaucoup du mal de mer, ma Sr Marie Angèle fut la moins maltraitée. Elle était heureuse de soigner les pauvres malades, de concert avec ma Sœur l'infirmière, qui pouvait, elle aussi, vaquer un peu à son office.

Enfin après trois longues semaines de voyage, dont 15 jours sur mer, on aborda à Québec, qui nous apparut comme une vraie t2rre promise, après 40 ans dans le désert... . Ce fut le 6 mai, jour de l’Ascension, 1875.

On fit une petite halte chez les excellentes Mères Ursulines, qui nous firent l’accueil le plus fraternel, et nous offrirent la plus gracieuse hospitalité. Il fallut trop tôt se quitter, mais les cœurs demeurent unis dans la charité de Jésus-Christ Notre-Seigneur.

On partit enfin pour Montréal, et l’arrivée fut saluée par un affreux orage : un tonnerre effrayant, le ciel tout en feu, une pluie torrentielle, les éléments semblaient conjurés contre nous.

Nous arrivâmes saines et sauves à l'Hôtel-Dieu vers dix heures et demie du soir. Les bonnes Mères de cette pieuse communauté avaient sollicité à l'avance la faveur, disaient-elles, de nous posséder chez elles jusqu’à notre installation. Elles nous reçurent avec la charité'la plus cordiale et nous conduisirent au chœur pour rendre grâces à Dieu et à la Très-Sainte Vierge. Après une légère collation, nous nous retirâmes dans les chambres

qu'on nous avait préparées et l’on essaya de prendre un peu de repos que les excessives fatigues du jour rendaient si nécessaire.

Nous passâmes nn mois dans cette sainte Maison : nous nous y trouvions en famille, et les exemples édifiants, l'esprit religieux que nous trouvâmes dans cette fervente communauté se sont gravés dans nos cœurs avec les soins affectueux dont nous fûmes l’objet de la part de nos bonnes Mères. Les relations les plus amicales, n'ont cessé d'exister entre nous, et se continueront à l'avenir, nous en avons la douce confiance.

On nous préparait cependant un petit logement provisoire, bien pauvre, bien étroit, c'était le petit Bethléem du Carmel Canadien. On nous y conduisit en procession, avec le St-Sacrement qui devait être déposé dans notre petile, toute petite chapelle.

Quand tout le monde se fut retiré et que la porte fut refermée sur nous, comme le cœur était à l'aise de se retrouver en clôture ! Nous étions là, seules avec notre Jésus Jésus tout près de nous, Jésus pour nous, uniquement pour nous, ses six pauvres petites épouses... ce fut un moment de bonheur inexprimable.

Notre bonne Sr Marie Angèle se mit alors à l’œuvre avec tout son cœur. Elle était si contente ! Comme dans les commencements de toute fondation, elle eut lieu de se dépenser dans les différents emplois qui lui furent confiés. Elle était dépositaire, elle répondait au tour, puis n'ayant pas alors de sœur converse, elle se chargea du soin de la cuisine. Le tour surtout était bien difficile, elle dut trouver dans cet office une source abondante de

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mérites. Étrangères, éloignées de la ville environ d’une lieue, ne connaissant ni les personnes, ni les usages du pays, nous nous trouvions exposées à bien des méprises, à bien des embarras. La divine Providence nous vint en aide par quelques personnes, qui voulurent bien s'adresser à nous.

Notre chère enfant fut fort souffrante pendant tout l'été : elle subit sans doute l'influence du changement de climat ; des vomissements réitérés et d’autres indispositions la fatiguaient souvent.

Les sujets se présentèrent bie@tôt nombreux, trèsnombreux. Pour nous mettre en état de les recevoir, il fallut songer à ajouter une aile au petit bâtiment que nous habitions, en attendaut qu’on pût nous construire un Carmel régulier.

Sur ce grand nombre de jeunes filles, sept furent choisies et entrèrent au Carmel les premiers jours de novembre. — Les pauvres enfants n'avaient aucune idée de notre genre de vie, tout leur semblait bien nouveau, bien étrange. Elles s’apprivo'sèrent cependant et quatre d’entr'elles prirent l’habit. Sur les sept premières postulantes une seule néanmoins est Profes e aujourd’hui, avec quelques autres qui vinrent la rejoindre plus tard.

Nous n’étions hélas qu’au commencement de nos épreuves... une série de souffrances et d’angoisses allait s'ouvrir devant nous et des circonstances navrantes, que nous sommes forcées de taire, mirent la fondation à deux doigts de sa perte.

Ce sont des faits si extraordinaires que les détails en paraîtraient incroyables, s’il nous était possible de les raconter. Ge que nous pouvons dire, c’est que tout cela s'est passé avec d’indicibles angoisses pour nous, d’une part, et de l’autre, avec la recon-

naissance la plus vive envers Dieu, pour les soins providentiels de sa bonté, qui a fait de véritables miracles.

Oui, ma révérende Mère, Dieu a fait pour nous des miracles.......et sans un miracle nous coulions inévitablement à fond. — Je le disais un jour à nos sœurs dans un moment de terrible détresse : ‘“ Mes enfants, c'est fini, sans un miracle la fondation croule......” et ce miracle, Dieu l’a fait quand tout semblait perdu !

En toutes renc@htres, notre bien-aimée sœur conservait son inébranlable confiance en Dieu et souvent, quand nous lui parlions de nos soucis, de nos craintes pour l'avenir, nous admirions cette éuergie de sa foi, qui la faisaient espérer contre toute espérance : c'était plus que l'espérance, c'était presque la certitude.

Nous l'avons dit, ma Révérende Mère, on forma le projet de nous construire un Monastère adapté à nos besoins, à nos usages... les travaux com. mencèrent en effet. Des circonstances fort graves vinrent entraver l’entreprise, il fallut suspendre, dans l'espoir toutefois de continuer plus tard.

Mais il n’en fut rien : il fallut céder à l'exigence de la situation et renoncer à un projet, caressé depuis longtemps et d:'enu désormais impossible : il fallut renoncer à un magnifique terrain, donné pour l'établissement du Carmel, sacrifier des sommes considérables, dépensées déjà à pure perte ; songer enfin àfdresser sa tente ailleurs......où ?....…. comment ?...... onsn'en savait rien, c'était le secret de Dieu...

Nous étions là, saules, abandonnées, sans secours humain, sans ressources, sans conseil, et comment

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entreprendre d'en donner en pareil cas ?.. Nous priions,nous faisionsen mème temps desdémarches : toutes les portes restaient fermées... une terrible crise financière qui, depuis plusieurs années pèse sur le Canada, rendait notre situation plus difficile, plus désespérante encore, si le chrétien, si l'âme religieuse surtont, pouvait jamais désespérer.

Nous nous vayions'sur le point d'être forcées de rendre à leurs familles nos chères petites novices et Dieu sait avec quelle douleur et pour elles et pour nous !.. Nons-mêmes, que ferions-nous ?.. repren drions-nous le chemin de la France ou demanderions-uous à la charité de nous accorder un asile ? nous n'en savions rien.

Nous en étions rendues à cette extrémité, ma Révérende Mère, quand, apparut dans le lointain l'étoile du salut.—Une pieuse dame, (1) qui voulait bien s'intéresser à nous, nous avait dit quelque temps auparavant, qu'elle possédait un petit terrain qu'elle mettrait bien volontiers à notre disposition, mais qu'il avait peu d'étendue, qu'à peine osait-elle en parler.—Je ne donnai aucune suite à ceci ; nous avions dans le moment d'autres vues qui échon&. rent ; nous nous rappelâmes alors le petit terrain en question, et nous fimes prier cette dame, que nous connaissions à peine, de vouloir nous accorder quelques moments d'entretien.

Dès que nous entrâmes en conversation, je découvris un cœur, mais un cœur, mais un cœur d'or... un intérêt, uns sympathie, un dévouement admirables. C'était l'ange consolateur que la Providence envoyait à notre secours, c'était l'instrument des

Madame Luissier, née Valois.

miséricordes diviaes sur ce pauvre petit Carmel... Or. examina, on mesura bien, en tous sens, on aurait tant désiré trouver quelques pieds de plus ! Enfin, un secoüd ange du Bon Dieu vint au secours du premier... le frère de cette dame, (2) ecclésiastique pieux et instruit, nous offrit sur son propre jardin, une bande de terre pour la construction de l'Église et des sacristies : leur main généreuse nous arrachait au naufrage, nous étions sauvées !…. Cette excellente dame daigna ajouter à la donation du ierrair, les frais de la construction de notre Eglise, dont elle veut bien se charger elle-même ; nous sentons ainsi s'augmenter au double notre dette de reconnaissance.—Qu'il nous soit permis ici, ma très-Révérende Mère, de faire appel à la charité de tous nos chers Carmels, pour nous aider à nous 8. quitter envers cette respectable famille, car nous nous sentons trop impuissautes pour le faire nous seules. Nous demandons àchacune de nos bien.

aimnées sœurs une dizaine de chapelet et une intention dans uue communion pour nos chers Bienfaiteurs et pour leur pieuse mère, qui est très-âgée et bien bonne aussi pour nous. Elle est aflligée depuis plusienrs années d'une cécité complète qu’elle supporte avec tout le courage d’une fervente chré tienne.

Veuillez de plus, ma Révérende Mère, nous accorder un souvenir devant Dieu, afin qu’il daigne achever son œuvre, et nous fire trouver les ressources nécessairos, pour couvrir les lourdes dettes auxquelles il nous reste à satisfaire pour les constructions du Monastère.

“2) Monsieur l’abbé E, L. A. Valois.

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Déjà de nombreux fideles ont bien voulu y contribuer et se rendre ainsi participants des prières et. des bonnes œuvres di Carmel. Envers eux aussi, nous avons une dette de profonde gratitude que nous osons encore confier à votre cœur. Qu'ils veuillent bien ici recevoir nos remerciements profondément sentis, pour le bien qu’ils nous ont fait, et ètre persuadés que notre chère défunte portera leur souvenir devant Dieu ; je le lui ai recommandé moi-même quelques moments avant sa mort.

Mais, ma Révérende Mère, malgré toute la bonne volonté des pieux Canadiens, la crise financière qu'ils traversent ne leur permet pas de faire ce qu'ils voudraient : veuillez donc demander à St- Joseph, notre tendre Père, qu'il contirue à se rendre notre céleste Pourvoyeur, et que, pour sa gloire, il achève ce qu'il a si heureusement commencé.

Et maintenant, nous l’habitons, ce cher Carmel,

dont chaque pierre estun monument de la bonté de Dieu, et redit par sa seule présence, un magnifique et continuel Deo gratias ! C'est de ce Carmel béni que, la première, notre chère fille, a pris son vol vers la Patrie, comblée des grâces de son Dieu, purifiée par la souffrance, par l'amour, par la grâce des Sacrements et celle du Jubilé ; puisse-t-elle n'avoir pas mis d'intervalle entre le dernier acte d'amour sur la terre et le premier que son cœur a produit en arrivant au ciel !

. Nous vous avons entretenues longuement, trop longuement peut-être, ma bien chère Mère, des épreuves et des douleurs, des joies et des consolation dont le Bon Dieu a parsemé les quatre années de notre séjour en Canada.

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