SERMON
prononcé par le R. P. Braun de la Compagnie de Jésus, à l'installation des Religieuses Carméliles dans leur monastère à Montréal,:le 6 juin 1875.
Sicut enim in uno corpore multa membra habemus, omnia autem membra non eumdem astum, ita multi unum corpus sumus in Christo, singuli autem alter alterius membra.
(Rom. 12)
Comme en l’unité de notre corps nous avons des membres très divers, lesquels n’exercent, pas tous la même fonction ; ainsi tous tant que nous sommes, nous ne formons qu’un seul corps en Jésus-Christ, et nous sommes membres les uns des autres.
Mes frères,
Dans la vie des peuples comme dans celle des
individus, il y a des temps où Dieu fait sentir plus particulièrement les effets de sa bonté et de sa miséricorde ; des jours de salut où il se plait à répandre avec plus d’abondance les fruits de la rédemption. Mille fois heureux le peuple qui accueiile ces faveurs divines, et ne laisse pas passer en vain ces jours de grâce et de bénédiction.
Hæc dies quum fecit Dominus: Ila lui sur nous, mes frères, un de ces jours que le Seigneur a faits ; exullemus et lælemur in ed: réjouissons-nous et tressaillons d’allégresse !
Pourquoi vous êtes vous réunis aujourd’hui dans
ce sanctuaire béni? N'est.ce pas pour reconnaitre
une grâce toute spéciale que Dieu vient d'accorder à notre catholique Canada, et surtout à cette pieuse cité de Montréal ?
Eu fondant le Carmel au milieu de nous, Dieu n’a-t-il pas ouvert pour nous tous une nouvelle source de dons spirituels ; une source d'où jailliront les eaux salutaires de la grâce, et où non seulement vous-mêmes, mes frères, mais encore vos enfants, et les enfants de vos enfants viendront puiser avec joie les consolations les plus pures qui puissent inonder des cœurs chrétiens ?
Mais pour comprendre l'importance surnaturelle d'un si heureux évènement, il est nécessaire de nous rappeler un dogme de la foi catholique, dogme que tous professent, mais dont tous ne saisissent pas la haute signification et l'immense étendue.
Dans ce glorieux symbole de foi que uous récitons tous les jours nous disons : ‘ Je crois la communion des sains” La communion des saints, mes frères, que dit-elle à nos esp.its? et surtout à nos cœurs? La communion des saints, voilà le dogme dont l'intelligence nous fera comprendre comment l’établiss:ment d’un Carmel dans notre cité, doit opérer parmi nous des prodiges de grâce et de bénédiction.
Expliquons le douc, mes frères, ce dogme si grand; et disons ensuite quelle est dans cette admirable communion la fonction du Carmel.
“ Je crois la communion des saints ” Qu'est-ce à dire ? Sur la parole de Dieu, je crois fermement que tous les membres de l'église sont unis entre
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eux ; que les bonnes œuvres que chacun pratique, aussi bien que les grâces que chacun recoit, profitent à tout le corps et à chaque membre.
Une admirable comparaison employée par l'Esprit. Saint lui-mème, nous fera mieux comprendre cette entière communication des biens spirituels entre les fidèles. Elle est tirée du corps humain.
“ Comme le corps naturel, dit Saint Paul, est ‘“ composé de plusieurs membres qui se rendent “ des services réciproques, ainsi le corps de Jésus- “ Christ qui est l'Église, contient un grand nombre “ de fidèles qui tous reçoivent leur action et leur “ influence de leur chef, et qui, bien qu'ils ne ‘“ soient pas aussi avantageusement partagés les ‘“ nns que les autres, s'entr'aident réciproquement, étant membres les uns des autres.
Le corps, dit encore Saint-Paul, à plusieurs membres, et chaque membre a sa fonction particulière ; mais tous ensemble ne font qu'un seul et même corps. Ils ont tous un mème chef. un même esprit, une mème vie ; leurs fonctions, leurs avantages sont pour le bien de tout le corps, tout concourt à une mème fin qui est la conservation du corps, les yeux voient, les oreilles entendent, les mains agissent, les pieds marchent pour tout le corps. En un mot, tous les membres coopèrent au bien les uns des autres, et se donnent dans le besoin tous les secours possibles.
De même, dans l'Église, tous les fidèles vivent du mème esprit, sous un mème chef, et sont unis entre eux dans leurs differentes actions. Chacun des fidèles prie, travaille, mérite pour tout le corps ; chacun aussi reçoit le prix des travaux, des vertus et des prières de tout le corps.
Jésus-Christ, notre père et notre chef, veut nous entendre dire * Notre Père, et non pas ‘ mou père ”; donnez-nous notre pain de chaque jour, et non pas mon pain de chaque jour. Non, ce n'est pas pour lui seul qu'un chrétien doit prier, mais il doit le faire pour tous ses frères, pour toute l'Église ; comme le membre, en agissant, agit non pour lui seul, mais pour le bien de tout le corps.
Tandis que nous nous livrons au sommeil, nous avons des frères qui veillent et prient pour nous. Bien des fois le jour, bien des fois la nuit, ils disent à Dieu pour eux et pour nous : ‘ Pardonneznous nos offenses, délivrez-nous du mal” Leurs prières attirent les bénédictions du ciel sur nos entreprises, elles détournent les fléanx qui nous menacent ; et qui sait ce que deviendraient tant d’âmes qui ne prient pas, si la miséricorde de Dieu n'avait suscité tant d'âmes qui prient pour elles.
Déjà dans l'antique loi le prophète royal disait : ‘ Je participe aux biens de tous ceux qui craignent ‘ Dieu et qui gardent ses commandements.” Qu'en sera-t-il donc de la loi nouvelle? ‘ L'Eglise, nous ‘ répond St Ambroise, prie en commun, en commun ‘elle travaille, en commun elle souffre, elle gémit ‘et fait pénitence en commun.” Quelle consolation pour un chrétien, pour un membre de Jésus-Christ, de savoir qu'il a part à tout ce qui se fait dans le corps de Jésus-Christ, aux prières des saints, aux larmes des pénitents, aux souffrances des martyrs, aux travaux et aux austérités des solitaires.
Chacun des fidèles peut donc dire, chacun doit dire (et est-il rien de plus consolant que cette doctrine): Je prie, je fais l’aumûne, je fais pénitence par toutes les saintes âmes qui font ces saintes
œuvres dans l'Eglise : leurs bonnes œuvres sont les miennes; la ferveur de leur prière et de leur pénitence supplée à la tiédeur des miennes; la solidité et l'éminence de leur vertu, à la faiblesse et à l’imperfection de la mienne : et Dieu, touché des saints gémissements que leur charité pousse vers lui pour moi, sans qu'elles le sachent et sans qu'elles me connaissent, m'accorde, dans sa miséricorde infinie, un accroissement de grâce qui m'élève à un plus haut degré de vertu, de force et de pureté.
Cependant,remarquons-le,mes frères,et puissionsnous ne jamais l’oublier, tous les membres de ce corps mystique ne participent aux mérites les uns des autres qu'en proportion de leur foi, de leur Charité et de l'union plus ou moins intime qu'ils ont avec Jésus-Christ ; comme dans une société où l'on fait de grands profits, ceux qui ont contribué davantage retirent des fruits plus abondants.
Tel est donc, mes frères, le dogme de la communion des Saints, de cette admirable union de l'Eglise militante sur la terre, avec celle qui triomphe dans les cieux ; union qui donne à nos prières et à nos œuvres la puissance de s'élever jusqu’à Jésus-Christ, et par lui à son Père; union pleine de grâces, qui, obtenant tout du Père, communique par Jésus- Christ, la béatitude et la gloire à tous ses élus, et à nous, voyageurs, la vie surnaturelle et toutes les bénédictions célestes.
Mais maintenant, quelle est dans cette merveilleuse communion la fonction du Cirm:l? Que devez vous par conséquent attendre d: ce Carmel béni qui va s'établir au milieu de vous ?
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La fonction du Carmel, mes frères, sa vocation, par conséquent, dans cette cité privilégiée, c'est d’affaiblir par l’immolation et par l'exemple les principes de mort qui minent les sociétés ; c'est d'obtenir par une continuelle prière la grâce qui assure aux sociétés la stabilité et la vie.
Comment direz-vous, l’action salutaire du Carmel affaiblit-elle les principes de mort qui minent la société ?
Un premier principe de mort qui la ronge, c’est l'amour déréglé des richesses : ne voyez-vous pas, mes frères, comment la basse cupidité, enchaînant les hommes à la terre, les empèche de s'élever, d'avancer vers leur fin dernière et de s'unir à Dieu, source de la vie? Ne voyez-vous combien cette cupidité produit de vices et de crimes, et combien une société deviest matérialiste et coupable, lorsque l'amour de l'or en est le mobile ? chacun ne pense qu'à ses intérêts propres ; il n’y a plus de charité il n'y a plus d'union ; la sombre jalousie, la cruelle envie, l'implacable haine rongent tous les cœurs, Elles entretiennent les plus pernicieuses divisions ; et ces divisions que peuveut-elles amener, sinon lo ruine de la société ?
Le second principe de mort pour la société, c'est l'ignoble sensualisme. Par le sensualisme l’homme devient chair ; bientôt il ne connait plus que la vie animale. 1! sacrifie tout à ses voluptés ; il n'est plus guidé que par ses appétits égoïstes ; il n’estime plus que ce qui peut lui procurer de nouvelles et plus sensuelles jouissances. Or, je vous le demande, mes frères, le dévouement ou la vraie charité, qui seuls peuvent tenir les hommes unis, peuvent-ils se trouver dans une société en proie à l'amour grossier
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de semblables plaisirs ? ne faut-il pas qu'elle meure ?
Enfin, l’orgueil est le troisième et le plus funeste principe de mort pour les sociétés. Comment pourrait-il en être autrement ? Par la plus absurde et la plus fatale contradiction, alors même qu'il se proclame indépendant, il veut asservir autrui et dominer toutes les volontés ; il refuse toute abéissance, il se révolte contre toute autorité ; il détruit donc, par conséquent, le fondement essentiel de tonte société.
Venez donc maintenant à filles du Carmel, et par vos immolations et par vos vertus, éloignez de notre cher Canada, repoussez loin de notre cité les trois fléaux qui nous menacent.
Savez-vous, en effet, mes frères, ie but que se proposent les humbles filles de sainte Thérèse ? Ames consacrées à Jésus dans la fleur de leur innocence, elles ont demandé, elles ont obtenu de vivre sous son étendard, la croix, pour combattre avec lui, la cupidité, le sensualisme et l’orgueil, ces ennemis de la gloire de Dieu son Père et de la vie des sociétés.
Pour combattre la cupidité, elles acceptent toutes les rigueurs de la pauvreté, toutes les privations ; elles renoncent à la possession de tous ces biens que les hommes recherchent avec tant d'ardeur.
Pour combattre la sensualité, et pour obtenir que Dieu mette un terme à tant de péchés, funestes effets des plus criminelles voluptés, elles infligent à leurs corps innocents les douleurs de la mortification, et choisissout de vivre au milieu des plus rudes austérités.
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Enfin ell:s combattent l'amour effréné de la liberté par la soumission la plus entière et l’obéis. sance la plus parfait: : par l'exercice journalier de l'humilité, elles font la guerre à cet orgueil qui ose s'élever contre Dieu.
Ainsi par la prat que des vertus opposées, elles diminuent la funeste influence des concupiscencs« sur le corps entier, par conséquent, sur chacur de ses membie:, et leur communiquent à tous quelque chose de cette foic: qui les a fait triompher ellesmêmes.
Voilà donc, mes frères, les principes de mort affaiblis dans le monde par les vertus et par les exemples de l'humble Carmel. Mais comment, en second lieu, cet ordre religirux, possède-t-il, dans sa contemplation, la puissance merveilleuse de faire descendre dans la société humaine la vie surnaturelle ?
La prière, mes frères, voilà la puissance du Carmel ; voilà par quel moyen, la silencieuse carmélite, éloigne du monde, appelle cependant sur le monde et sur les âmes, la grâce, sans laquelle le monde ne saurait durer ni les :'nes vivre.
C'est la prière qui appelie ia yrâce : c’est donc par la prière que la vie surnaturelle se répand et s’augmente dans la société qui forme le corps mystique de Jésus Christ. C’est par la prière que la vertu s’affermit et prend un nouvel essor.
Qu'elle est donc glorieuse, qu'elle est nécessaire à la société la fonction de ces âmes que Dieu s’est choisies etqu'il appelle à se consacrer spécialement à la prière, à la contemplation, à l’oraison.
La prière est la respiration de l'âme : elle attire, elle soutient, elle consacre la vie. Que la respiration
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cesse, le corps animal perd la vie ; que la prière vienne à cesser, ic corps mystique perdrait la vie ; que la prière se relâche, il y aura malaise, faiblesse etsouffrance. Or, Dieu dans son infinie bonté,veut qu'une vie plus abondunute se répande en nous ; il a donc choisi un certain nombre d’âmes d'élite, et il leur a donné pour fonction spéciale dans son corps mystique d'aspirer et de respirer cette viequi doit se communiquer à tout le corps.
Parmi ces âmes choisies se trouvent particulièrement les religieuses contemplatives, et parmi celles-ri, les Carmélites sont les plus anciennes dans l'Église. Consacrées spécialement à Celle dont la prière toute puissante auprès de Dieu, a fait descendre du ciel notre doux Rédempteur,elles sont, par excellence, l’ordre de Marie, Mère de grâces, et de vie toute divine. Leur fonction c’est de continuer dans l'Église la vie de Jésus et de Marie sur la terre, vie de prière aussi bien que d’immolation. Ainsi elles sont associées à Jésus et Marie, pour faire naître par leurs prières les âmes à la vie véritable, et concourir à l’œuvre de la rédemption et de la sanctification des hommes.
N'est-ce pas en effet par la prière des âmes pienses et vouées à la contemplation que Dieu s'est plu à opérer tant de miracles, et à rappeler tant de pécheurs à la vie de la grâce ? L'ancien et le nouveau testament sort pleins de ces exemples. Qu'Elie, le père du Carmel, ressuscite un mort, c'est à la prière d’une femme. Qu'Élisée, son disciple ressuscite un mort c'est encore à la prièra d’une femme. Et Saint-Paul nous dit : ‘ Acceperunt mulieres de resurrectione mortuos suos.” C'est par leur foi et leurs prières, aussi bien que par celles
de ces deux prophètes, que les femmes ont mérité que les enfants morts fussent rendus à la vie, Etdai:s le Nouveau Testament,Jésns ressuscite trois morts, dont deux à la prière de femmes pieuses : Jésus rend la vie au fils de la veuve. à la porte de Naïm ; les larmes de la mère éplorée avaient touché son cœur : il ressuscite Lazare, Marthe et Marie avaient prié pour leur frère, Voilà les morts qui ont été ressusrités par les prières de femmes pieuses. ‘ Acceperunt mulieres de resurrectionne mortuos suos.” N'y a-til pas dans notre sociélé, un grand nombre de morts à ressrsciter ? Parmi les personnes qui vous sont unies par les liens du sang et de l'amitié, n'y a-t-il pas des morts à rendre à la vie? Que les prières donc se multiplient et les résurrections à la grâce seront plus nombreuses parmi nous.
Elevez donc à filles du Carmel, vas cœurs et vos voix v:rs le ciel et que Dieu, tonché de vos soupirs, rappelle à la vraie vie tant d'âmes qui nous sont chères.
Dans le corps humain, les organes de la respiration sont intérieurs, mais leurs fonctions sont les plus importantes ; ce sont les fonctions vitales. On peut vivre sans voir, sans entendre mais non sans respirer. L'Eglise ne peut pas exister sans la prière ; la sainteté, la vie lui manqueraient.
Filles de Ste-Thérèse, âmes vouées à la prière, vous êtes les organes respiratoires de l'Eglise ; par vous et par toutes ces âmes à qui D'eu a confié la fonction presqu'exclusive de la prière, la vie se communique et se répand plus abondante dans le corps mystique de Jésus-Christ. Vous menez une vie obscure et cachée, vous êtes inconnues, on ne
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trois uses :
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voit pas vos travaux pour les âmes ; mais vos prières sont le salu’ d'un grand nombre de pérheurs ; voiia les rendez à la vie. Un jour on Île verra, ce qui a converti ce. Aa0mme, ce n’est pas la seule parole du prédicateur ; votre prière a obtenu que Dieu mi la vie dans celte parole. Un jour vous le verrez, et vous serez élonnées de le voir : un grand nombre d'âmes s'assembleront autour de vous, et ces âmes vous diront : c'est à vos prières que je dois mon salut, Alors s'accomplira cette parole : ** Quihubitare facit sterilem in domo matrem filiorum lætantem.” Dieu à donné à celle qui paraissait stérile la joie de se voir mère d'un grand nombre: d'enfants. En attendant demeurez toujours inconnues sur la terre, menez une vie cachée, et par vos prières obtenez toujours que Dieu répande la vie dans les âmes. Mes frères, un des plus illustres écrivains et philosophes de notre siècle nous dit quelle est la nécessilé de la prière pour le salut de la société Ecoutez ses paroles; et vous remercierez Dieu d'avoir appelé au milieu de nous les filles de Ste- Thérèse : * Je crois, dit ce philosophe chrétien, ‘ que ceux qui prient font plus pour le monde, que ‘ceux qui combattent, et que si le monde va de mal en pis, c'est qu'il y a plus de batailles que de ‘ prières. Si nous pouvions pénétrer dans îes ‘“ secrels de Dieu et de l'histoire, je tiens pour moi, ‘que nous serions saisis d’admiration devant Jes merveilleux effets de la prière, mème dans “ les chases humaines. Pour que la société soit en ‘repos, il faut qu'il y ait un certain équilibre, que “ Dieu seul connait, entre les prières etdes actions, ‘entre la vie contemplative et la vie active. Je ‘ crois, tant ma conviction sur ce point est forte,
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‘que, s’il y avait une seule heure d'un s ul jour ‘ où la terre n'envoyât aucune prière au cel, ce ‘ jour et cette heure serait le dernier jour et la ‘ dernière heure de l'univers.” (Donoso Cortès.)
Qu'elle est donc grande et nécessaire la mission de ces âmes que Dieu s’est choisies et qui se tenant, en quelque sorte, par la contemplation, entre le ciel et la terre, puisent dans de saintes méditations cette prière plus fervente et plus efficace qui attire sur nous les bénédictions célestes, éloigne de nous les calamités et la destruction !
Que le monde ne comprenne rien à l'utilité, à la nécessité mème de la vie religieuse et contemplative, soit ! Efforçons-nous,nous chrétiens, de comprendre l’une et l’autre. Le monde ne comprend rien à la contemplation des mystères de Jésus-Christ, à la retraite des cloîtres, à la vie silencieuse d’unar:ur surnaturel, sans partage et d’une prière qui ne cesse ni jour ninuit. Chose étrange ! ce sont les siècles et les pays qui ont le plus besoin des secours d’en haut, qui comprennent le moins la nécessité d’une pareille intercession auprès de Dieu !
Sans savoir pourquoi, peut-être par une instigation secrète du démon, ils détestent ces maisons de mortification et de prière, d’où s'échappent silencieuses, mais irrésistibles les forces qui aident l'Eglise à sauver le monde. La manifestation exté. rieure, le mouvement actif et visible de la charité chrétienne gardent leurs attraits, même aux époques les plus troublées: pourquoi faut-il que la notion de la charité, dans sa forme la plus surnaturelle, l'attitude de Moïse en prière sur la montagne, ou de Marie-Madeleine assise aux pieds du Sauveur, le sacrifice à sa plus haut: puissance, la continuation
par les âmes privilégiées des immolations de Gethsémanie et du Golgo ha, ne soient plus comprises que d’un très ptit nombre? comme si l'œuvre de notre Rédemption eut été complète par les seules œuvres de miséricorde extérieure du divin Maitre! comme si dans l’agonie et sur la croix, Jésus n'avait pas plus fait pour la gloire de Dieu et le salut du monde, que quand il rendait la vue aux aveugles et la santé aux malades !
L'action et la contemplation, Marthe et Marie, sont toujours l’une assise, l'autre empresséc et laborieuse, autour de Notre-Seigneur. Elles sont sœurs, et dans l’union d'un même amour elles travaillent, elles prient; elles se consument et s'immolent pour glorifier Dieu, sauver et sanctifier le monde. Mais, dans cette union, il y a subordination; mais dans cette union le ministère le plus excellent, le plus puissant sur le Cœur de Jésus, ce n'est pas celui de Marthe, c'est celui de Marie. ‘“ Marie a choisi la meilleure part.”
La religieuse contemplative est la victime par excellence. A chacune de ces âmes, élues entre mille et entre dix mille, le Sauveur peut dire : Souviens-toi que c'est un Dieu crucifié que tu as épousé, et qu'il faut que tu te rendes conforme à lui ; c'est pourquoi, les plaisirs de la vie ne sont plus pour toi ; car il n’y en aura plus pour toi qui ne soit traversé par ma croix. Tel est le langage de Jésus à toutes les carmélites, à toutes nos saintes pénitentes, à ces centaines, à ces milliers d'’âmes privilégiées, qui inconnues au monde et connues de Dieu seul conversent avec le ciel, à l'ombre bienfaisante du cloître. C'est là qu’elles ont caché leur vie dans la paix de Dieu, dans le Cœur-Sacré
de Jésus, qui leur fait trouver douce et délicieuse, l'austère pauvreté, la chasteté angélique et la parfaite obéissance. C'est là qu'elles pleurent pour ceux et celles qui ne pleurent pas ; c'est là qu'elles prient pour ceux et sur ceux qui oublient on refnsent de prier ; c’est là qu'elles demindent, et c'est là, mes frères, qu'elles obtiennent miséricorde pour les crimes publics et privés, pour les b'asphèmes, pour les violations incessantes de la loi divine : c'est de cette humble retraite que s'élance vers le ciel ce cri du cœur qui désarme le bras de Dieu et détourne ses foudres prêtes à frapper. En un mot, dans le silence et l'obscurité de leur monastère, ces âmes ignorées sauvent l'Eglise par leurs intercessions ; elles sanctifient les prêtres et les filèles ; elles obtiennent le secours des saints ; elles paralysent les efforts de Satan et de ses suppots ; elles gardent le Pape, le SaintSiège qu'elles aiment souverainement par iustiuct de grâce : elles sont dans l’ordre intérieur et mystique ce que sont dans l'ordre extérieur et mauif ste, les généreux défenseurs de la bonne cause, les troupes d'élite de Jésus-Christ.
Ainsi, mes frères, l'esprit de mortification, l'esprit de prière, voilà l'esprit du Girmel, voilà ce double esprit que Ste Thérèse, l'h:ritière ei la dépositaire de tout l'esprit d'Elie, a laissé à ses filles. Par la mortification, la Carmélite combat le monde; par la prière elle fait triompher la grâce et ressuscite les âmes à la vie véritable. Vie de mortification et de prière, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, voilà la vie de la Carmélite.
Comprenez-vous maintenant, mes frères, combien sont utiles pour la socièlé, ces commuuautés qui
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par leur piété, leur dévouement, leur charité, leur mortification, leur générosité, réparent tant de scandales et détournent ces rigoureux châtiments que les désordres du nonde attirent sur les cités ?
Tous donc, j'en ai li ferine assurance, vous salnez l'établissement de ce Carmel dans notre bonne ville de Montréal comme un don de la miséricorde de Dieu pour répandre la vie surnaturelle, multiplier l'esprit de prière, édifier les âmes, et attirer la bénédietion du ciel sur vous et sur vos familles.
Il est nécessaire, mes frères, de comprendre ces vérités. Il est nécessaire de nous affranchir de tant de préjugés et d'erreurs auxquels nous asservit le monde, Ne voyez-vous pas q'ie le matérialisme nous envahit, que le s-nsualisme triomphe au milieu de nous; que le luxe, non seulement s'étale avec orgaeil dans tous les rangs de la société, mais n’est pas toujours exempt de l'effronterie la plus scandaleuse ? Ne comprenez-vons pas encore que ces effets sont les signes avant-conreurs de la décadence et de la ruine de la société ?
Vous avengler-z-vous jusqu'à croire que vous échapperez à la loi générale, etque le matérialisme, le sensualisme et le luxe ne sont pas un principe de mort pour vos villes et vos campagnes. ‘
Où sont les âmes fortes et générenses qui opposent une digne au torrent ? [lv en a nécessairement dans une seciété chrétienne, comme la nôtre ; mais il faut qu'elles se counaissent, qu'elles se liguent, qu'elles se soutiennent. Si elles restent seules et isolées, elles seront vite entrainées. Si elles s'unissent, elles arrèteront le mal. Dieu suscitera parmi vous des vocatious, afin de lutter contre ces passions qui entraînent vers l'abime des âmes créées pour le
ciel. Le Carmel a pour but de faire remonter l'humanité vers Dieu, en faisant circuler plus abondante la vie chrétienne duns la société. Que les Âmes touchées de la grâce, pressées du désir de croître dans l'amour de Dieu, de s’immoler pour la conversion des pècheurs, que ces âmes s’empressent de répondre à l'appel Divin. Elles trouveront dans leur dévouement nn bonheur d'autant plus grand que leur sacrifice aura été plus parfait.—Ainsi soit-il.
TABLE DES MATIÈRES
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DÉAICACE ssssssue s vovovonne conso sosovve e sossoosee o sense e ess sites
La Fleur du Carmel présentée à S. S. Pie IX par Monseigneur l'Évêque de Montréal... MAN
Réponse de ROME se sossssous soso. rooones ve
Lettre de NAMUR l'Évêque de Montréal, .
PFÉfAOE sssosve aosvosone enevsenve ivsésie de Aux jeunes ‘filles du Canada ….