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vie. Dès sept heures du matin : elie s'était habillée pour venir à la messe ; elle pensait se remettre ensuite au lit pour la cérémonie. Elle ne savait comment expriner le sentinent de bonheur que lui apporta cette grâce ; son visage était radieux et la douce joie qui brillait dans ses traits, semblait laisser entrevoir une âme pénétrée de la présence de soñh Dieu et goûtant déjà dans son sein. un avant-goût de la paix du ciel.
Nous ne pouvions croire que notre bien-aimée Sœur dût nous quitter si tôt, elle paraissait encore si pleine de vie : cependant quelques petites crises nous alarmaient de temps en temps, mais elle se remettait assez vite.
Mercredi, 6, elle vint encore communier à jeun au chœur, (qui est en hau!) et après la messe, elle assista jusqu'au bout, à la cérémonie de Profession de notre cinquième petite novice canadienne.
Enfin, vendredi, 8, sans autres symtômes précurseurs, elle fut prise du râle vers quatre heures du matin. Elle assurait qu’elle ne souffrait pas, qu’elle se trouvait mieux que la veille ; la chère petite conservait toute sa présence d'esprit, elle remarquait tout, elle se rappelait de tout. Nous profitâmes de son admirable présence d'esprit pour lui proposer de recevoir de nouveau le saint Viatique : c'était mettre le comble à ses désirs.
Monsieur notre Aumônier si bon, si dévoué, le lui apporta vers 6 heures avec tout l’empresserment de sa charité. Le bonheur de notre heureuse enfant était complet, le nôtre aussi, je vous l'avoue, ma Révérende Mère, malgré notre douleur... Jésus venait chercher lui-même l’âme de sa petite épouse... elle allait rendre le dernier soupir pendant qu’il
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reposait encore dans son cœur! Le divin Sauveur n'aura-til pas purifié dans son sang les légères souillures qui pouvaient lui rester encore à expier ? n’aura-t-elle pas paru au redoutable tribunal toute couverte des mérites de son Jésns®.….. enfin nous nous berçons du doux espoir qu’il l’aura déposée au ciel !.. c'est là que nous la tronvons,.… c’est dans le sein de Dieu que nous aimons à venir la chercher. Elle était si bien préparée ! elle nous avait dit quelques instants avant de recevoir le saint Viatique avec une expression que nous n’oublierons jamais : ‘ O ma Mère que Jésus vienne dans mon cœur pour y faire tout. tout ce qu’il voudra ! ”
Elle était tout occupée de son Dieu ‘ Ma Mère, (nous dit-elle) il me semble que j'ai des ailes pour m'en aller ; mais quand le bon Dieu voudra, 5h ! oui, tout comme il voudra.”
Nous lui avions donné à boire et elle nous priait d’en ajouter un peu : sur le champ elle reprit : ‘ oh ! non ma Mère, s’il vous plaît, je ne veux rien demander, je ne veux plus avoir de volonté : Un peu plus tard nous lui présentâmes deux petites cuillerées d’eau. A la seconde elle dit : ‘ Je prends deux cuillerées pour honorer les deux natures de Notre-Seigneur.” |
Elle renouvela ses saints vœux avec tant d'expression que nous en étions toutes émues, elle répéta trois fois avec un ton qui ne s'exprime pas : Et ce jusqu'à la mort !..... et ce... jusqu’à la mort !... et ce jusqu'à... la mort... puis elle ajouta : ‘c’est en votre nom très-sainte,très-aimable,
très-adorable Trinité que j'ai répété trois fois : et ce
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Klle suivait, elle achevait senle les aspirations que nous lui suggérions, et s’unit très-bien aux prières de la recommandation de l’âme. Elle aperçut près de son lit une de nos postulantes et lui dit avec effusion : ‘ O ha Sœur Anne-Marie, comme il fait “bon mourir au Carmel!” Elle conservait sa gaieté jusque dans les bras de la mort, se grondant elle-mème de l'envie de dormir qu’elle ne pouvait dominer— tt C’est-:il honteux ! (dit-elle) de dormir ‘“ comme cela, grosse paresseuse, il faudra me donner la discipline pour me réveiller.” Pauvre enfan!, c'était le repos de l'éternité qui allait commencer pour elle !
Elle offrit le sacrifice de sa vie pour la sainte Église et son chef vénéré, pour notre pauvre France, pour le Canada sa patrie adoptive ; elle nous promit de ne pas oublier au ciel notre Saint Ordre et spécialement son bien-aimé Carmel de Reims ; elle se souviendra aussi de tous nos chers et généreux Bienfaiteurs.
Nous voudrions, ma bonne Mère, vous rapporter en détail toutes les paroles édifiantes que nous avons recueillies, ce serait trop loug, il faut nous borner : mais ce que nous ne pourrons jamais rendre c’est l'expression avec laquelle elles tombaient des lèvres ou plutôt du cœur de notre chère mourante. |
Peu à peu elle perdit la parole, mais non la connaissance, nous serrant la main à plusieurs reprises. Depuis longtemps déjà, elle était dans cet état, quand, tout-à-coup, sans même ouvrir les yeux, elle dit très-distinctement : Mon Dieu......mon Dieu. je vous donne mon cœur... Mon Dieu......je vous donne tout mon cœur,” ajouta-t-elle en pesant forte-
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ment sur chaque mot ; puis elle dit encore, d'un ton pénétré : ‘ Quoi donner à Jésus?” C'était un moment sublime... Cinq minutes après, elles ajoute : ‘ Je vais donc mourir ? ” ce furent les dernières paroles, la respiration baiss# bientôt et elle remit sa belle âme entre les mains de son divin Époux, sans effort, calme et paisible comme l'enfant qui s'endort dans les bras de sa mère ; c'était le vendredi 8, vers 9 heures et demie du matin, toute la communauté et nous présentes. Elle semblait sourire encore et l’on aimait à prier auprès d'elle.
Nous avons la douce et triste consolat.on de conserver dans le caveau du nouveau Monastère la dépouille mortelle de nos bien-aimées défuntes ; il semble, en quelque sorte, qu'elles ne s’éloignent pas de nous, nous irons souvent prier sur cette tombe chérie...
L’absoute a été chantée par Sa Graudeur Mons igueur Taché, Archevêèque de St-Boniface, en présence d'un nombreux clergé.
Nous avons la douce confianre que notre chère filie est déjà en possession de son Dieu, néanmoins, les jugements du Seigneur sont rigoureux et il exige une pureté bien parfaite des âmes qu'il a choisies pour en faire ses épouses... Nous vous prions donc, ma Révérende Mère, de vouloir bien faire appliquer, le plus tôt-possible, les suffrages de l'Ordre à notre chère sœur. Veuillez ajouter une communion de votre sainte Communauté, une journée de bonues œuvres, l’indulgence des 6 Pater, du Via Crucis avec quelques invocations aux SS. CC. de Jésus et de Marie, à St-Joseph. à notre sainte Mère et aux saints Anges objets de sa spéciale dévotion.
C’est au pied de la Croix que nous vous prions d’agréer nos respects et de nous croire bien affectueusement.
Ma Révérende et très-honcrée Mère, Votre humble sœur et servante en NS.
SR MARIE SÉRAPHINE du Div. Cr. pe JÉSUS.
De Notre Monastère de N.-D. Au Sacré-Cœur, sous le patronage de St-Joseph, de Ste-Thérèse et des Saints Anges, des Carmélites de Montréal, (Canada,) le 11 août 1879.