‹ Une fleur du Carmel [microforme]Chapitre 79 sur 201 · Ferveur. Examen particulier · texte numérisé non relu

Ferveur. Examen particulier

Monastère du Précieux-Sang, 5 Déc. 1870.

Que vous dirai-je en reconnaissance de votre bonne lettre, qui m’a rendue si heureuse? Mo cœur déborde de gratitude envers le bon Dieu, qui vous a inspiré de me faire un si grand bien. Il y avait déjà plusieurs jours que j'étais dans l'attente de votre lettre; aussi quel a été mon bonheur er reconnaissant votre écriture !

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Vous me demandez, mon cher Père, comment je goûte votre doctrine sur l'art de pratiquer la douceur et la charité.

Je vous répondrai dans toute la simplicité de mon cœur que je la goûte beaucoup etque je désire sincerement m'y perfectionner. C'est à quoi je vais m’appliquer pendant ce mois en préparation à la grande fête de Noël. J'éprouverai des difficultés, je le sens, mais j'ai confiance que le bon Dieu ne me refusera pas sa grâce, que je lui demanderai fréquemment par les oraisons jaculatoires; que vous m'avez aporises et que je dirai de tout mon cœur. Je me sens pleine de ferveur pour travailler à l'acquisition des vertus dont vous me parlez. Vous ne sauriez croire, mon Père, combien tout ce que vous me dites, me va droit au cœuret me fait prendre des résolutions, auxquelles je n'aurais jamais eu le courage de penser auparavant. Je remercie Notre Seigneur de ce qu’il vous a donné cette heureuse influence sur mon âme. L’acquisition de la douceur, de la charité, de la droiture et de la pureté de cœur sera le but que je me proposerai dans mon examen particulier, et je vous rendrai compte, dans une prochaine lettre, du progrès que j'y autai fait.

Ce que j'ai à vous dire sur le progrès que j'ai fait dans la douceur et l'empire sur moi-même depuis que je vous ai quitté, ne me satisfait pas comme je le voudrais. Quoique je n’aie pas souvent eu l’occasion de n'impatienter, (tout le monde est si bon.) cependant je dois avouer que plusieurs fois, j'ai oublié l'empire que je devais avoir sur moi-même. Mais je ne crois pas m'être découragée : et me rap: pelant les recommandations que vous aviez eu‘la bonté de me faire, j'ai essayé de tirer mon profit

spirituel de ces petites fautes, en demandant pardon à Notre Seigneur et en m'humiliant à la vue de ma fragilité.

J'ai fait, l’autre jour, une découverte qui m'a causé peine et plaisir. Je me suis aperçue qu’en reprenant un enfant de ses petites fautes, je satisfaisais plutôt un certain ressentiment que je conservais contre lui, qu’un vrai désir du bien de ce cher enfant. Tout en déplorant tant d’imperfection en moi mème, je me suis réjouie en même temps de ce que je l'avais reconnu; car n'est-ce pas une grâce que le bon Dieu me fait, de me montrer mes défauts ? Tout le reste va assez bien ; on me laisse une pleine liberté pour faire mes communions. J'en profite, et plusieurs fois dans la semaine. j'ai le bonheur de m'’approcher de la sainte table. Si quelque chimère vient me tourmenter, je n’en fais pas de cas, comme vous me l’avez dit, et je me sens plus tranquillisée. J’ose espérer, mon Père, que vous m’accorderez un peiit souvenir dans vos prières, afin que je puisse profiter de cet heureux hiver que je vais passer dans la solitude. Que de grâces le bon Dieu ne me faitil nas! Que de moyens de perfection ne me donne-t-il pas! Savez-vous, mon Père, que la pensée de tant de bienfaits reçus m'effraie quelquefois. quand je pense quelle perfection je devrais offrir à Notre Seigneur en retour de tant de grâces? Comment se fait-il que je sois si peu désireuse de seconder ies desseins si pleins d'amour qu’il a sur mon âme ? Mon Père, priez pour moi, afin que je ne sois pas trop ingrate.

Je suis en peine de vous dire sur quelle vertu je voudrais que vous m'entreteniez dans votre prochaine bonne lettre. Il me semble que vous pourriez

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savoir mieux que moi ce qu'ilme faut. Cependant. mon Père, comme vous m'avez recommandé de vous le dire, je pense qu'une bonne instruction sur l'humilité me ferait un grand bien, vu que je suis bien pleine d'amour-propre.

3. Besoin de direction. Résolution de vivre avec sa mère. Monastère du Précieux.Sang, 21 Déc. 1870.

Me voilà encore en frais de vous écrire ; je le fais en toute confiance, appuyée sur la permission que vous m'avez donnée, ou plutôt la recommandation que vous avez bien voulu me faire de vous écrire, quand je le désirerais. Mais, mon Père, pour que cette correspondance me soit utile, je voudrais bien savoir ce que je dois vous dire au sujet de mon intérieur. Tout mon désir est que vous connaissiez bien mon cœur; je vous serais donc grandement reconnaissante, si vous vouliez me dire ce que je dois observer dans mes lettres.

La semaine dernière, j'ai manqué plusieurs communions à cause de certaines inquiétudes, et ainsi privée de la grâce et de la force que j'aurais puisées dans la sainte communion, je me suis laissée aller à bien des impatiences et à bien des manques de charité.

Je lis et relis bien souvent votre bonne lettre, et je trouve qu’elle me fait toujours un grand bien ; car après l’avoir lue, je me sens toujours bien disposée à me corriger. Mais ce n’est pas dans un mois qu’on peut acquérir les vertus que vous me recommandez, et je sens que je n'aurai pas trop de toute l’année pour m'en rendre la pratique un peu fami

litre, Jusqu'à présent, je suis bien toujours la mème ; je suis bonne tant que le beau temps dure, ma belle humeur s'en va avec le premier vent de contrariété, Mais je ne perds pas confiance. Avec la grâce du bon Dieu, j'espère venir à bout de me corriger.

Je rencontre quelquefois une personne qui me taquine au sujet de ma vocation. Elle ne comprend pas que je puisse vouloir rester fille, vivant dans le monde avec ma chère maman. Elle est toute intriguée de me voir tant aimer le couvent, et cependant ne pas aimer à être religieuse. L'autre jour elle ne demandait tout sérieusement si vraiment j'avais l'intention de n’embrasser d'autre état que celui de rester fille, vivant dans le monde avec maman. Comme je lui répondais affirmativement, elle parut tout étonnée. Je la laissais dire et Je riais.

3. Inquiétudes et paix. Piété filiale el dévotion. Monastère du Précieux-Sang, 4 Janvier 1871.

Je suis bien rassurée au sujet des peines intérieures que j'éprouvais ; il est vrai, il me reste encore souvent une certaine crainte d'avoir péché, qui me fait beaucoup souffrir, surtout au moment. de communier; mais je tâche de calmer mes inquiétudes en disant au bon Dieu que je ne veux rien qui ne soit conforme à sa sainte volonté, et que j'aimerais mieux mourir que de l’offenser.

La sincérité de ces sentiments m'inquiète quelquefois, et je crains de n'avoir pas cette détermination bien arrètée de tout souffrir plutôt que de commettre le péché. Malgré toutes ces pensées, je vais

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