Action de la grâce sur le cœur d'Hermine
Dieu, dont la bonté dispose de tout pour la perfection de ses élus et dont la sagesse choisit toujours
les moyens efficaces pour arriver à sa fin, se servit de ce voyage pour accomplir ses desseins de miséricorde et de sanctification sur son enfant, pour lui faire connaître sa volonté et l’affermir dans les plus saintes résolutions.
Ce voyage, loin d’être une occasion de dissipation et de relâchement pour Hermine, lui servit à se détacher de plus en plus du monde, à s'unir plus étroitement à Dieu et à connaitre enfin que le bon Dieu avait sur elle d’autres desseins que ceux qu'elle s'était imaginé jusqu’à ce jour.
Ce fut pendant ce voyage qu'elle sentit surtout de l'attrait pour la vie contemplative et elle écrivait : Si le bon Dieu me faisait la grâce de me donner la vocation de religieuse, je choisirais de préférence une communauté contemplative.” Hermine était arrivée à l’âge, où le monde se présente avec les attraits les plus séduisants au cœur d’une jeune fille. Elle avait déjà été recherchée par des partis avantageux; on lui avait laissé entrevoir un heureux avenir dans le monde.
Plusieurs lui avaient répété qu’une jeune fille de son âge et de sa condition ne devait pas mener une vie si retirée; que c'était là se singulariser d’une manière ridicule ; qu’elle ferait bien de sortir et de ne pas tant fuir ces compagnies, où ne se rencontraient que des personnes vertueuses et où les plaisirs étaient innocents.
Hermine ne laissait pas que d’être sensible à tout ce qu’elle entendait. Elle pensait qu'il ne serait pas impossible qu’elle fit mieux en sortant un peu plus et en acceptant quelques invitations pour ne pas se singulariser ; néanmoins elle protestait towjours à Notre Seigneur qu’elle lui serait bien fidèle.
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Voilà ce qui se passait dans son âme, lorsqu'elle partit pou: la Floride. Ceux qui connaissaient son innocence et la sensibilité de son cœur étaient loin de désapprouver ce voyage; car c'était le seul moyen de soustraire cette enfant aux rapports plus fréquents et plus intimes qu’elle était exposée à avoir avec des personnes mondaines.
On sait qu’au Canada la saison de l'hiver est pleine de dangers pour les jeunes filles, même les plus vertueuses. Les circonstances où elles se trouvent, les rapports de parenté, de convenance et d'amitié leur font regarder comme un devoir d'accepter les nombreuses invitations qui leur sont faites; et elles ne se refusent pas d’assister aux brillantes soirées, aux bals et autres divertissements, où leur goût pour le monde se développe, où leur piété s’affaiblit, et où les sentiments les plus purs de leur cœur s'énervent, se ternissent, et finissent souvent par céder aux charmes et aüx attraits que présentent les sociétés mondaines.
Hermine, se rendant en Floride, échappait à tous ces dangers.
Elle se proposait, dès qu’elle serait arrivée au terme de son voyage, d'observer plus exactement que jamais son règlement, de ne jamais manquer aucune de ses prières, aucune de ses pieuses lectures, aucune de ses méditations.