Consolütions et épreuves
Sor admission et le nom qu’elle reçut furent pour Hermine une source d’ineffables consolatior s. ‘ Mon ‘ cœur, disait-elle, surabonde de jnie, à la pensée ‘que j'ai eu le bonheur d’être choisie afin de ‘ m'immoler au Carmel pour la sloire de Dieu et ‘ le salut des âmes. Je porterai donc le beau nom ‘ de la sainte Mère du Carmel. ‘fhérèse de Jésus ! ‘* Oh ! comme je m'efforcerai de devenir une ‘* véritable fille de sainte Thérèse, en aimant ‘: beaucoup Jésus, sa Croix et sa très-sainte Mère.”
Hermiue voulut commencer dans le monde à mener, autant que possible, la vie de Carmélite. Elle comprenait que les Carmélites étaient choisies afin de s’immoler par la prière et la mortification, en union avec Jésus-Christ, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Elle résolut donc de rester toujours intimement unie à Jésus Christ, d'offrir toutes ses prières, ses actions, ses souffrances, en union avec Jésus-Christ, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. De là, ce zèle, qui éclata en elle surtout dans les derniers temps, pour répandre à Québec les images du Sacré Cœur de Jésus et en
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propager la dévotion. ‘ Car, disait-elle, c’est par le Sacré Cœur de Jésus que Dieu sera glorifié et que les âmes seront sauvées.”
Elle avait recu de Reims le scapulaire du Carmel et elle le portait avec la plus grande dévotion.
On ne soupçonnaïit pas tout ce qu'il y avait dans son cœur d'amour pour Jésus et pour les âmes ; on ne soupçonnait pas que sous la robe de soie qu’elle portait pour ne pas se singulariser, cette enfant était déjà revêtue des livrées sévères du Carmel, et que tous les soupirs de son cœur étaient pour Jésus, pour sa croix, pour sa très-sainte Mère.
Hermine éprouvait de bien douces consolations depuis qu’elle était admise au Carmel, et qu’elle avait reçu le nom qu'elle devait porter en religion. Depuis ce temps elle signa du nom de Thérèse de Jésus P. C. L. (postulante Carmélite indigne) toutes les lettres qu’elle écrivit aux personnes qui avaient la connaissance de son secret. Sa joie était bien douce quand elle pouvait signer Thérèse de Jésus. Ce nom avait toutes ses préférences.
Toutefois ces consolations ne furent pas sans mélange. Jésus-Christ dit à ceux qui veulent venir après lui qu’ils doivent se charger de la croix. Il v a, en effet, des peines bien grandes et des croix bien lourdes pour ceux qui veulent le suivre. Il a soin de ménager des souffrances particulières à tous ceux qu’il appelle à s'attacher à lui plus étroitement. Thérèse de Jésus était appelée à suivre son divin époux dans la voie du sacrifice ét à s immoler avec lui. Elle aura donc part à Sa Croix , elle passera par des peines intérieures, dés inquiétudes, des désolations, que comprennent seulement ceux qui les ont éprouvées.
Dieu purifiait de plus en plus cette belle âme ; il la détachait plus parfaitement de la terre ; il la rendait chaque jour plus conforme au divin modèle.
Elle nous parle de ses peines et de ses angoisses, de ses désolations et de ses perplexités. On est tout surpris de voir avec quelle assurance et avec quelle droiture elle sait se diriger dans ces différents états. Pour comprendre d’où venait à Thérèse de Jésus ce sage discernement, rappelons nous qu’elle faisait ses délices de la lecture de Rodriguez et de la vie de saint Ignace.
Ce qu’elle remarquait le plus dans cette vie. c'était d'abord le zèle du saint pouf la gloire de Dieu et le salut de: âmes ; ensuite sa conduite pleine de prudence et de sagesse au milieu de ses troubles et de ses perplexités, dans les consolations et dans les désolations. Elle avait beaucoup réfléchi sur les règles du discernement des esprits, qui laidaient si puissamment à distinguer en elle les mouvements de la nature et ceux de la grâce, comme on peut le remarquer en plusieurs passages de ses écrits.
La lectüre de Rodriguez perfectionnait son jugement dans l'intelligence des choses spirituelles, et la préservait de cette dévotion purement sentimentale, qui égare un si grand nombre d’âmes.
Qu'il est touchant de l’entendre raconter tout ce qui se passe dans sôn cœur, ses inquiétudes, ses combats, son agonie, quand l'heure du sacrifice approche ! Comme on souffre avec cette chère enfant ! Mais aussi, comme on est édifié en voyant sà fermeté, sa confiance en Dieu, sa patience, son recours à la prière !
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Dans les consolations, quand son cœur surabonde de joie, elle reste humble. Dans les désolations, quand, suivant son expression, les eaux de la tribulation l’environnent, elle reste calme, patiente. confiante, elle prie : elle attend le secours de Dieu.
Quel que soit l’état de son âme, elle ne fait pas une seule fausse démarche. Ayant présentes à l'esprit les règles de conduite qu'elle a lues dans la vie de saint Ignace, elle les suivra toujours fidèlement ; et grâce à cette sagesse, aucun obstacle ne l’empêchera jamais d'avancer toujours vers le Carmel.
Ce qui étonne encore dans cette enfant, c’est 1a fermeté, le courage, l'énergie qui se développe en elle, depuis le jour de sa vocation. Ce n’est plus cette jeune fille timide, qui n'aime que la maison paternelle, qui ne peut se faire à l’idée d’être séparée de sa mère. Elle a compris que, pour donner à Jésus des preuves de son amour, il faut accepter tous les sacrifices et se séparer de ce qu’on a de plus cher. Son amour pour sa mère et sa famille, loin de s’affaiblir en elle, se perfectionnera et atteindra le sublime de l’héroïsme chrétien.
Thérèse de Jésus s'élève à des considérations surnaturelles :
“Je puis être plus utile et faire plus de bien à ‘ ma famille au Carmel que si je reste à Québec. “A Québec, je puis rendre quelques services, ‘procurer quelques consolations à maman et à ma “ famille ; et encore pour combien de temps ? Au ‘* Carmel, je prierai, j'offrirai ma vie. je m'immole- “rai à Dieu pour maman, pour mes frèr s e: pour ‘tous ceux que j'aime, et ainsi j'attirerai sur eux “ les bénédictions du ciel. Ge ne seront plus des
‘* consolations terrestres que je leur procurerai ; ‘ mais je veux leur obtenir des grâces surnaturelles ‘“ et célestes qui l’emportent sur tout ce qui est ‘* terrestre. Le bon Dieu bénira maman et mes ‘ frères en voyant la pauvre petite Thérèse de ‘ Jésus, qui suppliera pour eux, qui acceptera ‘ toutes les pénitences et s'imposera toutes les ‘“ mortifications, pour que maman soit toujours ‘ heureuse, pour que mes oncles et mes tantes, ‘‘ mes cousins et mes cousines et tous les membres “de ma famille restent toujours des enfants de ‘“ Dieu. Ainsi j'aimerai ma famille d’un amour ‘“ plus: véritable et plus parfait que je ne lai “ fait jusqu’à présent, et je lui serai beaucoup plus ‘utile en vivant au Carmel que si je restais à ‘ Québec.”
Voilà comment l'amour de Jésus avait élevé et perfectionné tous les sentiments de cette douce enfant.
Thérèse de Jésus ne veut plus agir que par amour pour Jésus. Cet amour lui dorne de la force, et cette jeune fille, si faible de corps et si délicate, étonne par son courage et son énergie. Pour obéir à la voix de Dieu, elle est déterminée à traverser seule l’océan : ‘ Il le faudra bien, ” dit-elle, ‘‘ si je ne trouve personne pour m'accomçagner, puisque le bon Dieu me veut au Carmel.”
Son cœur est brisé ; elle comprend, elle sent toute la grandeur et l'étendue du sacrifice ; sa détermination est un mystère qu’elle ne peut s'expliquer. Elle n’a qu’une pensée : ‘‘ Je veux Jésus, sa Croix, sa très-sainte Mère, et je ne dois reculer devant aucun sacrifice pour trouver ces trésors. Je les trouverai an Carmel ; rien au monde ne m’empêchera de m'y rendre : Dieu le veut ! ”
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