‹ Une France oubliéeChapitre 2 sur 16 · Chateaubriand · texte numérisé non relu

Chateaubriand

inoubliables dans son poème {VEvangèline : elle est cla-* sique — et ignorée.

A Québec même, ou Montréal, les Provinces Maritim (l'on désigne ainsi le NouAeau-Brunswick, la Nouvell Ecosse et Tlle du Prince-Edouard qui composent aujourd'hui l'ancienne Acadie), les Provinces Maritimes ne sont guère plus connues que, pour un Parisien, la Suède ou i la Norvège, bien qu'on puisse, grâce à Vlnter colonial, les atteindre en moins de vingt-quatre heures. Enveloppées par les brumes de Terre-Neuve et la grande houle de l'Atlantique, ces Provinces sont la patrie de cent cinquante mille Français demeurés fidèles à leurs traditions, malgré un siècle et demi de domination anglaise. Confondus, d'habitude, avec leurs frères de Québec, ils en diffèrent totalement, tant par leur histoire que par leurs aspirations : unie au Canada depuis 4867, date de la confédération des colonies britanniques de l'Amérique du Nord, l'ancienne Acadie lui était auparavant tout aussi étrangère que la Louisiane, et les deux nations n'avaient qu'une lointaine communauté d'origint), rameaux du vieil arbre gaulois depuis longtemps séparés.

La renaissance de ce peuple que l'on croyait éteint, est de date récente et tient presque du miracle : en 1755, au jour de leur exode, les Acadiens étaient environ dix-huit mille; en 1767, un recensement officiel n'en signale plus que douze cent soixante-cinq, ancêtres directs des cent cinquante mille répandus maintenant par petits groupes parmi des masses compactes d'Anglo-Saxons indifférents, sinon hostiles. Dans la presque impossibilité où ils se trouvaient de communiquer ensemble, ces groupes é'pars

s'ignoraient les uns les autres, et il n'est pas exagéré de dire que M. Rameau de Saint-Père, qui les visita pour la preniière fors en 1857, les révéla, non seulement au monde entier, mais encore à eux-mêmes, chaque communauté se croyant, ep quelque sorte, composée des seuls survivants d'une race disparue : « On avait bien entendu parler des Acadiens d'autrefois, d'un petit peuple pacifique arraché en pleine paix à ses foyers, dépouillé de tous ses biens, entassé dans des cales de navires et dispersé sur toutes les mers pour y périr, mais le monde se souvenait d'eux comme d'une grande traînée de sang aperçue un soir dans le ciel serein et aussitôt cachée pour toujours par d'épais nuages noirs... L'excès de leurs infortunes avait étonné le monde, puis le silence de l'oubli s'était fait sur leur tombe refermée, le grand silence de la mort, on les croyait à jamais anéantis*. » Les mœurs aussi étaient contre eux, et il y a trente ans à peine, les Acadiens n'osaient guère sortir de leurs cantons, de crainte d'être molestés, Arméniens qu'ils étaient de cette Turquie anglaise.

On s'attaqua, enfin, à notre langue; on essaya de la leur faire oublier. Le clergé irlandais, qui aurait dû se souvenir des persécutions dont ses compatriotes ont été l'objet en Europe, fut et est encore un adversaire résolu du français dans les Provinces Maritimes, de ce français, patrimoine des Acadiens qu'il faut aider, par tous les moyens possibles, pour qu'ils puissent transmettre intact à leurs enfants ce dépôt sacré.

Examiner la façon dont il est enseigné dans les écoles

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