Pascal Poirier
acadiennes, étudier les moyens de venir en aide à celles-ci, de manière à maintenir et accroître notre influence morale dans cette ancienne colonie, donner à ces Français, demeurés si fidèles, un témoignage de sympathie et s'efforcer de renouer les liens qui nous unissaient à eux, tout en s'attachant à ne pas froisser les susceptibilités du gouvernement qui les régit, tel fut le but de la mission que me confia « l'Alliance française » et dont j'apporte ici les impressions rapides, instantanées, pour ainsi dire.
Afin de mieux comprendre la situation présente du peuple acadien et d'essayer de pénétrer le secret de ses destinées, il convient, tout d'abord, de rappeler à grands traits son passé qui peut se diviser en deux périodes :
1° 1604-1713. Domination française.
2° 1713-1758. L'Acadie se trouve partagée entre la France et l'Angleterre. — Dispersion des Acadiens. — Domination anglaise.
Première période (1604-1713).
Domination française.
Jacques Cartier découvrit les côtes acadiennes en 1554, mais cinquante ans s'écoulèrent avant toute tentative de colonisation : une société s'étant créée à Paris sous le patronage du Roi, en vue de peupler la Nouvelle-France et d'en exploiter les richesses naturelles, quelques gentilshommes au nombre desquels se trouvaient MM. de Monts, de Poutrincourt, de Champlain et de Pontgravé, frétèrent quatre navires et s'embarquèrent au Havre, le 7 mars 1604, dans l'intention de reconnaître la péninsule nommée La
Cady, ainsi qu'il est écrit sur la commission royale octroyée en 1603 au sieur de Monts. Ils longèrent les côtes de cette presqu'île, pénétrèrent dans la baie de Fundy (jadis Baie Française) et, au printemps de 1605, créèrent au fond d'une belle rade donnant sur la baie, un établissement qu'ils nommèrent Port-Royal ; cet établissement qui, dans la suite, devint une ville, maintenant connue sous le nom d'Annapolis, est le plus ancien de ceux que fondèrent les Européens dans l'Amérique Septentrionale.
La colonie naissante végéta jusqu'en octobre 1613, époque où, en l'absence de M. de Poutrincourt, qui avait été nommé gouverneur et se trouvait en Europe, les colons anglais de Virginie armèrent une flottille et vinrent, en pleine paix, incendier Port-Royal. Ce désastre avait été réparé tant bien que mal, lorsqu'en 1621, de nouvelles difficultés surgirent du côté des Anglais ; le comte de Stirling
demanda au roi d'Angleterre (qui l'accorda d'autant plus volontiers qu'elle ne lui appartenait pas) toute la presqu'île
acadienne, à charge de la coloniser sous le nom de Nouvelle-Ecosse. Stirling s'empara de Port-Royal et y installa des colons écossais, mais l'entreprise ne réussit guère et la colonie continua de végéter jusqu'en 1632, quand le traité de Saint-Germain nous la rendit avec la souveraineté incontestée de l'Acadie; Richelieu y envoya alors le commandeur de Razilly « aux fins d'en restaurer et développer les établissements ». Razilly étant mort en 1636, la Cour nomma, deux ans après, M. d'Aulnay, gouverneur de PAcadie; ce dernier s'y fixa sans esprit de retour avec sa famille, et y vécut quinze ans chef d'une tribu de pasteurs. C'est de cette époque que datent, dans le pays, les
familles européennes régulièrement constituées, car auparavant, sauf peut-être quelques Écossaises, nulle femme blanche ne s'y était mariée et les premiers colons, alliés avec des Indiennes, avaient seulement formé un premier noyau de population métisse vivant de chasse et de pêche.
Peu de temps après la mort de d'Aulnay, la guerre éclata entre la France et l'Angleterre, et les colons du Massachusetts s'emparèrent de Port-Royal; sauf quelques établissements au détroit de Canseau que leur éloignement sauva, toute l'Acadie retomba au pouvoir des Anglais. Le traité de Bréda nous l'ayant de nouveau rendue en 1667, le chevalier de Grandfontaine en fut nommé gouverneur. Grâce à un recensement qu'il fît dresser en 1671, nous savons que toute la presqu'île contenait environ quatre cent quarante habitants de race blanche; et il y en avait plus de neuf cents en 1686, se multipliant ainsi par euxmêmes, sans le secours d'aucune immigration étrangère. Aussi se trouvèrent-ils bientôt à l'étroit dans Port-Royal, et le besoin de sécurité aidant (ils avaient été pillés en 1679 par les flibustiers et en 1690 par les Anglais qui emmenèrent même a Boston leur gouverneur, M. de Menneval), les Acadiens commencèrent à essaimer au fond de la baie de Fundy et y créèrent les colonies des Mines et de Beaubassin. Cette dernière était en pleine voie de prospérité, quand en septembre 1696, sept navires anglais débarquèrent quatre cents hommes qui brûlèrent et saccagèrent la plupart des habitations. La colonie se releva néanmoins rapidement de ce nouveau désastre. Quant au bassin des Mines, la fertilité prodigieuse de ses prairies formées
d'alluvions produisit de telles récoltes, que les colons arrivèrent en foule de Port-Royal.
La guerre ayant encore éclaté entre la France et l'Angleterre, une flotte partie de Boston se présenta, à l'automne de 1710, devant Port-Royal qui capitula le 13 octobre. La paix fut conclue en 1713, et le traité d'Utrecht consomma en ces termes la perte définitive de cette partie de l'Acadie :
« Article XIL — Le Roy très chrétien délivrera à la « Reine de la Grande-Bretagne... toute la Nouvelle-Ecosse « ou Acadie comprise dans ses anciennes limites et aussi la « cité de Port-Royal, appelée maintenant Annapolis-Royal... « et ensemblement, le domaine, la propriété et possession a de tous les droits que ledit Roy ou quelques-uns de ses « sujets peuvent posséder dans lesdits lieux, et les habi^ a tants en sont cédés et soumis à la Reine de la Grandece Bretagne...
« Article XIV. — Il est expressément convenu que dans a toutes lesdites places et colonies... les sujets dudit Roy « auront la liberté, pendant un an, de se retirer dans un « autre lieu à leur convenance, en emportant tous leurs « biens meubles ; mais ceux qui voudront y rester et estre a sujets du Roy d'Angleterre, jouiront du libre exercice de « leur religion, selon l'usage de l'Eglise de Rome, aussi « loin que les lois de la Grande-Bretagne peuvent le sup- « porter. »
A ces clauses, la reine Anne ajouta les concessions suivantes : « C'est notre vouloir et bon plaisir que tous ceux « qui tiennent des terres sous notre gouvernement, en a Acadie et Terre-Neuve, qui sont devenus nos sujets par
« le dernier traité de paix, et qui ont voulu rester sous « notre autorité, ayent le droit de conserver leurs dites « terres et tenures et d'en jouir sans aucun trouble, aussi « pleinement et aussi librement que nos autres sujets peu- « vent posséder leurs terres ou héritages, et aussi qu'ils « puissent les vendre de même, s'ils viennent à préférer « aller s'établir ailleurs. »
Il était donc entendu que les Acadiens pourraient quitter leur pays, non pas seulement dans le délai d'un mois, mais quand bon leur semblerait; la propriété de leurs biens leur était acquise, ils pouvaient les vendre et en emporter le prix pour aller s'établir où ils voudraient.
Les districts de Port-Royal, des Mines et de Beaubassin, qui passaient ainsi sous la domination anglaise, comptaient à cette époque une population d'environ deux mille âmes.
Deuxième période (1713-1738).
L'Acadie se trouve partagée entre la France et l'Angleterre. Dispersion des Acadiens. — Domination anglaise.
A partir du jour où, de par le traité d'Utrecht, les Anglais se furent définitivement emparés de la plus grande partie de la Nouvelle-Ecosse, il y eut, en quelque sorte, deux Acadies : la première, composée des territoires cédés, dont les limites étaient incertaines, avec, jusqu'à la création d'Halifax, Annapolis pour chef-lieu; la seconde, formée par le lambeau de presqu'île qui nous était conservé et les Iles Royale et Saint-Jean, que vinrent coloniser des Acadiens fuyant la domination anglaise, dont Louisbourg fut la capitale.
Ces deux régions de TAcadie démembrée eurent donc, chacune, leur histoire distincte qu'il convient de résumer séparément.
Acadie anglaise.
Malgré Tordre exprès de la reine Anne, cité plus haut, les gouverneurs anglais usèrent de tout leur pouvoir pour empêcher les Acadiens d'émigrer; en 1730, de guerre lasse, ceux-ci consentirent enfin à prêter le serment d'allégeance, mais à la condition formelle a de jouir du libre exercice de leur religion et de ne point prendre lés armes contre les Français ni les Sauvages ».
De là ce nom de French Neulrah (Français Neutres) sous lequel, par la suite, ils furent désignés. Les Acadiens ne devinrent réellement sujets britanniques qu'à dater de cette époque et, en échange du serment de fidélité, l'Angleterre leur garantissait la liberté de conscience, la possession de leurs biens et la neutralité, ce qui n'empêcha pas le gouvernement de songer déjà à les expulser, projet dont on retrouve des traces dans les dépêches officielles du temps.
Ce compromis, néanmoins, fut respecté jusqu'en d751, l'année où fut fondé Halifax ; c'est alors que le nouveau gouverneur Cornwallis, se sentant mieux armé que ses devanciers, exigea des Français Neutres un serment sans réserve. Ces derniers déclarèrent préférer quitter le pays, et ils le quittèrent en effet en si grand nombre pour passer dans TAcadie française, que le gouverneur, effrayé , du vide qui se faisait dans la colonie, cessa d'exiger le ser-
i6 UNE FRANCE OUBLIÉE.
ment absolu et parvint à capter encore la confiance de ces malheureux si attachés à leurs terres : cette confiance les perdit; elle les mena, cinq ans plus tard, à la catastrophe suprême dans laquelle le peuple acadicn sombra tout entier.
Acadie française.
Quand, en vertu du traité d'Utrecht, les Anglais se furent emparés de Terre-Neuve et de TAcadie de terre ferme, Louis XIV résolut de tirer parti des îles désertes qu'il s'était réservées. Dès cette même année 1713, l'Ile Royale (Cap- Breton) qui commande le golfe Saint-Laurent, fut visitée pour faire choix d'un port : on créa Louisbourg; l'année suivante, on le garnit de troupes et une partie des Acadiens vint s'y fixer; d'autres réfugiés s'installèrent dans l'Ile Saint-Jean (Prince-Edouard) et Louisbourg, devant servir de chef-lieu à ces différents établissements, fut fortifié.
Cette nouvelle Acadie, ainsi constituée, progressa jusqu'en 1745, époque où la guerre de la Succession d'Autriche ayant eut un contre-coup en Amérique, les hostilités éclatèrent de plus belle entre la France et l'Angleterre.
Les Français Neutres, fidèles à leur serment, ne se soulevèrent point et tout se réduisit, de notre part, à la prise de Canseau et à quelques tentatives devant Port-Royal qui ne se rendit pas; mais ces incursions alarmèrent les Bostonnais; ils comprirent que la possession de l'Acadie ne serait jamais que nominale pour l'Angleterre, tant que la France conserverait le Cap-Breton.
C'est pourquoi les colonies anglo-américaines levèrent une armée de miliciens qui, sous le commandemei^t d'un riche négociant nommé Pepperrell, et avec l'appui d'une flotte anglaise aux ordres du commodore Warren, partit en guerre contre l'Ile Royale. Cette véritable croisade des puritains contre le papisme, de volontaires peu aguerris contre de vieilles troupes d'Europe, semblait marcher à. une défaite certaine; elle réussît, cependant, contre toute attente : Louisbourg, mal défendu, capitula le 26 juin 1745, après quarante-sept jours de siège. L'Ile Saint-Jean tomba également au pouvoir des Anglais, et malgré la lamentable expédition du duc d'Anville, ces deux îles y demeurèrent jusqu'en 1748, époque où le traité d'Aix-la- Chapelle, qui mit fin à la guerre, nous les rendit.
Pour compenser la perte sérieuse qu'elle faisait en nous restituant Louisbourg, au grand désespoir des Bostonnais, l'Angleterre voulut affermir son autorité en Acadie, aussi, en 1749, elle fît construire de toutes pièces, et peupler de colons anglais et allemands, la ville d'Halifax.
C'est alors, on s'en souvient, que le gouverneur anglais exigea des Français Neutres un serment sans réserves. Notre gouvernement, instruit de ces vexations, mit la Cour britannique en demeure de procéder au règlement des limites demeurées indécises depuis 1713. Les commissaires des deux pays se réunirent à Paris, mais ne purent s'accorder, les Anglais réclamant tous les territoires qui s'étendaient de la Nouvelle- Angleterre, à partir du fleuve Kinibeki, jusqu'au Saint-Laurent; toute la rive droite de ce fleuve en descendant de Québec jusqu'à Canseau, enfin
toutes les côtes de Canseau jusqu'à la Nouvelle-Angleterre,
y compris celles de la Baie Françadse. Nos commissaires soutenaient, au contraire, que jamais TAcadie n'avait eu pareille étendue, et que ses limites étaient, d'une part, Canseau, qui devait demeurer français, et de l'autre, le cap de Sable; que c'était là ce que l'article douze du traité d'Utrecht avait compris sous le nom d'anciennes limites de l'Acadie, et qu'en y joignant le territoire de Port-Royal concédé par le même article, l'Angleterre ne devait avoir tout au plus que la moitié de la péninsule commuùéinent appelée Acadie.
Le» dfeux puissances s'étaient bien engagées à ne rien entreprendre sur le territoire contentieux avant le règlement des frontières, mais les Indiens, pendant ce temps, firent une telle chasse aux Anglais, que ces derniers, pour se protéger, édifièrent en 1750, à Beaubassin, le fort Lawrence, auquel nous ripostâmes par la construction des forts Beauséjour et Gaspareau, le premier situé également sur la baie de Beaubassin, à peu de distance du fort anglais, le second sur la Baie Yerte, enserrant ainsi la partie la plus étroite de risthme et commandant par là toute la presqu'île acadienne.
A peine ces forts étaient-ils construits, que des incidents de frontières survinrent, suivis d'escarmouches, faisant présager une prochaine rupture. Bien qu'on fût toujours officiellement en paix, le 1®"^ juin 1753, une flotte, venue de Boston, alla jeter l'ancre à deux lieues de Beauséjour. M. de Vergor, le commandant français, ne disposait que d'une garnison de cent cinquante hommes; il parvint à la renforcer à l'aide de quelques centaines d'Acadiens; ces derniers, par crainte de représailles, exigèrent des lettres
attestant qu'ils avaient été, sous peine de mort, contraints de se battre. Le 16 juin, Beauséjour fut obligé de se rendre, et l'arjicle IV de la capitulation portait textuellement : « Pour les Acadiens, comme ils ont été forcés de prendre les armes sous peine de la vie, ils seront pardonnés pour le parti qu'ils viennent de prendre. »
Mais le sort des Français Neutres était arrêté depuis trop longtemps pour que le gouverneur anglais Lawrence laissât échapper cette occasion d'en finir. Alors commença le grand dérangement, pour employer l'expression dont se servent les Acadiens en parlant du douloureux exode de leurs ancêtres. Ce fut le lieutenant-colonel Winslow qui reçut la mission de les chasser du bassin des Mines; le 14 août, il débarqua à Pigiguit (aujourd'hui Windsor), à la tête de trois cent treize miliciens de la Nouvelle-Angleterre, puis descendit à la Grand Prée et y logea ses troupes. Après s'être entendu avec Murray qui commandait au fort Edward, dans le voisinage, il fit, le 2 ^/septembre, afficher une proclamation enjoignant à tous les hommes, à partir de l'âge de dix ans, de se rendre à l'église, le 5 courant, à trois heures de l'après-midi. Au jour fixé, quatre cent dix-huit Acadiens répondirent à l'appel; Winslow, entouré de son état-major, leur annonça que tous leurs biens étaient confisqués, à l'exception de l'argent et des objets de ménage, qu'ils allaient tous être transportés, avec leurs familles, hors de la province, et seraient, en - attendant, ses prisonniers. Murray, de son côté, s'empara, le même jour, de cent quatre-vingts hommes;, mais les habitants de Port-Roy^l, ayant éventé le piège, parvinrent presque tous à se réfugier dans les bois.
L'exode débuta le 10 septembre, sur cînq navfres envoyés de Boston; d'autres vaisseaux vinrent, an commencement d'octobre, chercher le restant des prisonniers, et les embarquements furent préparés de telle façon que l'on sépara pour jamais les membres d'une même famille, raffinement de cruauté inutile qui a marqué d'une tache ineffaçable le nom de ses auteurs.
Halliburton, l'historien anglais, évalue à sept ou huit mille le nombre des déportés qui, des navires où ils étaient empilés, assistèrent à l'incendie de leurs villages. L'œuvre de destruction ne fut complètement achevée que dans le courant de décembre et le prix des innombrables troupeaux acadiens vendus suivies marchés de la Nouvelle-Angleterre, passa dans les mains des persécuteurs.
L'année suivante, en 1756, la guerre fut officiellement déclarée.
Depuis la reprise de possession, le Cap-Breton avait bénéficié d'un fort contingent d'Acadiens fugitifs ; plusieurs villages en avaient été formés, notamment à la baie des Espagnols (Sydney) et l'ensemble de la population atteignait environ cinq mille cinq cents âmes..
Le matin du 16 juin 1758, une flotte anglaise de cent cinquante-neuf vaisseaux commandée par l'amiral Boscawen et portant Wolfe et son armée, apparut devant Louisbourg dont les forces consistaient dans une garnison d'à peine trois mille hommes et onze vaisseaux de guerre réfugiés dans le port. Après une résistance opiniâtre et avoir vu, à l'exception d'un seul, qui parvint à s'échapper, tous ses vaisseaux brûlés , et coulés, le gouverneur, M. de Dru-^ cour, rendit la place le 26 juillet. Aux termes de la capitu-
HISTOIRE DE L'AGADIÉ. 21
lation7 la garnison se constituait prisonnière pour être conduite en Angleterre ; les lies Royale et Saint-Jean passaient dans le domaine de la couronne britannique, la population de la ville était transportée en France.
Ainsi fut fait, Louisbourg avait vécu; abandonnée, même
D'apr6s uno pholograpbie de M. l'abbé Douce).
par ses vainqueurs qui la firent sauter, cette ruine e de s'effondrer, solitaire, au sein des brumes hyperborées. Quelques casemates, croulant dans l'herbe où paissent des troupeaux, sont les derniers vestiges de ce Dunkerque de la Nouvelle-France, ciié néfaste pour laquelle, vainement, on dépensa tant d'or et tant de sang.
Les habitants des îles atlendaient uh bon traitement de leurs nouveaux maîtres; ils ne lardèrent pas à être déçus ; tous les villages furent incendies, les colons déportés ou contraints de se réfugier dans les bois. La
grande persécution de 1755 recommençait, trois ans pluâ tard. L'Acadie, cette fois, était morte, et ses enfants à jamais dispersés.
G^est bien toujours la forêt primitive, mais Tombre de ses ramures — abrite une autre race au langage étranger — et les rares paysans qui languissent encore — sur les rives moroses du brumeux Atlantique — sont les derniers Acadiens : leurs pères, las de Texil, étaient revenus mourir sur la terre natiale ^