‹ Une gerbe [microforme]Chapitre 3 sur 65 · SOUVENIR DU PRINTEMPS DE · texte numérisé non relu

SOUVENIR DU PRINTEMPS DE

& Avril! aimable avril, que ton haleine est pure !

& Que de charmes nouveaux je trouve en son murmure Quand elle enfle ma voile et berce mon esquif,

6 Quand elle fait frémir le ruisseau fugilif,

‘# Quand elle vient jouer dans la chauve ramure,

‘ Secoucr, sur mon cou, ma longue chevelure,

‘ Ou rafraichir mon front mouillé par le travail!

Que tou soleil est chaud! Il consume l'émail

“ Dont l'hiver recouvrait nos champs et notre fleuve, ‘# Et redonne à nos prés une parure neuve !

Il ramène l'amour et l'oiseau sous nos cieux!

Il rend à nos forêts leurs chœurs mélodieux !

“ Il emplit les rameaux d’une sève abondante,

‘ Le cœur des jeunes gens, d’une vigueur ardente!

10 UNKE GERBE

& Avril! avril! ton souffle est plein de volupté! “Tes matins et tes soirs, à beau mois enchanté,

# Naissent dans l'harmonie et les flots de lumière ! “ Avril, c'est toi qui viens égayer la chaumière

“ Dont la bise d'hiver attristait le foyer !

“# C’est toi qui fais encor, sous ton souffle, ondoyer, Quand tes feux ont fondu leurs cristaux immobiles, “ Les flots du Saint-Laurent redevenus dociles.

‘ Hâte-toi, mois d'amour, que je cueille une fleur, “ La première des bois, la plus fraiche en couleur, “ Pour orner les cheveux de ma jeune Henriette ! “ Hâte-toi, que je berce en ma barque coquette,

“ Sur les vagues d'azur du fleuve paresseux,

“ Celle qu'ont fait rougir mes pudiques aveux !”

Ainsi chantait, un jour, d’une voix douce et fière, Sous les bois sans ombrage, au bord du lac Saint-Pierre, Un fils du Saint-Laurent, un barde jeune et bon, Douéë du plus fatal mais du plus noble don.

Et, pendant qu’il chantait, son œil mélancolique Suivait, dans le lointain, une scène magique: C'était le fleuve aimé qui, las d’être captif, S'agitait dans son lit comme un coursier rétif, Secouait le fardeau de ses glaces massives,

En éclats scintillants les poussait vers $es rives, Et les broyait ensemble avec autant de bruit Qu'en fait, à son réveil, un volcan dans la nuit.

'ierre,

LA DÉBACLE II

Les paysans heureux, pour mieux voir le spectacle Qu'offrait, ce printemps-là, la tardive débâcle, Jusques au bord des eaux venaient de toute part, Et, par des cris joyeux, saluaient le départ

De ces bancs de cristal dont l'attitude altière

Avait voulu braver la saison printanière.

On voyait accourir la troupe des enfants

Jetant, dans le ciel pur, mille cris triomphants; Les cheveux enchainés sous de molles résilles,

On voyait accourir l’essaim des jeunes filles,

En corsage d'indienne, en modestes jupons.

Leurs bouches prodiguaient des sourires fripons Et leurs voix frappaient l'air de notes argentines. Elles semblaient ainsi de joyeuses ondines

Que le printemps rendait à leurs limpides eaux,

Et qui cherchaient leur grotte au milieu des roseaux.

Mais quelle est cette vierge à l'air doux et candide Qui laisse sa compagne et va, d’un pas timide, S'asseoir sur le vieux tronc d'un orme renversé ? De quel touchant espoir son cœur est-il bercé ? Quelle peine nouvelle ou quelle inquiétude

Lui font, quand tout est gai, chercher la solitude ? La joie et la douleur n'aiment guère le bruit.

Son regard, attaché sur la glace qui fuit,

De temps en temps se lève et se porte à la rive,

| Plein d’un trouble charmant et d'une ardeur craintive. |}! Quel est l’objet aimé dont le charme puissant

| Peut enchaîner ainsi ce regard ravissant ?

H Est-ce donc toi, Damas, est-ce donc toi, poète ?

| ît celle qui t'attend est-ce ton Henriette ? il Ah! oui, car je te vois, le front tout radieux, Il Diriger, moins rêveur, ta course vers les lieux Où la fille des champs est assise plaintive!

{| in te voyant venir ton amante attentive

4 À baissé son beau front où montait la rougeur,

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A baissé ses cils d’or et son grand œil songeur !

Pendant que jusqu’au loin les glaces ébranlées

(M S'agitent sourdement sur les ondes gonflées ; Pendant que sur les bords les timides échos Disent les chants du ciel et la clameur des flots, Comme deux jeunes fleurs épanchent leur dictame, En secret les amants vont épancher leur âme.

Ils disent, en riant, leurs soins un peu jaloux,

À Echangent, de nouveau, les serments Les plus doux, »

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Et se sentent plus forts pour l'heure de l'épreuve,

| : Les parfums de la brise et l'aspect du grand fleuve, 4 j (à

| f La pureté des airs, les murmures, les chants, ‘à

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Les rayons du soleil qui dansent sur les champs, Les bruits qui tout à coup succèdent au silence, ils Cette étrange vigueur et cette effervescence $ L

bas

ntive.

LA DÉBACLE

Qui circulent partout. venant tout ranimer, Redoublent, dans leur cœur, la puissance d'aimer. Et la terre à leurs yeux paraît bien rétrécie !

Ils n'auront pas assez, pour s'aimer, de la vie!

Is sentent quelque chose au fond de tant d'amour Que ne peut leur donner le terrestre séjour!

Leurs regards confondus se remplissent de larmes ;

Ils se trouvent heureux et des mots pleins de charmes

S'échappent de leur bouche avec de longs soupirs. Hélas ! pourquoi faut-il qu'au milieu des plaisirs Il se glisse souvent une pensée amère ?

Est-ce pour avertir que tout est éphémère ?

Que rien ne doit durer dans ces mondes flottants ? Que tout passe bien vite et nous en même temps ?

—Henriette, disait le sensible poète,

Ton amour est ma vie, et pourtant je regrette De t'avoir inspiré de si suaves feux ;

Je regrette le jour où mes chastes aveux

Ont fait naître soudain des roses sur ta joue. Je t'aime comme alors, et plus, je te l'avoue ; Mais que sert de s'aimer si l’on ne peut s'unir, Si le Prêtre de Dieu ne doit pas nous bénir ? Je suis bien pauvre, hélas! et mon cœur désespère De te voir volontiers partager ma misère.

Mon luth, Ô mon amie, est mon unique bien ;

Le monde aime mes chants mais ne me donne rien: Je ne ramperais pas, d'ailleurs, devant un trône; Je ne chanterais point pour une vile aumûne ;

Et j'aime mieux rester à jamais indigent

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