‹ Une gerbe [microforme]Chapitre 4 sur 65 · RL · texte numérisé non relu

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Que de vendre ma lyre une pièce d'argent

— Par quel chagrin, Damas, ton âme est-elle étreinte !

Pourquoi me blesses-tu par une injuste crainte ? Partager ton destin, Ôtre pauvre avec toi

N'est-ce pas, à Damas, mon seul désir à moi ? L'or n'apporte souvent qu'un bonheur bien futile : ‘amour et la vertu le donnent moins fragile.

—Mais pourrai-je chanter si je te vois souffrir ? Mes accords désolés devront bientôt mourir.

—Oh! j'unirai ma voix à ton accent suprème, Et le monde dira qu'on pleure mais qu’on aime.

—Qui parle par ta bouche, à charme de mon cœur ? De tous mes vains discours ton amour est vainqueur. Je craignais de trouver ton âme résignée

Et par un autre amour peut-être dominée.

—Tu …e blesses, Damas, par ce cruel soupçon.

Tribul est riche et laid ; c’est un méchant garçon.

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LA DÉBACLE \ 15

L Il insulte l'Eglise et méprise le prêtre :

rien : jrs, … Son cœur est plein de fiel et son bras est bien traître : C: gi e , , © La vengeance a pour lui les attraits les plus doux ;

Et, s’il aime quelqu'un, il est sombre et jaloux.

—Pardonne à ton ami, ma sensible Henriette, Tu m'aimes, je le sais, d'une amitié parfaite.

reinte ?

Mais regarde, là-bas, cet énorme rempart

Que forment les glaçons emportés au hasard ;

On dirait qu’un géant les entasse avec rage

Pour détourner le fieuve et noyer son rivage.

Quels bruits! quelles clameurs et quels mugissements ! Quels chocs et quels éclats! quels vifs scintillements Le soleil fait pleuvoir de ces informes glaces !

Comme on voit se dresser leurs immenses surfaces |

Et le fleuve profond s'arrête épouvanté ;

On dirait qu'à sa source il remonte irrité !

Son flot sombre et grondeur jusqu’à nos pieds s’élance ! Il couvre le rivage ! Il s'avance ! Il s'avance !......... Adieu! mon Henriette, adieu! pardonne-moi ;

Je vais joindre ma mère et calmer son effroi,

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Saint-Laurent! Saint-Laurent! à superbe rivière, N'as-tu donc plus assez, pour ton onde si fière, Du lit que Dieu lui-même a voulu te creuser ?

Pourquoi, fleuve orgucilleux, sur ton rivage oser 11 Jeter, comme un linceul, l'écume de ta lame ? Es-tu donc aussi toi pris du désir infâme

Î D'agrandir ton royaume en volant tes voisins ? fl Depuis quand ces verts prés et ces riants jardins | Sont-ils donc devenus comme une urne profonde Où peut insolemment se dérouler ton onde ?

Pourquoi ta voix grossie a-t-elle tant d'horreur, Et pourquoi ton aspect répand-il la terreur ?

Cet air de paix profonde et d'allégresse pure,

| Qu'on voyait rayonner sur la brune figure

| De tous les paysans réunis près des eaux,

| S'effaca tout à coup au penser des fléaux

Que pouvaient apporter les ondes déchainées.

il La gaité déserta leurs âmes consternées ;

Ils quittérent en foule et précipitamment Le rivage où montait Le terrible élément,

Quand Damas, pour aller vers sa mère inquiète, Eut laissé, sur l’ormeau, la fidèle Henrictte,

Elle resta pensive en face du tableau li Qui s’ouvrait devant elle étrange autant que beau : (nl Elle entendait encor dans son âme attendrie À Vibrer de son amant la voix noble et chérie.

LA DÉBACLE 17

Bien vite cependant le tumulte et les cris

Que poussent, jusqu'au ciel, les paysans surpris

L'arrachent aux douceurs de son aimable rôve :

En voyant que tout fuit, honteuse, elle se lève

Et tourne promptement ses pas vers la maison.

Mais voici que soudain, à travers un buisson

Jeté comme un rideau derrivre le tronc d'orme,

Elle voit s'avancer une face difforme

Dont les veux dilatés flambent d'un feu jaloux.

Elle n'entend qu'un mot: Malheur! malheur à vous!

Que lui jette au hasard une bouche en grimace,

Pendant qu'un poing crispé se lève et la menace.

&Tribul! Tribal! dit-elle, à monstre, laisse-moi ! ”

Et rapide elle fuit toute pâle d’effroi.

Quel spectacle juouïi ! quel désordre ! quel trouble ! Tout s'agite partout ; le tumulte redouble !

Les braves paysans, émus, épouvantés,

En implorant le ciel, courent de tous côtés.

Les uns laissent déjà leur maison peu solide, Emportant avec eux, dans leur fuite rapide,

Tous les objets divers qu'ils ont d'abord trouvés, Et cherchent un refuge aux lieux plus élevés ;

Les autres, moins craintifs, à cette heure suprème, Attendent leur destin dans leur demeure même.

La mansarde leur offre un gîte bien étroit

Ils n’en pourront bientôt sortir que par le toit ; Mais plutôt que de fuir ils en font leur asile,

On sort de leur étable et l’on mène, à la file,

Par des chemins nouveaux, sur le haut du fenil, Les bêtes que menace un imminent péril,

On entend le cheval qui hennit et piétine

Et le bœuf paresseux qui beugle et se mutine, Les coqs battent de l'aile et chantent follement ; Les chiens, flairant le sol, hurlent sinistrement : La jeune fille en pleurs jette une plainte amère Et l'enfant étonné se cramponne à sa mère.

Le spectacle est navrant. Les banquises, là bas, S'accumulent toujours avec un sourd fracas.

Et le fleuve gonflé, sur ses rives fécondes,

Implacable, rejette avec fureur ses ondes,

Les champs sont engloutis sous des torrents nouveaux,

Les arbres sans feuillage, élevant leurs rameaux

Au dessus de ce lac au flot rapide et sombre, Ressemblent au vaisseau qui perd sa voile et sombre. Comme après un naufrage, étendus sur les mers, Flottent, au gré des vents, mille débris divers,

Ainsi flottent partout, dans l’immense prairie,

Mille objets emportés par le fleuve en furie.

LA DÉBACLE

é soleil répand, comme en signe d'adieu,

ce tableau lugubre un long sillon de feu.

jel calme tout à coup régne dans la nature !

as un soul chant d'oiseau, pas un léger murmure !

loin les bancs de glace, immobiles, pressés,

lil, mbleut d'immenses rocs lun sur l'autre ontassés.

sSeaux ne montent plus, le fleuve se repore,

til donc effravé des souffrances qu'il cause,

a se repose.t-il dans un profond sommeil,

Dur mieux recommencer la lutte à son réveil ?

ans Les prés, au-dessus de ces vagues étranges,

ane voit s'élever que Les combles des granges

à tremblent, confondus, les divers animaux,

e les faites pelés des pommiers, des ormeaux,

que les gais pignons des maisonnettes blanches.

bs canots effilés ou des radeaux de planches

x fenètres des toits demeurent amarrés :

Bst Le dernier asile où viendront, éplorés,

veaux, 8 pauvres paysans chassés de leur demeure,

sur la nappe humide on voit fuir, à toute heure,

bruit de l’aviron qui plonge dans les flots,

une maison à l’autre un de ces longs canots,

is quelle est donc, là-bas, cette fière nacelle i semble se courber sur l’onde qui ruisselle ?

Quel est ce couple heureux qui se parle d'amour

; 20 UNE GERDLE 1

Sur l'élément porfide et sous Les feux du jour ? | C'est le barde rustique avec son Henriette !

Aimez-vous ! aimez-vous ! nulle voix indiscrete Au vent ne jeltera VOs propos amoureux !

En face du malheur, enfants, sovez honreux!

L'amour est plus puissant entouré de ruines 1,

La souffrance ot l'amour font les âmos divines !... Aimez-vous! aimezvous! Lo bonheur, doux en fan t388t Est infidole, hôlas!t comme les flots mouvants ! nt

O soleil paresseux, tu caches La umicre

Et tu n'as pas fini La course journalière!

Vas-tu donc te coucher comme un vieux pelerin Qui ne peut, sans dormir, achover son chemin ? Pourquoi ce voile noir dont Lu couvres ta face ? Ce regard qui languil? ce rayon qui s'efface ? Pourquoi tou frout brillant s'estil donc obscurci, Et ton orbe orgucilleux, tout à coup, rétréci ? Naguère, en descendant derrière nos montagnes, Tu souriais encore à nos fraiches Campagnes : Tu ranimais nos bois par ta douce chaleur

Et rendais à nos prés leur charmante couleur ! O soleil paresseux, la terre est belle encore Quand ton joyeux reflet lillumine et la dore !

Ne te hâte pas tant de prendre ton sommiil ;

Lou

ote

x enfant its !

orin j11 ?

Lee ?

Y2 ‘ur'Ci,

LA DÉBACLE 21

se-fui jusqu'au soir ton feu pur et vermoil :

ss ll] loin (| ‘vant toi cotto nue au flanc sombre

{ | viten ‘ Nr ri ( ' yit , IN Qi 1101! LLAOPZON COMME ti spectre dans l'ombre!

toi ne souffle pas, fraiche brise du soir!

bles flots dl ta VOIx WONHET 1)! îl ‘cinouvoir,

Mon souffle agitait cotte nappe mobile

recouvre partout notre rive fertile

els seraient nos malheurs! quel serait notre deuil! !

bos champs deviendraient un immense cercueil!

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