‹ Une gerbe [microforme]Chapitre 34 sur 65 · POUR TE CHANTER · texte numérisé non relu

POUR TE CHANTER

J'aime, aux nuits froides, ton étoile Dont le regard est si joyeux ;

Ton givre qui jette un blanc voile Sur l’ébène de nos cheveux ;

J'aime aussi ta neige légère

Qui semble le linceul des morts.

Pour te chanter, à noble terre, Toujours ma lyre à des accords!

J'aime, en hiver, tes jours de fûte Et les chansons de ta gaité ; J'aime à voir une blonde tête

Qui déride un front argenté ;

Et mon âme, alors moins sévère,

Peut du monde oublier Iles torts, Pour te chanter, à noble terre,

Toujours ma Ivre a des accords!

LIBERA

J'étais, depuis longtemps, las du bruit de la ville

Et je voulus revoir mon village tranquille,

Les oiseaux des forèts qui chantent leurs amours Et les grands bœufs pensifs qui ruminent toujours, Les épis balancés sur leurs tiges égales,

Et, dans le ciel de feu, les stridentes cigales.

J'ai toujours regretté la paix de nos hameaux,

La splendeur de nos bois, l’air pur de nos coteaux. Je suis comme un captif qu’un long ennui dévore Et je rêve toujours aux chaumes que j'adore.

LIBERA

Je les revoyais donc ces bords tant regrettés. Je marchais à pas lents, cherchant, de tous côtés,

Si du progrès nouveau la baguette magique

Avait des lieux aimés changé l'aspect rustique.

Les nuages flottaient comme de grands ballons ;

Les brouillards du matin dormaient dans les vallons. Dans le calme des cieux, soudain, les cloches saintes detèrent à la fois de douloureuses plaintes.

Elles sonnaient des glas. Puis le peuple éploré S'achemina sans bruit vers le parvis sacré.

Ce matin-là l'oiseau, sur la branche embaumée, Ne chanta pas gaiment comme à l’accoutumée, Le soleil ne luit point sur la nappe des eaux

Et la bise gémit en berçant les roseaux !

Alors je vis venir à travers le village, De loin, sur le chemin tout bordé de feuillage, Quatre jeunes garçons qui portaient un cercueil.

oujours, Ils marchaient lentement dans leurs habits de deuil. Quatre filles suivaient, jeunes, en robes blanches, Les yeux en pleurs, le front couronné de pervenches. Un long voile de point, tombant jusqu'à leurs piés, Dérobait à demi leurs contours déliés.

Sur la tombe un drap blanc avec larges dentelles,

Des couronnes de lis et des fleurs d'immortelles

es.

AUX, coteaux.

dévore e.

Semblaient les ornements qu'on prête avec bonheur, Les jours de grande fête, à l'autel du Seigneur,

La touchante amitié de compagnes chéries

Avait cueilli, la veille, au milieu des prairies, Pour le tombeau sacré, ces virginales fleurs,

Je me sentais ému; mes yeux roulaient des pleurs ; Mon cœur était serré par une amère angoisse,

Et je prenais ma part du deuil de la paroisse,

Dans le même moment Houde courut à moi, Et, me serrant la main :

—Tu l'aimais bien, je croi ?

—Qui ?

—Mais tu me comprends; celle qu'en terre on porte:

Dulice.

—Que dis-tu ? Mon Dieu! Dulice est morte ?.

Un nuage passa devant mes yeux alors;

Une froide sueur inonda tout mon corps,

Et j'allai n'appuyer, d'une marche indécise,

A la croix qui s'élève en face de l’église.

Un doux rève oublié passa devant mes yeux

Et j'eutendis longtemps des accords merveilleux. Dans le calme du ciel toujours les cloches saintes Jetaient, en se berçant, leurs douloureuses plaintes.

LIBERA

Elle m'avait aimé. Son jeune confesseur

1heur,

À Lui disait de bannir tout amour de son cœur...

: Mais pourquoi réveiller ces tristes souvenances ? Tout est fini pour nous, amour comme espérances !

| Un souffle inexorable, avant les jours d'été,

eurs : À brisé cette fleur dans toute sa beauté.

Elle voulut me fuir, et, pour sauver son âme, Faire monter vers Dieu sa sainte et vive flamme

Elle vint à Lévis, demander au couvent

La paix que, depuis lors, cherchait son cœur fervent, Je la revis plus tard; trop tard f!......D'ambères larmes

je croi ? 2 | | lombèrent lentement de ses veux pleins de charmes

Quand elle me parla. Comme elle j'ai pleuré...

CG }h jorte: . , Q : . ‘ Us Ne te réveille plus, souvenir adoré!

st morte ?.. 2:

Le temple était en deuil, les autels, sans parures,

Et les tableaux, voilés par de sombres tentures, Six grands cierges de cire allumés à la fois Berçaient leur flamme pâle au côté de la croix. Quand le prêtre eut offert le divin sacrifice ; Quand du Christ il eut bu, dans l’auguste calice, Le sang inestimable, et que le saint Agneau, Pour nous, sur le calvaire eut monté de nouveau, Un chant incomparable éclata sous les voûtes.

De l'orgue frémissant les voix montèrent toutes,

jlaintes.

Dans un cri de pitié, vers le juge des morts. Et Le chœur psalmodia de sublimes accords. Ch C'était un chant d'espoir; c'était une prière ; Qu C'était de la terreur ; c'était, dans la poussière, Du La faible créature implorant l'Eternel ! de C'était l'âme appelant, en ce jour solennel, Pour désarmer le bras de son juge suprème, Tor Toutes les grandes voix de ce monde qu'Il aime ! Je: Des nuages d’encens flottaient sous les arceaux ; Jet Le catafalque noir portait mille flambeaux. Un Le clocher répéta ses lugubres volées, Par Et l'écho les redit jusqu'au fond des vallées ; Se d Jusqu'à saint Edouard, jusqu'à saint Casimir Et r On entendit alors nos trois cloches gémir ; Son Et le vent qui passa dans les vieux sycomores Sa D Parut unir sa plainte à ces plaintes sonores ! Rou Où tr Libera! libera! pitié ! pitié! Seigneur ! Elle Disaient toutes ces voix dans leur grande douleur, Je t0 Libera ! libera ! pitié ! pitié pour elle, Quar

Et ne la livrez pas à la mort éternelle ! Ur Ne la rejetez point, Seigneur, loin de vos yeux,

En ce jour redoutable où la terre et les cieux

Jusqu’en leurs fondements frémiront d'épouvante,

Quand du siècle apostat qui s’insurge et se vante

De ne pas croire en Vous, Vous viendrez, à mon Dieu,

Juger l'amour impur et l’orgueil par le feu!

rante, ante mon Dieu,

LIBERA 125

5t pendant que les clercs, l'airain et l'orgue antique Chantaient, dans leurs accords, ce sublime cantique, Que le prêtre faisait, pour bénir le tombeau,

Du goupillon d'argent pleuvoir les gouttes d'eau,

de pleurais à genoux, dans un banc, en arrière.

Tout le peuple suivit la tombe au cimetitre.

Je voulus suivre aussi; mais soudain du cercueil Je crus voir s'élever, comine il passait le seuil, Une forme légère, ondoyante, élancée,

Par le rhythine pieux elle était balancée,

Se drapait noblement dans son brillant linceul

Et regardait l'endroit où je me trouvais seul,

Son front resplendissait d'une vive lumivre,

Sa bouche souriait, et pourtant sa paupitre Roulait encor des pleurs, comme en ce triste jour Où nous nous’séparions sans espoir de retour | Elle parut monter sur un rayon d'opale..…...

Je tombai devant elle à genoux sur la dalle, Quand je me relevai Le temple était désert,

Un rayon de soleil perçait le ciel couvert.

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