‹ Une gerbe [microforme]Chapitre 36 sur 65 · SH · texte numérisé non relu

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Flotte devant mes yeux, flotte encor, douce image, O douce image du passé !

Flotte devant mes veux comme un brillant mirage Aux veux du voyageur lassé !

Et qu'importe à mon cœur, qu'importe le mensonge Qui le berce et l'enivre ainsi ?

La réalité même, après tout, n'est qu'un songe,

Puisqu'hélas! elle passe aussi !

Arrôtons-nous un peu dans notre folle course ;

Asseyons-nous ensemble au bord du vert sentier ;

Remontons, en esprit, nos jours jusqu'à leur source;

Evoquons le passé. Notre cœur tout entier, Dites-le moi, vous tous, est-il en nous encore ? Aux épines du doute, aux baisers de l'amour, Aux étreintes du mal, ah! qui de nous l'ignore, Ne s'est-il pas brisé depuis lors sans retour ?

Avez-vous repeuplé la chambre solitaire

Où se réunissait, pour causer, chaque soir,

Ainsi qu'au fond d’un nid où plane le mystère,

La famille joyeuse? Alors il fallait voir,

Aux propos des enfants, le front bruni du père S'éclairer tout à coup de sublimes reflets ;

Alors on faisait cercle autour de la grand’mère Pour entendre, en tremblant, parler de feux follet:

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Mais toujours nous allions sur le torrent du monde; Nous pensions que nos jours n'auraient pas de déclin, Nous glissions, nous glissions comme la nef sur l'onde Quand souffle le vent frais dans la voile de lin,

A peine avons-nous pu recueillir, au passage,

Une fleur, ou les sons d'une adorable voix ;

Déjà nous sommes loin, bien loin de ce rivage

Que le pied voyageur ne foule qu'une fois |

J'aime à me souvenir des heures d'innocence

Que le ciel me donna dans nos champs fortunés,

Non, je ne cherche point la bruyante existence

Et je meure d'ennui dans nos murs calcinés,

Et je ne chante plus, J'ai suspendu ma lvre

Aux rameaux odorants des pins de nos coteaux,

Je redemande en vain la muse qui m'inspire :

Elle ne m'entend plus, mes chants ne sont point beaux!

Quand on revoit les lieux où s'écoula l'enfance,

Qu'on entend d'autrefois les chants délicieux,

On éprouve un regret, on sent une souffrance, L'angoisse étreint le cœur, les pleurs coulent des yeux ; Mais bientôt on oublie, en un rêve sublime,

Que Les ans sont venus et que l'on à vieilli.

Le présent disparaît, et, du fond de l'abime

Le passé radieux devant nous a jailli !

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132 UNE GERBE Moi je ressens alors comme une sainte ivresse : ù Ma poitrine se gonfle en doux et longs soupirs : Je retrouve les ris de Fhenreuse jeunesse, I Mon âme plus aimante à de brûlants désirs.

Je crois voir s'élever un nuage d'arûmes F Et je me sens bercé dans ses replis moelleux, Tout chante dans le ciel, dans les bois, dans les chaume Q

Tout chante dans mon cœur, el je me crois heureux!

Je vois se dérouler, à ombre des charmilles, Je Les sentiers où j'allais, parfois, me recueillir ;

Je vois passer encor l'essaim des jeunes filles So Plus fraiches que les fleurs qu'elles allaient cueillir; J'entends, comme autrefois, le gai babil du merle, Il : Dans le grand peuplier, devant notre maison ; Je vois, dans le pré vert, luire comme une perle, Et La goutte de rosée aux pointes du gazon.

J'écoute les piverts en quête de chenilles, De Frapper le bois de leurs becs durs ;

Je vois mes compagnons, armes de leurs faucilles, Le 4 Courir gaicment vers les bies mûrs.

Et pendant que je rève au bord de la lontaine, Ar Parmi les blancs convolvuius,

J'entends un faible écho de la cloche lointaine Pa

Qui nous annonce langelus.

Je vois venir du champ, sous les feux de l'étoile, Les chariots remplis de foin.

Les paysans, vêtus de leurs blouses de toile, Dans le calme du soir, au loin, Font entendre, en guidant leur pesant attelage, . Des rires francs et des cris vifs ss chaume: Qui redonnent la vie au paisible village heureux! Et hâtent les chevaux craintifs.

Je revois, à l’église, un vieux et bon lévite Qui nous apprend la loi de Dieu.

a Son aspect nous remplit d’une crainte subite t cueillir: Quand il entre dans le saint lieu.

u merle, Il nous fait feuille ‘er les plus sublimes pages

On : Du livre ae l'humanité,

> perle, Et nous rend, en un jour, plus savants que les sages De la savante antiquité.

De ce côté je vois, en allant vers l’école, A la fourche des deux chemins, S Le cénellier noueux qui forme une coupole Couverte de beaux fruits Ccarmins.

Arbre compatissant il me prêtait son ombre, Et son fruit tendre et sa chanson, Pendant qu'aux autres gars le maitre froid et sombre

Faisait réciter la leçon.

Je revois, Ô mon Dieu! là-bas, à la lisière Des bois que les feux ont noircis, L'endroit couvert de mousse, au bord de la rivière, Où souvent je me suis assis,

Rêvant à l'avenir enveloppé de brumes,

Révant à quelqu'amour béni, Et laissant mes pensers voler comme des plumes, Je ne sais où, dans l'infini !

Dans les jours de chagrin l'espérance est bien doucs: : On se plait à dorer le ciel de l'avenir.

J'aime mieux le passé : rien encore n'émousse

Le plaisir que mon cœur trouve à se souvenir.

En s'éloignant de nous les jours mauvais s'épurent Et déchirent souvent leur voile de brouillard.

Les brumes du matin guère longtemps ne durent : Le soleil est plus chaud quand il se montre tard.

Quand mon esprit ainsi vole, vole en arrière Jusqu'aux jours de l'enfance, au foyer des aïeux,

A ces jours où mon front imprégné de fumière

Ne s'était incliné que sous l'éclat des cieux,

Je sens vibrer alors les cordes de mon âme

Comme un luth où jouerait un vent mystérieux, Un souflle étrange passe ainsi qu'un trait de flamme Et ie chante ou je

leure en des refrains pieux.

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lame,

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O courses dans les prés éclatants de verdure,

Parmi les foins en fleurs, sous des flots de soleil

O courses dans les bois, sous la sombre ramure,

Au bord du fleuve immense ou du ruisseau vermeil, Vous étiez tout mon bien, vous faisiez mes délices!

Je me sentais ému, j'oubliais l'univers

Devant vous, douces fleurs qui leviez vos calices, Comme un front calme et pur, dans nos vallons déserts1

O les jours d'autrefois, les premiers de la vie, Comme ils étaient sereins ! comme ils ont été courts] Et pourtant on jetait alors un œil d'envie

Sur l'avenir obscur qui s'avançait toujours!

Et ceux qui se penchaient sous le poids des années, Ceux qui touchaient déjà le terme du chemin,

Nous disaient, en partant, que leurs courtes journées N’avaient, leur semblait-il, pas eu de lendemain!

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