A MADAME P. J. O. CHAUVEAU
Salut, printemps fécond. Tu souris à la terre ; Tu rends au pré ses fleurs, au bois son vert manteau, Hais tu ne saurais rendre à la plaintive mère, Printemps si beau, Par tes effluves embaumées, Ses jeunes filles bien-aimées Qui reposent dans le tombeau !
LE PRINTEMPS tOt
L'hiver qui recouvrait de son voile de glace
Nos coteaux, nos vallons, Comme un drap mortuaire étendu sur la face
Des morts que nous pleurons, Au soleil s'est fondu comme une molle cire.
Sur l'aride forêt L'on ne voit plus, au loin, le blanc frimas reluire
Comme un léger duvet.
Les brouillards qui traînaient leurs longues robes grises
Sur la cime des bois.
Au souffle parfumé des matinales brises
S'envolent à la fois ; Et les échos joyeux de leurs grottes profondes
Sortent tout triomphants ; Et l'on entend partout le murmure des ondes
Et les cris des enfants.
Salut, printemps fécond. Tu souris à la terre ; Tu rends au pré ses fleurs, au bois son vert manteau, Mais tu ne saurais rendre à la plaintive mère, Printemps si beau, Par tes effluves embaumées, Ses jeunes filles bien-aimées Qui reposent dans le tombeau !
Et la terre, déjà, de fleurs est étoilée
Comme l'azur du ciel.
Et déjà Ton entend, sous la cime voilée,
Un concert éternel.
Le gazon reverdit sous les pieds qui le foulent,
Et les champs labourés Paraissent jusqu'au loin comme des flots qui roulent
Vers des bords empourprés.
Le chant du laboureur qui revient de l'ouvrage
Au coucher du soleil, Le murmure du vent, les soupirs du feuillage,
Le bruit du flot vermeil Qui déchire aux cailloux son éclatante écume,
Le nuage argenté Et le grillon mutin sur le sillon qui fume, Tout est plein de gaité !
Salut, printemps fécond. Tu souris à la terre ; Tu rends au pré ses fleurs, au bois son vert manteau, Mais tu ne saurais rendre à la plaintive mère, Printemps si beau, Par tes effluves embaumées, Ses jeunes filles bien-aimées Qui reposent dans le tombeau 1
Une molle vapeur, comme un rideau de soie