‹ Une gerbe; poésiesChapitre 23 sur 43 · LA MAISON MATERNELLE I · texte numérisé non relu

LA MAISON MATERNELLE I

Ils me croient étranger, moi, dans ces lieux bénis Qui furent si longtemps à mes yeux tout le monde ! Ce soleil qui reluit, cet air pur qui m'inonde, C'est l'air, c'est le soleil de ces enfants brunis Qui vont courir, pieds nus, le longs des vertes haies, Dénichant les oiseaux, cueillant de rouges baies, Et ne se doutant pas que j'ai couru comme eux Dans ces prés verdoyants et ces taillis ombreux l

Rien n'a changé, du reste, à l'horison de flamme. Au bout des champs de blé je vois, comme jadis, Le grand fleuve rouler, entre ses bords hardis, Les flots verts où se plonge en cadence la rame. Et, par delà le fleuve, au milieu des vieux pins, Deschambeault lève encor ses deux flèches timides. Comme un ruban d'azur aux front des cieux sereins, La forêt, au midi, se déroule en ceinture.

Le ciel sourit partout. charmante nature, Tu n'as pas comme moi vu mourir sans retour Ta jeunesse suave et tes hymnes d'amour !

ma pauvre maison, il me semblait, naguère, Que ton beau pignon rouge et ton joli carré Dessineraient toujours sur le ciel azuré, Comme au fond de mon cœur, leur silhouette fière ! Et tu croules déjà ! Ton maître d'aujourd'hui

Te regarde tomber avec indifférence.

' Tu n'as pas abrité les jours de son enfance, Tu n'es pas, ô mon toit, un lieu sacré pour lui 1 Reste debout pourtant, reste debout encor!

Quand m'aura moissonné le mal qui me dévore, Tu tomberas alors ainsi que sont tombés Mes amours d'autrefois et mes rêves dorés.

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