LA MAISON PATERNELLE
J'ai revu la maison où le ciel m'a fait naître; *
J'ai revu l'humble chambre où, seul, pour rêver mieux,
Je m'enfermais souvent quand se voilaient les cieux.
Je me suis, comme alors, assis dans la fenêtre
Pour entendre le vent et les feuilles gémir,
Pour regarder le ciel avec ses blancs nuages,
Les bois à l'horison et les gras pâturages,
Et le fleuve qui semble au loin toujours dormir.
Je ne retrouve plus cette douce lumière
Qui descendait d'en haut sur la pauvre chaumière :
Mes arbres ont grandi : sur leurs épais rameaux
Je n'entends plus chanter mes gais petits oiseaux !
Depuis longtemps le feu s'est endormi dans l'âtre Et le seuil vermoulu s'est voilé de gazon.
On ne voit plus de croix pendue à la cloison, Ni d'images de saints, ni de niches en plâtre. Sous le foyer moussu les grillons réunis Jettent, de temps en temps, leur cri mélancolique, Et, dans la cheminée, aux angles de la brique, Les agiles moineaux ont accroché leurs nids.
Sur les carreaux poudreux l'araignée âpre et loucïie A suspendu sa toile où meurt la pauvre mouche. Et, du soleil de juin jamais les doux rayons N'entrent pour réchauffer les humides plafonds !
O sainte vision 1 Dans cette salle basse,
Au pied d'un vieux crucifix noir, Je revois la famille, à chaque jour qui passe,
Faire la prière du soir.
Mon père avec soucis près de lui nous rassemble :
Longtemps il prie à haute voix.
Après chaque oraison nous répondons ensemble :
" Amen * en regardant la croix.
Les auvents sont tombés, et l'eau, pendant l'orage, Goutte à goutte descend le long des vieux lambris. Moi je pleure à l'aspect de ces tristes débris, Et je vois rire, hélas ! les enfants du village.