‹ Une gerbe; poésiesChapitre 32 sur 43 · DIS-MOI TON NOM · texte numérisé non relu

DIS-MOI TON NOM

Enfant, dis-moi ton nom, je le veux, je t'en prie. Qui pourrait deviner quelle est, dans la prairie,

Parmi toutes les fleurs, Celle qui, la première, entr'ouvre sa corolle Pour verser son arôme au papillon qui vole

Et vient sécher ses pleurs ?

Je le demande en vain aux guirlandes mignonnes, Aux sachets parfumés qu'aujourd'hui tu me donnes En me cachant ta main ;

Aux pages que ta plume a par deux fois tracées, Aux pages que déjà mes pleurs ont effacées, Je le demande en vain !

En vain j'entendrai donc vibrer ta voix touchante! Tu fais comme l'oiseau qui se cache et qui chante

Sous le dôme des bois.

On le cherche, il se tait ; on s'éloigne, il gazouille. Est-ce donc, le cruel, pour que notre œil se mouille

Qu'il élève la voix ?

Quand j'erre, vers la nuit, sur la plage sonore, Puis-je dire s'il vient du couchant, de l'aurore,

Le son mystérieux Qu'apporte, en expirant à mes pieds, l'onde pure? Puis-je dire d'où vient le solennel murmure

De la terre et des cieux ?

Enfant, dis-moi ton nom, je le veux, je t'en prie !... Qu'il soit la goutte d'eau sur la feuille flétrie,

Qu'il soit, dans le ciel noir, Un rayon de lumière, un regard de l'étoile !

Qu'il soit, ô douce enfant, pour le mystère un voile,

Et pour l'amour l'espoir !

Page 1