‹ Une gerbe; poésiesChapitre 33 sur 43 · LES MONDES · texte numérisé non relu

LES MONDES

11 est bon d'élever quelquefois sa pensée De ce monde visible aux mondes inconnus, De signaler à tous la conduite insensée Des hommes que l'orgueil a longtemps retenus A Pombre de la mort. Il est bon de se dire Que l'astre vagabond où nous sommes jetés Est un vaste tombeau qu'il ne faut pas maudire, Parce qu'il s'ouvrira pour les ressuscites.

l86 UNE GERBE

Il est bon, quand la nuit est paisible et l'espace,

Rempli jusques à Dieu de soleils éclatants,

D'admirer l'univers dont la grandeur surpasse

Ce que diront jamais les calculs des savants !

Notre pensée alors s'unit, dans le mystère,

Aux pensers des humains qui peuplent tous ces lieux,

Et le rayon d'amour qui monte de la terre

S'accroît de monde en monde en se rendant aux cieux.

Qui peut jamais, devant le spectacle indicible

Que nous offre, le soir, votre ciel étoile,

Qui peut jamais, mon Dieu, demeurer insensible

Et ne pas deviner votre Verbe voilé ?

Qui ne sent pas, courbé sous ses douleurs profondes,

L'invincible besoin de prendre son essor,

Pour vous chercher partout dans ces étranges mondes

Que vous avez semés comme des sables d'or ?

mondes étonnants que nul penser n'embrasse, Poussière de soleils qui jouez devant Dieu, Quel œil, dans l'infini, peut suivre votre trace ? Quel esprit peut sonder vos entrailles de feu ? Avez-vous, comme ici, des mers aux vastes ondes Où d'autres globes d'or baignent leur front vermeil ? Des fleuves, des torrents, et des plaines fécondes Où, l'été, les épis se dorent au soleil ?

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