LES MONDES
Avez-vous des forêts tout pleines de mystères, De chants d'oiseaux, de bruits et de douces senteurs ? Avez-vous des coteaux, des monts, des pics austères, Des souffles embaumés et des vents destructeurs î Sur vos flots avez-vous les reflets d'une lune Comme des fils d'argent qui traversent la nuit î Comme une frange blanche avez-vous, sur la dune, L'écume d'une mer qui s'avance et s'enfuit ?
Ou comme cette terre où, nous autres, nous sommes Naissant, mourant toujours depuis des milliers d'ans, Astres mystérieux, avez-vous donc des hommes Créés d'une parole à l'aurore des temps ?
Et, comme nous encor, quelque péché funeste Les a-t-il dépouillés de leur glorieux sort?
Et, comme nous aussi, l'holocauste céleste Les a-t-il rachetés de l'éternelle mort ?
Et chaque monde a-t-il son destin ? Et la vie Diffère-t-elle partout dans cette immensité ? Chaque globe qui roule en la plaine infinie, Comme un roi de sa cour, est-il donc escorté D'astres pareils entre eux mais différepts des autres ? O séjours inconnus, avez-vous tour à tour, Guerre et paix, joie et pleurs ? Avez-vous des apôtres Qui vont proclamant Dieu, la science et l'amour ?