LA PREMIÈRE NEIGE 1S
Mon Dieu I le ciel est sombre au-dessus de ma tête, Mais la terre à son tour éclate de blancheur. Sans fleurs étaient les prés. La dernière tempête Avait emporté loin le canot du pêcheur, La feuille du bosquet et le rire des lèvres.
Du sol où tout gisait mourant naissaient les fièvres, Ces sinistres poisons que respirait l'enfant. Et plus d'une jeune mère, inquiète et livide, Pressait contre son cœur un petit front brûlant, Ou s'asseyait rêveuse auprès d'un berceau vide I
Tombez, ô blancs flocons.
Prêtez aux champs flétris votre mystique lange! O blancs flocons, volez comme des ailes d'ange
Au-dessus de nos fronts î
Bien des rameaux sont nus, et, dans les sombres landes Les oiseaux ont laissé leurs pauvres nids muets : L'on cherche vainement, pour faire des guirlandes, Les feuilles de l'érable ou les fleurs des bleuets. La terre dépouillée a l'air d'un cimetière ; Les sapins, dirait-on, ont des dômes de pierre, Et l'on croirait errer au milieu des tombeaux. Le ciel n'a plus pour nous sa caressante flamme, Et la neige remplit les doux nids des oiseaux Ainsi que le remords, hélas ! remplit mon âme I
Tombez, ô blancs flocons, Prêtez aux champs flétris votre mystique lange ! O blancs flocons, volez comme des ailes d'ange
Au-dessus de nos fronts !
L'arbre se drape, ici, dans un manteau d'hermine, Et là, sous les cristeaux s'endorment les sillons. Ah ! je n'ai plus, mon Dieu ! la chasteté divine Qui revêtait mon corps d'un manteau de rayons ! Je dors depuis longtemps sous un voile de glace. Mon nom est un objet de honte. Et ma place Est avec cette fleur qui n'a plus de parfum Et que la main rejette après l'avoir cueillie ! Où sont ceux qui m'aimaient ? L'amour est importun Quand il naît ou survit dans une âme avilie !
Tombez, ô blancs flocons, Prêtez aux champs flétris votre mystique lange I O blancs flocons, volez comme des ailes d'ange
Au-dessus de nos fronts !
Gomme vous autrefois ma jeune âme était blanche, Et ses pensers naïfs voltigeaient comme vous. Elle ignorait le mal, croyait toute âme franche, Son espoir était noble et son chant était doux. Elle pouvait voler à sa céleste source ;