LA PREMIÈRE NEIGE ICI
Elle pouvait aussi, dans sa joyeuse course, Toucher sans les flétrir les objets les plus purs. Maintenant les regrets la tourmentent. Pour elle Les cieux ensoleillés sont devenus obscurs, Le jour est disparu, la nuit est éternelle !
Tombez, ô blancs flocons, Prêtez aux champs flétris votre mystique lange ! O blancs flocons, volez comme des ailes d'ange
Au-dessus de nos fronts !
Qui me rendra, mon Dieu, la blancheur de la neige,
Et qui rendra la paix à mes sens tourmentés ?
Quel voile tombera sur mon corps sacrilège,
Comme sur le sol froid les flocons argentés,
Pour dérober aux yeux mes nombreuses souillures ?
J'ai bu les voluptés à des sources impures :
Mon cœur a toujours soif. Dans mes tristes ennuis,
Remontant le passé, j'évoque les mensonges
Que le monde disait pour me perdre. Mes nuits,
Mes nuits sont sans sommeil ou pleines d'affreux songes !
Tombez, ô blancs flocons, Prêtez aux champs flétris votre mystique lange ! O blancs flocons, volez comme des ailes d'ange
Au-dessus de nos fronts 1 "
IÇ2 U NS GERBE
Elle jetait dehors un regard triste et vague.
Or il neigeait toujours* Puis, en parlant ainsi,
Elle ôtait de son doigt une brillante bague,
Elle ôtait son collier, ses anneaux d'or aussi.
Et tombait à genoux. Les reflets de la grâce, — j
Comme les blancs flocons descendaient de l'espace,—
Descendirent des cieux sur elle. Et puis son cœur
Devint pareil alors à la neige éclatante. .
Ce soir-là, je le sais, on vit au Bon Pasteur
Entrer en sanglotant une humble pénitente.
Tombez, ô blancs flocons !
Prêtez aux champs flétris votre mystique lange ! O blancs flocons, volez comme des ailes d'ange
Au-dessus de nos fronts.
A CREMAZIE
Faites place au poète au sein de votre gloire, Mânes de nos aïeux ! Dans ses fastes l'histoire
Se plaît à raconter
Et les noms et la vie Du soldat valeureux qui meurt pour la Patrie Et du barde inspiré qui vit pour la chanter !
194 UNE GEBBE
La noble empreinte du génie Brillait sur ton front soucieux.
Le luth que te donna les cieux Avait une mâle harmonie, Et sous tes doigts, de toutes parts, Il jeta des notes étranges.
On eut dit les clairons des anges Sonnant sur nos vastes remparts.
Pourquoi, dans un moment funeste, Pourquoi, barde, le vil métal Vint-il à ton hymne céleste Unir, hélas ! son chant fatal ?
Voulais-tu, dans ce temps néfaste, Vider la coupe des plaisirs ?
Voulais-tu voir de chauds désirs S'éveiller en ton âme chaste ?
Voulais-tu chercher le bonheur Où seul l'insensé va l'attendre, Toi dont les pensers devaient tendre Vers l'infini d'un bond vainqueur î Qui le dira ? Tu fus coupable, Et nous pleurâmes sur ton sort, Car une vengeance implacable Te poursuivit jusqu'à la mort 1