A CRÉMAZIE
Le repentir rend sa couronne A ton front chargé de douleurs ; L'ange de Dieu sèche tes pleurs ; Le calme, aujourd'hui, t'environne.
Tout meurt dans le passé qui fuit
Seul l'éclat de ta renommée Comme une planète enflammée Traversera la sombre nuit.
Si la vengeance mal éteinte Voulait évoquer ton forfait, Alors l'expiation sainte Devant elle se dresserait !
Barde, as-tu revu dans tes rêves
Les champs où dorment nos héros ?
Comme les flots après les flots
Viennent déferler sur les grèves,
Les doux souvenirs d'autrefois
Sont-ils venus à ta mémoire ?
As-tu revu nos jours de gloire,
Quand nous combattions pour nos droits ?
As-tu revu, dans ton délire,
Flotter le sublime haillon
Que chanta tant de fois ta lyre,
Le vieux drapeau de Carillon f
Faites place au poète au sein de votre gloire, Mânes de nos aïeux ! Dans ses fastes l'histoire
Se plaît à raconter
Et les noms et la vie Du soldat valeureux qui meurt pour la Patrie Et du barde inspiré qui vit pour la chanter !
Nos Muses ont gémi lorsqu'un jour, la tempête, Noyant ton ciel d'azur, courut de l'horizon.
Ah ! tu franchis alors, triste et courbant la tête, Pour ne plus le revoir, le seuil de ta maison ! Ton âme s'abîma tout-à-coup dans le doute.
De l'exile, en pleurant, tu pris la sombre route, Cherchant en vain, hélas ! de quelque vieil ami, Pour t'appuyer parfois, le bras encor fidèle ! Lorsque tu déposas ta lyre solennelle Nos Muses ont gémi.
Ah ! que vois-je en tout lieu ? Des murmures étranges, Des soupirs inouïs qui passent dans les airs ! Les rameaux vers le sol courbent leurs longues franges, Les ruisseaux, tristement promènent leurs flots clairs ! Les morts que tu chantais gémissent dans leur bière : Tes chants étaient pour eux une douce prière Qui partait d'un autel et montait jusqu'à Dieu.