‹ Une gerbe; poésies [par] Pamphile LeMayChapitre 1 sur 51 · AVE MARIA · texte numérisé non relu

AVE MARIA

Ave Maria. Rose printanière, Verse ton parfum plus pur que le miel. Tu t'épanouis, ô fleur de lumière, Dans les jardins du ciel !

Ton nom, c'est la parure

Des bois diaprés !

L'insecte le murmure

Aux trèfles pourprés Et la fontaine pure

Le chante aux verts prés !

L'alouette gentille.

Qui dès l'aube sautille Sur le galet qui brille, Le répète aux flots bleus !

Et l'ajonc du rivage Et le saule sauvage Se le disent entre eux !

Ave Maria, ravissante étoile Qui brilles, la nuit, dans le ciel obscur, Pour chasser l'orage et guider la voile Vers un rivage sûr !

Ton nom, c'est le symbole

Du soleil levant.

Gomme un baume il s'envole

Sur l'aile du vent.

Il est mon auréole :

Je le dis souvent !

Puis l'aigle solitaire Le porte au mont austère, Le fleuve avec mystère Le murmure en son cours.

Le sillon que je rouvre Et le ciel qui me couvre Le modulent toujours !

Ave Maria. Daigne me sourire ; Protège ma foi contre les méchants !

Que ton souffle pur, effleurant ma lyre, Divinise ses chants !

LA DEBACLE

SOUVENIR DU PRIXTF.MPS DK 1865.

" Avril ! aimable avril, que ton haleine est pure !

'' Que de charmes nouveaux je trouve en son murmure

" Quand elle enfle ma voile et berce mon esquif,

" Quand elle fait frémir le ruisseau fugitif,

" Quand elle vient jouer dans la chauve ramure,

" Secouer, sur mon cou, ma longue chevelure,

" Ou rafraîchir mon front mouillé par le travail !

" Que ton soleil est chaud ! Il consume l'émail

" Dont rhiver recouvrait nos champs et notre fleuve,

" Et redonne à nos prés une parure neuve !

" Il ramène l'amour et l'oiseau sous nos cieux !

" Il rend à nos forêts leurs chœurs mélodieux !

" II emplit les rameaux d'une sève abondante,

" Le cœur des jeunes gens, d'une vigueur ardente !

lO UNEGERBE

" Avril ! avril ! ton souffle est plein de volupté ! " Tes matins et tes soirs, ô beau mois enchanté, " Naissent dans Fharmonie et les flots de lumière ! " Avril, c'est toi qui viens égayer la chaumière " Dont la bise dUiiver attristait le foyer ! " C'est toi qui fais encor, sous ton souffle, ondoyer, " Quand tes feux ont fondu leurs cristaux immobiles, " Les flots du Saint-Laurent redevenus dociles. " Hâte-toi, mois d'amour, que je cueille une fleur, " La première des bois, la plus fraîche en couleur, " Pour orner les cheveux de ma jeune Henriette ! " Hâte-toi, que je berce en ma barque coquette, " Sur les vagues d'azur du fleuve paresseux, " Celle qu'ont fait rougir mes pudiques aveux ! "

Ainsi chantait, un jour, d'une voix douce et fière. Sous les bois sans ombrage, au bord du lac Saint-Pierre, Un fils du Saint-Laurent, un barde jeune et bon, Doué du plus fatal mais du plus noble don. Et, pendant qu'il chantait, son œil mélancolique Suivait, dans le lointain, une scène magique : C'était le fleuve aimé qui, las d'être captif. S'agitait dans son lit comme un coursier rétif. Secouait le fardeau de ses glaces massives, En éclats scintillants les poussait vers ses rives. Et les broyait ensemble avec autant de bruit Qu'en fait, à son réveil, un volcan dans la nuit.

LA DEBACLE II

Les paysans heureux, pour mieux voir le spectacle Qu'offrait, ce printemps-lù, la tardive débâcle, Jusques au bord des eaux venaient de toute part, Et, par des cris joyeux, saluaient le départ De ces bancs de cristal dont l'attitude altière Avait voulu braver la saison printanière. On voyait accourir la troupe des enfants Jetant, dans le ciel pur, mille cris triomphants; Les cheveux enchaînés sous de molles résilles, On voyait accourir l'essaim des jeunes filles, En corsage d'indienne, en modestes jupons. Leurs bouches prodiguaient des sourires fripons Et leurs voix frappaient l'air de noies argentines. Elles semblaient ainsi de joyeuses ondines Que le printemps rendait à leurs limpides eaux, Et qui cherchaient leur grotte au milieu des roseaux.

Mais quelle est cette vierge à l'air doux et candide

Qui laisse sa compagne et va, d'un pas timide,

S'asseoir sur le vieux tronc d'un orme renversé ?

De quel touchant espoir son cœur est-il bercé ?

Quelle peine nouvelle ou quelle inquiétude

Lui font, quand tout est gai, chercher la solitude ?

La joie et la douleur n'aiment guère le bruit.

Son regard, attaché sur la glace qui fuit.

De temps en temps se lève et se porte à la rive,

Plein d'un trouble chcarmant et d'une ardeur craintive.

Quel est l'objet aimé dont le charme puissant

Peut enchaîner ainsi ce regard ravissant ?

Est-ce donc toi, Damas, est-ce donc toi, poète ?

Et celle qui t'attend est-ce ton Henriette ?

Ah! oui, car je te vois, le front tout radieux,

Diriger, moins rêveur, ta course vers les lieux

Où la fille des champs est assise plaintive !

En te voyant venir ton amante attentive

A baissé son beau front où montait la rougeur,

A baissé ses cils d'or et son grand œil songeur !

Pendant que jusqu'au loin les glaces ébranlées S'agitent sourdement sur les ondes gonflées ; Pendant que sur les bords les timides échos Disent les chants du ciel et la clameur des flots, Comme deux jeunes fleurs épanchent leur dictame, En secret les amants vont épancher leur âme. Ils disent, en riant, leurs soins un peu jaloux. Echangent, de nouveau, les serments les plus doux, Et se sentent plus forts pour l'heure de l'épreuve. Les parfums de la brise et l'aspect du grand fleuve, La pureté des airs, les murmures, les chants. Les rayons du soleil qui dansent sur les champs, Les bruits qui tout à coup succèdent au silence, Cette étrange vigueur et cette effervescence

LA DEBACLE I3

Qui circulent partout, venant tout ranimer, Redoublent, dans leur cœur, la puissance d'aimer. Et la terre à leurs yeux parait bien rétrécie ! Ils n'auront pas assez, pour s'aimer, de la vie ! Ils sentent quelque chose au fond de tant d'amour Que ne peut leur donner le terrestre séjour ! Leurs regards confondus se remplissent de larmes ; Ils se trouvent heureux et des mots pleins de charmes S'échappent de leur bouche avec de longs soupirs. Hélas ! pourquoi faut-il qu'au milieu des plaisirs Il se glisse souvent une pensée amère ? Est-ce pour avertir que tout est éphémère ? Que rien ne doit durer dans ces mondes flottants ? Que tout passe bien vite et nous en même temps ?

— Henriette, disait le sensible poète.

Ton amour est ma vie, et pourtant je regrette

De l'avoir inspiré de si suaves feux ;

Je regrette le jour où mes chastes aveux

Ont fait naître soudain des roses sur ta joue.

Je t'aime comme alors, et plus, je te l'avoue ;

Mais que sert de s'aimer si l'on ne peut s'unir.

Si le Prêtre de Dieu ne doit pas nous bénir ?

Je suis bien pauvre, hélas ! et mon cœur désespère

De te voir volontiers partager ma misère.

Mon luth, ô mon amie, est mon unique bien ;

14 UNEGERBE

Le monde aime mes chants mais ne me donne rien : Je ne ramperais pas, d'aillenrs, devant un trône ; Je ne chanterais point pour une vile aumûne ; Et j'aime mieux rester à jamais indigent Que de vendre ma lyre une pièce d'argent ! "

— Par quel chagrin, Damas, ton âme est-elle étreinte ? Pourquoi me blesses-tu par une injuste crainte? Partager ton destin, être pauvre avec toi N'est-ce pas, ù Damas, mon seul désir à moi ? L'or n'apporte souvent qu'un bonheur bien futile : L'amour et la vertu le donnent moins fragile.

— Mais pourrai-je chanter si je te vois souffrir? Mes accords désolés devront bientôt mourir.

— Oh ! j'unirai ma voix à ton accent suprême, Et le monde dira qu'on pleure mais qu'on aime.

— Qui parle par ta bouche, ô charme de mon cœur ? De tous mes vains discours ton amour est vainqueur. Je craignais de trouver ton âme résignée Et par un autre amour peut-être dominée.

— Tu me blesses, Damas, par ce cruel soupçon. Tribul est riche et laid ; c'est un méchant garçon.

LA DEBACLE I5

Il insulte l'Eglise et méprise le prêtre : Son cœur est plein de fiel et son bras est bien traître : La vengeance a pour lui les attraits les plus doux ; Et, s'il aime quelqu'un, il est sombre et jaloux.

— Pardonne à ton ami, ma sensible Henriette, Tu m'aimes, je le sais, d'une amitié parfaite.

Mais regarde, là-bas, cet énorme rempart

Que forment les glaçons emportés aa hasard ;

On dirait qu'nn géant les entasse avec rage

Pour détourner le fleuve et noyer son rivage.

Quels bruits ! quelles clameurs et quels mugissements 1

Quels chocs et quels éclats! quels vifs scintillements

Le soleil fait pleuvoir de ces informes glaces !

Comme on voit se dresser leurs immenses surfaces 1

Et le fleuve profond s'arrête épouvanté ;

On dirait qu'à sa source il remonte irrité !

Son flot sombre et grondeur jusqu'à nos pieds s'élance !

Il couvre le rivage ! II s'avance ! II s'avance !

Adieu! mon Henriette, adieu! pardonne-moi ; Je vais joindre ma mère et calmer son effroi.

Saint-Laurent! Saint-Laurent! ô superbe rivière, N'a's-tu donc plus assez, pour ton onde si fière, Du lit que Dieu lui-môme a voulu te creuser ?

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Pourquoi, fleuve orgueilleux, sur ton rivage oser Jeter, comme un linceul, l'écume de ta lame ? Es-tu donc aussi toi pris du désir infâme D'agrandir ton royaume en volant tes voisins ? Depuis quand ces verts prés et ces riants jardins Sont-ils donc devenus comme nue urne profonde Où peut insolemment se dérouler ton onde ? Pourquoi ta voix grossie a-t-elle tant d'horreur, Et pourquoi ton aspect répand-il la terreur ?

Cet air de paix profonde et d'allégresse pure. Qu'on voyait rayonner sur la brune figure De tous les paysans réunis près des eaux, S'effaça tout à coup au penser des fléaux Que pouvaient apporter les ondes déchaînées. La gaité déserta leurs âmes consternées ; Ils quittèrent en foule et précipitamment Le rivage où montait le terrible élément.

Quand Damas, pour aller vers sa mère inquiète, Eut laissé, sur l'ormeau, la fidèle Henriette, Elle resta pensive en face du tableau Qui s'ouvrait devant elle étrange autant que beau Elle entendait encor dans son âme attendrie Vibrer de son amant la voix noble et chérie.

LA DEBACLE I7

Bien vite cependant le tumulte et les cris

Que poussent, jusqu'au ciel, les paysans surpris

L'arrachent aux douceurs de son aimable rêve :

En voyant que tout fuit, honteuse, elle se lève

Et tourne promptement ses pas vers la maison.

Mais voici que soudain, à travers un buisson

Jeté comme un rideau derrière le tronc d'orme,

Elle voit s'avancer une face difforme

Dont les yeux dilatés flambent d'un feu jaloux.

Elle n'entend qu'un mot : Malheur 1 malheur à vous !

Que lui jette au hasard une bouche en grimace,

Pendant qu'un poing crispé se lève et la menace.

" — Tribulî Tribul! dit-elle, ô monstre, laisse-moi!"

Et rapide elle fuit toute pâle d'effroi.

Quel spectacle inouï ! quel désordre ! quel trouble î Tout s'agite partout ; le tumulte redouble ! Les braves paysans, émus, épouvantés.

En implorant le ciel, courent de tous côtés. Les uns laissent déjà leur maison peu solide, Emportant avec eux, dans leur fuite rapide, Tous les objets divers qu'ils ont d'abord trouvés, Et cherchent un refuge aux lieux plus élevés ; Les autres, moins craintifs, à cette heure suprême, Attendent leur destin dans leur demeure même. La mansarde leur offre un gite bien étroit

l8 UNE GERBE

Ils n'en pourront bientôt sortir que par le toit ;

Mais plutôt que de fuir ils en font leur asile.

On sort de leur étable et l'on mène, à la file, Par des chemins nouveaux, sur le haut du fenil. Les bètes que menace un imminent péril. On entend le cheval qui hennit et piétine Et le bœuf paresseux qui beugle et se mutine. Les coqs battent de l'aile et chantent follement ; Les chiens, flairant le sol, hurlent sinistrement : La jeune fille en pleurs jette une plainte amère Et l'enfant étonné se cramponne à sa mère.

Le spectacle est navrant. Les banquises, là bas, S'accumulent toujours avec un sourd fracas. Et le fleuve gonflé, sur ses rives fécondes. Implacable, rejette avec fureur ses ondes. Les champs sont engloutis sous des torrents nouveaux, Les arbres sans feuillage, élevant leurs rameaux Au dessus de ce lac au flot rapide et sombre. Ressemblent au vaisseau qui perd sa voile et sombre. Comme après un naufrage, étendus sur les mers. Flottent, au gré des vents, mille débris divers. Ainsi flottent partout, dans l'immense prairie, Mille objets emportés par le fleuve en furie.

LA DEBACLE I9

Et le soleil répand, comme en signe d'adien, Sur ce tableau lugubre un long sillon de feu.

Quel calme tout à coup règne dans la nature ! I Pas un seul chant d'oiseau, pas un léger murmure ! ' Au loin les bancs de glace, immobiles, pressés. Semblent d'immenses rocs l'un sur l'autre entassés. Les eaux ne montent plus, le fleuve se repo-e. Est-il donc effrayé des souffrances qu'il cause. Ou se repose t-il dans un profond sommeil, Pour mieux recommencer la lutte à son réveil ? Dans les prés, au-dessus de ces vagues étranges, On ne voit s'élever que les combles des granges Où tremblent, confondus, les divers animaux, Que les faîtes pelés des pommiers, des ormeaux, Et que les gais pignons des maisonnettes blanches. Des canots eflilés ou des radeaux de planches Aux fenêtres des toits demeurent amarrés : C'est le dernier asile où viendront, éplorés. Les pauvres paysans chassés de leur demeure. Et sur la nappe humide on voit fuir, ù toute heure. Au bruit de l'aviron qui plonge dans les flots, D'une maison à l'autre un de ces longs canots.

Mais quelle est donc, là-bas, cette fière nacelle Qui semble se courber sur l'onde qui ruisselle ?

Quel est ce couple heureux qui se parle d'amour Sur réléuient perfide et sous les feux du jour ? C'est le barde rustique avec sou Henriette ! Aimez-vous ! aimez-vous ! nulle voix indiscrète Au vent ne jettera vos propos amoureux '. En face du malheur, enfants, soyez heureux !

L'amour est plus puissant entouré de ruines !

La souffrance et l'amour font les âm?s divines !

Aimez-vous ! aimez-vous ! Le bonheur, doux enfants, Est infidèle, hélas ! comme les flots mouvants !

0 soleil paresseux, tu caches ta lumière Et tu n"as pas fini ta course journalière! Vas-tu donc te coucher comme un vieux pèlerin Qui ne peut, sans dormir, achever son chemin ? Pourquoi ce voile noir dont tu couvres ta face ? Ce regard qui languit ? es rayon qui s'efface ? Pourquoi ton front brillant s'est-il donc obscurci, Et ton orbe orgueilleux, tout à coup, rétréci ? Naguère, en descendant derrière nos montagnes, Tu souriais encore à nos fraîches campagnes ; Tu ranimais nos bois par ta douce chaleur Et rendais à nos prés leur charmante couleur ! 0 soleil paresseux, la tei-re est belle encore Quand ton joyeux reflet l'illumine et la dore ! Ne te hâte pas tant de prendre ton sommeil ;

Verse-lui jusqu'au soir ton feu pur et vermeil ;

Chasse au loin devant toi cette nue au flanc sombre

Qui monte à l'horizon comme un spectre dans l'ombre !

Et toi ne souffle pas, fraîche brise du soir !

Si les flots à ta voix venaient à s'émouvoir,

Si ton souffle agitait cette nappe mobile

Qui recouvre partout notre rive fertile.

Quels seraient nos malheurs ! quel serait notre deuil !....

Ah ! nos champs deviendraient un immense cercueil !

Le soleil, dérobé par un épais nuage,

A laissé, sur les eaux qui couvrent le rivage,

S'étendre, par degrés, de ténébreux sillons ;

Dans les cieux grisonnants quelques paies rayons,

S'ouvrant en éventail, s'échappent de la nue.

Ils présagent qu'un vent, sur la campagne nue,

Va s'élever bientôt, violent, furieux.

Le front des paysans devient plus soucieux ;

I^ur cœur, saisi d'efl'roi, bat avec violence ;

Les époux consternés échangent, en silence,

Un regard où la crainte est mêlée à l'amour ;

Les mères, les enfants s'enviennent, tour à tour.

S'agenouiller en pleurs devant la sainte image

De celle dont la voix dissipe tout orage :

" O vierge, disent-ils, nous espérons en vous ;

" Nous sommes vos enfants, vierge, secourez-nous !

22 UNEGERBE

Déjà l'ombre au ciel plane et le jour baisse vite ; Sous l'haleine du vent déjà Tonde s'agite. Les flots après les flots s'avancent menaçants, Déracinent les troncs des arbres frémissants, Emportent au hasard les débris des clôtures. Et se heurtent aux toits avec de longs murmures.

0 rivages aimés, naguère si joyeux, Quel aspect désolant vous offrez à nos yeux 1 Vous avez dépouillé vos vêtements de fête, Et le printemps n'a pas couronné votre tête ! Vous êtes devenus pareils au lit profond Où s'élance, écumeux, un fleuve vagabond.

La nuit ! voici la nuit, le front ceint de ténèbres 1

La nuit avec des voix, des murmures funèbres !

J'entends de longs soupirs, de rauques hurlements !

J'entends d'étranges bruits, d'affreux gémissements !

Des plaintes, des clameurs qui montent jusqu'aux nues !

Désespoirs inouïs, angoisses inconnues !

Voix d'hommes effrayés appelant au secours 1

Voix de femmes pleurant les fruits de leurs amours !

Jeunes filles qu'étouffe une terreur amère !

Petits enfants^en pleurs qui demandent leur mère !

Cris|divers d'animaux qui pressentent la mort !

Vent qui soufQe toujours et de plus en plus fort !

LA DEBACLE 2

Sourds murmures des flots qui s'agitent et roulent ! Lugubres craquements des maisons qui s'écroulent! Tout se plaint, tout gémit dans les ombres du soir ! Tout ncst partout, hélas ! que mort ou désespoir !

0 nuit pleine d'horreur ! ù nuit épouvantable, Lève ton voile noir et ton ombre implacable ! Laisse-nous contempler ces désastres nouveaux ! Quels flots bondissent, là, comme de blancs troupeaux? Quels flots tumultueux, au souffle des tempêtes Agitent, en hurlant, leurs ccumeuses crêtes, Comme des pins ailiers tourmentés par le vent Agitent les rameaux de leur faite mouvant ? lis mordent les lambris des maisons et des granges ! A leurs chocs répétés des voix, des cris étranges, Gomme de sourds échos, répondent tristement !

Voyez-vous? voyez-vous sur le sombre élément

Ce toit démantelé qui s'éloigne et vacille ?

Il berce, sur l'abîme, une pauvre famille

Qui demande à grands cris un secours trop tardif.

Entendez-vous, là bas, cet autre accent plaintif ?

C'est le suprême adieu d'une mère éplorée

A son fidèle époux, à sa fille adorée !

Troi» f''»iljle pour laisser sa couche de douleur,

Klle commande aux siens d'échapper au malheur

24 UNEGERBE

Qu'elle ne peut, hélas î éviter elle-même. Rien ne doit la sauver de ce danger extrême. Elle voit devant elle une effroyable mort, Mais s'occupe d'eux seuls et tremble pour leur sort. L'eau s'élève avec bruit vers son lit solitaire Comme le sable autour d'un tombeau qu'on enterre ! Déjà le toit frémit, s'incline, et, sur les flots S'écroule eu étouffant ses suprêmes sanglots !

Là-bas 1 là-bas 1 ô ciel 1 qui luttent dans les ombres ! ■Quels sont, de tonte part, quels sont ces groupes sombre Qui se tiennent noués au faîte des ormeaux ? Qui, noyés à demi, cramponnés aux rameaux. Se ballottent au gré de la bise et des lames ?

Des vieillards décrépits et d'adorables femmes, Des vierges à l'œil pur et de faibles enfants Ont confié leurs jours à ces gîtes mouvants !

Ici, l'arbre, chargé d'une masse trop lourde,

S'incline lentement, pousse une plainte sourde

Et rend les malheureux à l'abîme obscurci :

Là, c'est un faible enfant que, de son sein transi,

Laisse tomber, hélas ! une mère épuisée !

Et, plus loin, un vieillard dont la main s'est brisée

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