‹ Une gerbe; poésies [par] Pamphile LeMayChapitre 41 sur 51 · TENTATION · texte numérisé non relu

TENTATION

Oh ! quel amour profane M'a soudain enivré !

Je crois que je me damne I.

Secourez-moi, sainte-Anne, Sainte-Anne de Beaupré 1

Depuis que je l'ai vue auprès de la fontaine S'asseoir tout rêveuse, et, sur la cime lontaine

Fixer son grand œil noir.

J'ai là, devant les yeux, je ne sais quel nuage, Mon cœur est agité comme un léger feuillage

Par la brise du soir.

l8o UNE GERBE

Depuis que je l'ai vue, à Tombre du grand cliêne, Orner coquettement ses longs cheveux d'ébène

De riiumble fleur des champs ; Depuis que je l'ai vue, innocente et superbe, Dans le calme du soir, s'agenouiller dans l'herbe

Pour écouter les chants,

Les chants de la linotte à la cime de l'arbre. Mon cœur indifférent, que je croyais de marbre,

S'est tout à coup fondu ; Et la nuit est en moi. Le bonheur, la souffrance, L'amour et le remords, la crainte et l'espérance,

Tout semble confondu.

Oh ! quel amour profane M'a soudain enivré !

Je crois que je me damne

Secourez moi, sainte-Anne, Sainte-Anne de Beaupré !

Depuis que je l'ai vue, à l'ombre des vieux saules, Rejeter en tremblant de ses blanches épaules

Son châle de satin.

Pendant que les oiseaux, au-dessus de sa tête, De plaisir et d'amour, comme en un jour de fête.

Modulaient leur refrain ;

TENTATION l8l

Depuis que je l'ai vue, à la moisson dernière, Demeurer tout un jour sous les flots de lumière,

Dans le champ de blé mûr.

Glaner les blonds épis oubliés sur la planche, Aux moissonneurs lassés verser, de Sçi main blanche,

Le cidre frais et pur ;

Depuis que je l'ai vue, entre cent belles femmes, Dans la fièvre du bal, sous les ardentes flammes

Des lustres de vermeil, Au son des instruments s'élancer en cadence. Gomme, aux jours chauds de j uin, un papillon qui danse

Dans les feux du soleil.

Oh ! quel amour profane M'a soudain enivré !

Je crois que je me damne !..

Secourez-moi, sainte-Anne, Sainte-Anne de Beaupré !

Depuis que je Tai vue, un soir, à sa fenêtre, Regarder en pleurant chaque étoile apparaître

Au fond de l'Orient, Et serrer sur son cceur, dans un transport fébrile. Elle pour qui l'hymen est demeuré stérile.

Un enfant souriant ;

l82 UNE GERBE

Depuis que je l'ai vue écrivant, solitaire, Sur la grève sonore, à l'heure du mystère,

Deux noms entrelacés, Et les traçant plus loin, sur les sables arides, Quand le flot qui montait, sous ses baisers humides

Les avait effacés.

Mon âme est une mer que soulève la bise, Un torrent qui mugit, une flamme qu'attise

Un souffle impétueux !

Et je voudrais prier. Le feu court dans mes veines ; Ma bouche balbutie, et mes prières vaines

Ne montent plus aux cieux !

Oh ! quel amour profane M'a soudain enivré !

Je crois que je me damne !.

Secourez-moi. sainte-Anne, Sainte-Anne de Beaupré !

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