SI TU POUVAIS PARLER I
Tous ces bruits, ces baisers, ces rires, ces ramages Des soirs et des matins !
Si tu pouvais parler, tu nous dirais encore Combien de malheureux, lassés du poids du jour, Sont allés demander à ton onde sonore Un repos incertain. Ames sans pur amour. Esprits vains et sans foi, cœurs malades ou lâches Qui ne purent porter leur fardeau jusqu'au bout, Trouvèrent plus aisé d'abandonner leurs tâches Que de lutter toujours et de mourir debout !
Quand tes flots d'émeraudc, au pied de nos collines.
Se reposent saihs bruit.
Parmi les verts roseaux les nymphes, les ondines.
Dansent toute la nuit.
Du haut du ciel serein les pensives étoiles
Te regardent dormir, Et, le long de leurs mâts, en vain les blanches voiles
S'efforcent de frémir, Un sentiment d'amour s'empare de nos âmes,
L'univers est plus beau.
On voudrait s'élancer sur des ailes de flammes
Vers un monde nouveau.
Et le barde rêveur reprend sa molle lyre Pour te chanter encor dans ton noble repos. Il voudrait, l'insensé, que son âme en délire Pût être calme un jour comme le sont tes flots. A-t-il donc oublié que ce calme limpide N'est qu'un masque profond qui cache ta fureur, Et que dans les replis de ce manteau perfide S'agite incessamment tout un monde d'horreur ?