HISTOIRE DUN ANGE
Pendant qu'avec amour le messager céleste S'inclinait sur le nid, tout petit et soyeux, D'où ne s'élevait plus nul ramage joyeux, Et que sur sa poitrine, avec un tendre geste, Il appuyait le front de son nouvel ami, Un froid mortel saisit la mère infortunée : Son adorable enfant l'avait abandonnée.
S'était à jamais endormi I
Cependant, déployant ses deux ailes de flamme. L'ange prit son essor vers les parvis sacrés. Il flotta mollement dans les airs empourprés Comme un cygne de neige au sommet d'une lame. Et, pendant qu'il portait l'objet de son amour, En triomphe, bien loin d'une patrie ingrate, Il mit à ses côtés une rose incarnate Cueillie au terrestre séjour.
Et le petit enfant, dans sa joie ignorante. Demande que sa mère avec lui monte aux cieux. Il fixe, tour à tour, un regard anxieux Sur son guide céleste et la rose odorante Qui repose toujours près de son cœur aimant. Mais l'ange, souriant de son inquiétude, Le presse sur son cœur avec sollicitude Et lui fait ce récit charmant.
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Apprends, ô mon ami, que le ciel à la terre Par de touchants rapports a voulu se lier ; Qu'il voit ce qui s'y passe et ne peut l'oublier. Les longs tourments de l'homme et sa joie éphémère Au ciel trouvent toujours un écho solennel. Sur la terre l'amour bien vite, hélas ! s'épuise ; Dans le ciel, au contraire, il croît, se divinise ; Dans le ciel il est éternel !
Dans un pauvre quartier de cette grande ville Dont, au dessous de nous, tu vois luire les toits, Et dans un gîte obscur se trouvait, autrefois. Un petit orphelin souffreteux et débile. Il n'avait pas connu la suave pitié, Et, dans l'âpre chemin d'une existence aride. Jamais la charité n'avait servi de guide A son faible et timide pié.
Tous les mornes ennuis et toutes les misères Qui ne viennent à vous que sur l'aile des ans. Et dont l'enfance ignore, au moins, les traits cuisants, Broyaient son jeune cœur dans leurs nombreuses serres ! Au matin de la vie, il en voyait le soir. Pour nourrice il avait l'indigence au sein maigre, Pour unique héritage il cueillait un mot aigre Quand il passait sur le trottoir.
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Trop faible pour prier, n'ayant nul camarade Qui voulut près de lui demeurer un moment, Il voyait tous ses jours s'écouler tristement. Bien souvent il mettait son pauvre front malade, Comme un roseau brisé, dans ses petites mains ; Appelant le sommeil qui le fuyait sans cesse, Il laissait, bien souvent, sa tète avec tristesse Tomber sur ses grossiers coussins.
Son esprit s'égarait en des rêves étranges : Il s'imaginait voir de lointaines forêts. Des chœurs mélodieux et des ombrages frais; Il s'imaginait voir, échappés à leurs langes. Des bambins tout rosés courir sur le gazon, Egrener, dans les airs, les sons de leurs voix gaies, Et traîner derrière eux l'aubépine des haies En retournant à la maison.
A peine se glissait, dans cette rue obscure Où vivait, délaissé, le petit orphelin.
Le bienfaisant rayon d'un ciel pur et serein. Quand l'air chaud de l'été ranimait la nature, Cet air que vous aimez, qui n'a rien d'accablant Dans les riants bosquets qui vous prêtent leur ombre, Suffoquait le petit sous son toit bas et sombre Ou sur le pavé tout brûlant.
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Par un jour des plus beaux que le ciel vous envoie, Tout chantait dans les airs, la ville était tout bruit, Il sortit de nouveau de son triste réduit, Et, d'un pas chancelant, suivit la grande voie. Il arriva tout près d'un superbe jardin Qu'entourait avec grâce une ceinture en pierre : Au^milieu s'élevait une maison princière Dont l'aspect l'arrêta soudain.
Là se berçaient au vent des arbres gigantesques Dont les rameaux formaient plus d'un antre vermeil. Où jouaient, tour à tour, et l'ombre et le soleil. Des guirlandes de fleurs tombaient en arabesques Et caressaient le front d'un enfant gracieux. Des fontaines lançaient, en ruisselantes gerbes, Les ondes de leur sein qui tombaient sur les herbes Avec des bruits harmonieux.
L'orphelin avança sa figure amaigrie A travers les barreaux de la porte de fer. Il contempla longtemps cette ondulante mer De verdure et de fleurs, de bois et de prairie Qui s'ofl"rait tout à coup à ses regards surpris. Dans ses heures de paix, dans ses rêves de rose, Jamais il n'avait vu si ravissante chose Sourire à ses jeimes esprits.
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Vous étiez à jouer dans les larges allées ; S'otre petite main jetait des fleurs en l'air; Et puis de votre bouche un rire frais et clair S'échappait tout à coup, quand les fleurs effeuillées Retombaient en flocons sur vos jolis cheveux. Là de cette maisou se trouvait l'espérance Car vous étiez gardé dans la magnificence Et l'on veillait sur tous vos jeux.
Du seuil de la maison, cependant, la servante, Lasse d'apercevoir ce front pâle et vilain, Alla tout droit trouver le petit orphelin, Et, lui jetant un sou d'une maiu méprisante, Lui dit avec rigueur de bientôt s'en aller. Et quand il entendit cette parole dure, De ses grands yeux rêveurs sur sa maigre figure Des pleurs se mirent à couler.
Mais votre cœur d'enfant si naïf et si tendi-e Fut touché de ces pleurs qu'un enfant comme vous Répandait, sans pourtant ressentir de courroux. Et, laissant là vos jeux, vous êtes allé prendre Une éclatante fleur, la plus belle du lieu. Et vous êtes de suite, avec un gai visage, Vonn la lui donner, à travers le grillage. En lui disant un doux adieu.
L'aspect de cette fleur, son merveilleux arôme, Le charme de ce mot sensible et généreux, Pour l'esprit désolé du petit malheureux Furent, en ce moment, comme un céleste baume. Lui que tous accueillaient avec des mots d'aigreur. Il ressentit alors une joie inouïe :
U garda, dans sa main, la rose épanouie, Et le tendre mot, dans son cœur.
Puis il s'en retourna, palpitant d'espérance.
Dans son pauvre réduit. Pauvre ! oh ! non ! désormais
Il est tout inondé de douceur et de paix ! Car les rêves sacrés de l'innocente enfance. L'amour et le repos, le bonheur et l'espoir. Sur la couche paisible où le petit sommeille Voltigent par essaims à la lueur vermeille Des étoiles d'un calme soir !
L'aurore n'avait point du chevet solitaire Chassé la vision ; et le pauvre petit. Plus faible que la veille, avait gardé le lit. Avait-il entendu les riches de la terre Lui parler, dans un rêve, avec calme et bonté, Que tout fut, ce jour-là, d'une douceur extrême ? Oh I c'était cette fleur dont le charme suprême Eloignait toute anxiété !
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Il souriait toujours en regardant la rose,
Et bien qu'il vit tomber, dans sa débile main,
Une par une, hélas ! les feuilles de carmin !
— Faut-il donc voir périr une aussi belle chose!
Ma fleur, tu renaîtras, dit-il, dans ses transports. Le lendemain matin, lorsque, dans la mansarde, L'aube laissa glisser sa lumière blafarde La rose et Tenfant étaient morts.
Apprends, mon bien-aimé, que notre Maître Auguste Ne dédaigne jamais les bonnes actions ; Que^l'amour pur qui naît dans les afflictions. Sous le ciel orageux de votre monde injuste, En Dieu se^fortifie et devient éternel ; Et que les^purs^esprits créés dans la lumière Conservent à jamais, dans son ardeur première L'amourjié comme eux dans le ciel.
Ainsi l'ange parlait à l'enfant de la terre. Puis il penchait son front sur le fardeau charmant Qu'il pressait dans ses bras avec ravissement. Et l'enfant, étonné de ce nouveau mystère, Interrogeait des yeux le brillant ciel d'azur Qui devant lui s'ouvrait avec tant de délice, Et la magique fleur dont l'éclatant calice Lui versait un parfum si pur.
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Et l'Ange, souriant, reprit bientôt encore : — Le Seigneur m'a permis de vous aller chercher Avant que le malheur ne soit venu toucher, De son soufQe mortel, vos jours à leur aurore, Avant que le péché n"ait souillé votre cœur ; Car j'étais l'orphelin auquel, dans sa misère, Vous daignâtes offrir cette rose si chère Avec un mot plein de douceur.
Et, dans cette cité dont avait parlé l'ange. Au fond du cimetière, un superbe tombeau Avait été construit du marbre le plus beau. II se voila de fleurs d'une richesse étrange Sitôt que du printemps le vent tiède souffla. Et, près de ce sépulcre émaillé de verdure. Etait une autre tombe, humble, petite, obscure .. Nul ne savait qui dormait là !